11 mars, 2026

Fiction n°137 – Avril 1965

Un beau numéro varié, qui met en vedettes Philip José Farmer et Dino Buzzati, mais aussi Philip K. Dick. On y trouve également un article de fond sur la bd "Barbarella" de Jean-Claude Forest, et d'un coup, c'est le printemps !

Magnifique et bucolique quelque chose
de Lucien Lepiez.

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Sommaire du Numéro 137 :


1 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 6 à 6, bibliographie


NOUVELLES

2 - Philip José FARMER, L'Homme des allées (The Alley Man, 1959), pages 7 à 55, nouvelle, trad. Pierre BILLON

3 - Philip K. DICK, Le Retour des explorateurs (Explorers We, 1959), pages 56 à 67, nouvelle, trad. Pierre BILLON

4 - Bryce WALTON, L'Ultime décision (Final Exam, 1964), pages 68 à 81, nouvelle, trad. GERSAINT *

5 - Claude-François CHEINISSE, Le Déphaseur, pages 82 à 88, nouvelle *

6 - Jack SHARKEY, Le Dernier ingrédient (The Final Ingredient, 1960), pages 89 à 98, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

7 - Luc VIGAN, Un jour, une nuit, pages 99 à 102, nouvelle

8 - Dino BUZZATI, Panique à la Scala (Paura alla Scala, 1948), pages 103 à 141, nouvelle, trad. Roland STRAGLIATI

CHRONIQUES


9 - Alain LOURRIÈRE, L'Écran à quatre dimensions, pages 142 à 143, article

10 - (non mentionné) , En bref, pages 143 à 143, article

11 - COLLECTIF, Le Conseil des spécialistes, pages 144 à 145, critique(s)

12 - Anne TRONCHE, Exposition Mouvement : Une fugue vers le futur, pages 147 à 149, critique(s)

13 - Jacques GOIMARD & Pierre HALIN, Chronique des bandes dessinées, pages 152 à 157, critique(s)

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Dans L'homme des allées, une novella de Philip José Farmer, il y a la réalité de l'american way of life vue comme depuis les coulisses, ces allées qui longent les arrières des pavillons et qui sont à la fois le ban des rebuts et le dernier abri de trésors dénigrés. Il y a une grande circulation de symboles, entrelacés dans un récit mythique de façon cohérente, sur la confrontation de peuplades différentes, soit contraintes de migrer, soit résolues à étendre leurs territoires, comme Homo Sapiens rencontrant Néanderthal. Il y a aussi une grande dose d'imaginaire pour éclairer des péripéties somme toute très banales et quotidiennes d'un ressenti merveilleux, comme savent le faire les enfants, en superposant un fantasme épique sur un décor ou une connaissance familière. Il y a peut-être aussi, dans ces U.S.A. de 1959 qui peinaient à quitter une politique et des mœurs ségrégationnistes, ce qui échappe à l'homme blanc Farmer - encore que son roman "Fire and the night" (jamais traduit en France) traite aussi d'amour "interracial" (et voilà un mot bien équivoque). En somme, dans les justifications, toujours de mauvaise foi, du rejet de l'autre, perçu comme étranger puis étrange, puis monstrueux, il semble n'y avoir que quelques petits pas : de petits pas pour l'homme, et qui l'éloignent de son humanité, car demeurent les désir d'oppression et de domination.

Le retour des explorateurs est une histoire digne de constituer un épisode de Twillight Zone ; comme à l'accoutumée, Philip K. Dick joue avec les faux-semblants et les apparences, mais en nous plaçant du point de vue de ceux qui véhiculent ces simulacres. S'ensuivent des situations qui vont croissant en cruauté. Sans trop le dévoiler davantage, le sujet ne manquera pas de rappeler le Prix Goncourt 2020 : L'anomalie de Hervé Le Tellier.
Cette nouvelle de Dick sera reprise en novembre 1981 dans "Les classiques de Fiction" (in Fiction n°323).

L'ultime décision, c'est celle d'un dernier homme sur Terre qui rencontre une dernière femme… On s'attendrait à une suite logique de tentative de repeuplement endogamique de la planète, mais la logique n'est-elle pas aussi un ferment du passé ? Pour une fois avec Bryce Walton, la nouvelle est assez bonne.


" (…) d'un camion arrêté juste sous le Labo, devant l'entrepôt d'un concessionnaire de vins fins, on débarquait, avec des précautions infinies, des caisses marquées au fer de noms à rêver : Meursault, Montrachet, Beaune…
J'ai haussé les épaules, supputé tristement le montant du virement mensuel que nous allions recevoir de la Faculté (avec deux mois de retard, comme d'habitude) et – pour la cinquantième fois peut-être – j'ai ronchonné : « Ce n'est toujours pas avec nos traitements d'assistants qu'on pourra se les offrir, ces pétroles. Tu ferais mieux de ne pas regarder, cela va encore te flanquer le cafard, et tu vas encore vouloir, pendant une demi-journée, passer dans l'industrie privée…» "
Petit clin d'œil à tous les fonctionnaires, et plus précisément à ceux qui travaillent dans la recherche. Sur le ton badin de la conversation, Claude-François Cheinisse s'amuse dans Le déphaseur avec les lois du temps considérées comme celles de l'espace. Ici, il choisit pour illustrer un ersatz de la théorie des cordes les bouteilles de vieux vin. Dommage qu'il n'en use que comme trésor à capter, car il laisse ainsi de côté l'aspect "coffre temporel" que représente toute bouteille qu'on laisse vieillir. Mais cela reste une autre histoire à écrire, sans doute.

Le dernier ingrédient est une bien bonne histoire de sorcière, et plus précisément d'initiation de sorcière, teintée d'un humour macabre qui rappellerait celui d'un Jerome Bixby. Elle est signée du déjà remarqué Jack Sharkey.


A propos de Un jour, une nuit, la rédaction de Fiction rapporte : "À noter que ce conte s'inscrit dans la tendance au « refus de la chute » qui caractérise un certain nombre d'auteurs modernes." L'effet de chute soit disant refusé n'y est pas pour autant absent : il n'est qu'implicite, et de fait cela constitue une bonne chute. L'état d'effroi qui s'y installe rappelle certains textes de Thomas Owen. Mais la nouvelle est signée par le mystérieux Luc Vigan (un anagramme d'un goût douteux concocté par Klein et Dorémieux un soir de cuite). On sait combien ce pseudonyme servira de paravent à plusieurs auteurs français. On aurait même pu parier que ce Luc Vigan-là fut de Gérard Klein, comme celui du numéro suivant. Pour confirmer la paternité de chacune des nouvelles viganiennes, force nous est d'attendre les reprises en recueil. Aussi apprend-on qu'il s'agit ici d'une nouvelle d'André Ruellan, qui sera reprise dans le recueil "De flamme et d'ombres" (Fleuve Noir - 1999).

L'on peut en effet gager qu'il s'agit bien d'un texte de Ruellan, qui est aussi un auteur de roman d'épouvante un peu "gore", même si ici le dégoût coutumier de ce genre soit en deçà de ce que l'on pouvait trouver au Fleuve Noir - dans la collection "Angoisse", par exemple. L'histoire est simple : comme le Meursault de Camus, le