Galaxie change de maquette pour ses couvertures, et
mise sur la quantité d’auteurs et de nouvelles. On trouvera dans ce numéro 53 une
flopée de raretés, dont une nouvelle de Robert Sheckley et une de Frederic
Pohl, toutes deux sous pseudonymes, sans compter J. T. McIntosh, le remarqué
Lloyd Biggle ou encore William Morrison, et quelques productions françaises.
Sommaire
du Numéro 53 :
1 - Lloyd
Jr BIGGLE, Les Leçons du robot (Spare the Rod, 1958), pages 2 à 22,
nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Wallace (Wally) WOOD *
2 - Finn
O'DONNEVAN, Idylles sur commande (Grey flannel armor, 1957), pages 23 à 31,
nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par DILLON *
3 - Walter
S. TEVIS, La Balle choisit la liberté (The Big Bounce, 1958), pages 33 à
40, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par JOHNSON
4 - Vargo
STATTEN, Marche arrière (Reverse Action, 1954), pages 41 à 55, nouvelle,
trad. (non mentionné)
5 - William
MORRISON, Glissoire transtemporelle (The Sly Bungerhop, 1957), pages 56 à
68, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Don MARTIN
6 - Maurice
LIMAT, La Colère des Martiens, pages 69 à 74, nouvelle
7 - COLLECTIF, Votre courrier, pages 75 à 76, courrier
8 - Michael
SHAARA, Un maillon de la chaîne (Wainer, 1954), pages 77 à 84, nouvelle,
trad. (non mentionné), illustré par ASHMAN *
9 - Jeannine
RAYLAMBERT, Le Partage de minuit, pages 85 à 98, nouvelle *
10 - Jim
HARMON, Contempteur du progrès (Confidence game, 1957), pages 99 à 108, nouvelle,
trad. (non mentionné), illustré par EPSTEIN *
11 - Jimmy
GUIEU, Les Soucoupes volantes, pages 109 à 110, chronique
12 - J.
T. McINTOSH, Voyage sans retour (You Were Right, Joe, 1957), pages 111 à
118, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Dick FRANCIS *
13 - Roger
DEE, Sur une île perdue (Traders Risk, 1958), pages 119 à 128, nouvelle,
trad. (non mentionné), illustré par Don MARTIN
14 - Paul
FLEHR, Compagnons de la haine (The Hated, 1958), pages 129 à 136, nouvelle,
trad. (non mentionné) *
15 - John BOLAND, L'Ère chicha (Doat age, 1957), pages 137 à 144, nouvelle, trad.
(non mentionné), illustré par Peter BOWMAN *
* Nouvelle
restée sans publication ultérieure à ce numéro.
Kurt Vonnegut, dans Le
pianiste déchaîné, rapportait une anecdote similaire avec une machine à
jouer aux dames. Dans Les leçons du robot,
Lloyd Biggle confond sciemment
enseignement technique et étayage mécanique, confusion d'autant plus flagrante
qu'il s'agit d'un enseignement artistique, impossible à réduire à une simple action
mécanique.
Robert Sheckley sous le pseudonyme de Finn
O’Donnevan, poursuit son étude du sentiment amoureux dans Idylles sur commande, en imaginant un
mélange de ce que nous appellerons plus tard "site de rencontre" et
"flash mob". L'idée de jeunes gens en déroute prêts à se laisser
scénariser leurs vies est toutefois grinçante.
Comme dans sa nouvelle précédemment
publiée (« L'ixe de l'i grec », in Galaxie
n°51), Walter S. Tevis imagine
des inventeurs dépassés par leur trouvaille. Bien que La balle choisit la liberté s'arrête là où elle pourrait commencer,
elle ne manque pas de rebonds à défaut de rebondissements.
Marche arrière, par Vargo
Statten, possède un rythme trépidant, une ambiance de huis-clos policier, et
des trouvailles d'auteur, mais ce récit tourne court. Dommage...
Glissoire transtemporelle met en
scène le monde éditorial des revues et des collections, et sur un accès
provisoire au futur. On a connu meilleur William
Morrison, mais ici tout est décrit dans un flou artistique qui parlera aux
plus myopes d'entre nous. De fait, plutôt que décrire visuellement un monde
futuriste, Morrison concentre ses efforts sur les sonorités, et donc le
langage, et compose une langue future comme le fera plus tard Daniel Drode dans
"Surface de la planète".
Quand les auteurs parlent d'eux-mêmes et "s'auto-fictionnent" :
dans La colère des Martiens, Maurice Limat livre un récit un peu
facile et ficelé à la hâte. Max Milton, Yves d’Anvers, Peter Sisney… auteurs inventés
respectivement de Tempête sur Mars, Les révoltés de l’autre monde, et L’étoile sanglante, pourraient évoquer
les compagnons du Fleuve Noir de Maurice Limat : Max-André Rayjean et
Peter Randa, ou peut-être encore Yves Dermèze (?). Quoi qu’il en soit, on sait
que les auteurs de SF n’étaient pas avares d’imagination en matière de
pseudonymes. Quoi qu’il en soit, ce récit évoque sans le savoir la crise à
venir de la science-fiction française : déperdition éditoriale, manque
d'auteurs français en quantité et de qualité, obsolescence des thèmes de l'âge
d'or de la SF à l'américaine…
Dans Un maillon de la chaîne, Michael Shaara fait confiance, plutôt
qu'à la pantropie, en une évolution naturelle de l'espèce qui la mènera vers
l'espace. Mais il s’agit ici d’une mutation individuelle, et qui ferait donc d'un
seul mutant le père de toute la "race" suivante. Un point de vue un peu
paternaliste.
Le partage de minuit, par Jeannine Raylambert, s’amorce avec
une bonne trouvaille, même si elle demande une forte suspension de
l'incrédulité, dans un style très français, parfois même un peu mièvre, sur
notre planète littéralement coupée en deux.
Très bonne ambiance un peu post-apocalyptique pour deux vagabonds qui ne
paient pas de mine, mais qui pourtant sont prêts à diffuser un savoir interdit
de longue date... ou pas. Contempteur du
progrès, de Jim Harmon, tourne
malheureusement un peu court (au point de se demander s’il a été coupé pour sa
publication). On notera des références à des livres maudits lovecraftiens, qui
pourraient faire entrer cette nouvelle dans les apocryphes du Mythe de Cthulhu,
même de façon quasi-parodique.
Dans sa rubrique Les soucoupes
volantes, ce sacré Jimmy Guieu laisse
la parole à un témoin "digne de foi" : un journaliste. Avec une occurrence
répétée à « Pamplemousse », nous avons à notre tour poursuivi notre
enquête entamée avec le
numéro 52 : « Pamplemousse » est le nom moqueur donné au premier
essai de lancement d'un satellite orbital américain en décembre 1957 - essai
raté et aussi qualifié de "flopnik".
Pour tout vous dire, nous étions de nombreux limiers sur la piste du Pamplemousse ; l'un de nos lecteurs (appelé Vanguard pour protéger l'intégrité de son identité, comme dirait ce sacré Jimmy) nous rapporte des éclaircissements en commentaire du Galaxie 52, avec un lien en prime : https://air-cosmos.com/article/il-y-a-65-ans-vanguard-1-le-deuxieme-satellite-artificiel-americain-64574. Merci Vanguard ! On pourra également trouver dans le numéro 54 de Galaxie un article de Willy Ley au sujet de "Vanguard" (le satellite, pas le contributeur…)
Sans transition (quoique...), Voyage sans retour est une petite
nouvelle intrigante, qui elle aussi donne la sensation d'avoir été coupée. J.T McIntosh y évoque les voyages dans
le temps, avec le non-dit d'un tabou à ne pas franchir.
Productions monopolisées par la planète colonisatrice, espèces sauvages
déportées d'un monde à l'autre, et extraterrestres d'un niveau technologique
supérieur qui voit les autres en barbares... Dans Sur une île perdue, Roger Dee
aligne les clichés pour un récit qui distrait mais qui n'instruit pas. On y
notera la présence d’un consul Satterfield, nom qui a aussi servi de pseudonyme
à Frederik Pohl.
Paul Flehr est aussi un
pseudonyme de Frederik Pohl. Dans Compagnons
de la haine, il soulève la problématique du voyage interplanétaire vécu
comme un trauma, et générateur d'une haine tenace envers les coéquipiers.
Pour terminer, avec L’ère chicha de
John Boland, chien et chat sont réunis
en « chicha » de synthèse ; on croirait à un beau rêve - si ce
n'était la sempiternelle leçon qu'il est périlleux de faire intervenir
soudainement une nouvelle espèce dans un milieu naturel sans qu'elle ne
devienne invasive.
Un lancer de nain... dans l'espace ! Et on ne s’arrête pas là dans l’outrance,
avec une condescendance envers les pygmées en prime.
SAVIEZ-VOUS
QUE…
…les spécialistes de voyages interplanétaires
préconisaient d’utiliser des naines comme astronautes ?
Des
psychologues américains récemment réunis à New York pour étudier les conditions
des futurs voyages interplanétaires sont arrivés à la conclusion que le poids
et le volume du « matériel humain » devrait être limité à bord des astronefs,
tout comme celui de l’équipement.
L’idéal,
selon le docteur Pepinsky, serait une naine, ingénieur, physicienne, et assez
nerveuse pour apprécier l’isolement dans l’espace…
Les
Russes feraient, actuellement, des expériences dans ce sens, mais ils pensent
que chacun des sexes possédant ses talents propres, il serait préférable
d’utiliser des couples plutôt que des équipes composées de deux hommes ou de
deux femmes.
À
ce compte, les Pygmées paraissent bien placés pour devenir les conquérants des
planètes voisines… à condition, bien entendu, qu’ils soient capables
d’assimiler les connaissances techniques nécessaires pour tenter l’aventure.
Un « pseudo-scientifique », c'est-à-dire un penseur de génie qui n’est
pas à même de pouvoir expérimenter ses théories, ni les démontrer concrètement,
fait-il la différence avec un auteur de Science-Fiction ? Il n’y a que le
pas de la crédulité qui coûte… En voici un exemple :
SAVIEZ-VOUS
QUE…
…il se pourrait qu’un super-spoutnik allemand
mû par l’énergie solaire fût lancé prochainement pour un voyage Terre-Lune
aller et retour en quatorze heures ?
L’engin
a été conçu par un jeune physicien allemand autodidacte, grand invalide
(aveugle, privé des deux mains et presque sourd) nommé Burkhard Heim, qui, au
cours d’un récent congrès de physique astrale, à Francfort-sur-le-Mein, a
déclaré que l’emploi des fusées pour les explorations interplanétaires se
révélerait toujours insuffisant, faute d’une énergie propulsive assez
puissante. Celle-ci doit être trouvée dans l’espace, et ne peut être que celle
de la lumière.
Burkhard
Heim affirme qu’il a résolu théoriquement le problème et qu’il est sur le point
de le résoudre pratiquement. Il a ajouté que sa théorie ne connaît pas
seulement quatre dimensions, comme dans Einstein et Planck, mais six et même
huit !
Le
modèle de son navire interplanétaire à propulsion solaire ressemble à un casque
médiéval (dit « salade ») à double visière. Mais le moyen de captation de
l’énergie solaire et de sa transformation en énergie propulsive, n’a pas été
révélé.
Toutefois,
on sait que l’engin devrait se soulever du sol comme un ballon, et atteindre la
Lune en sept heures.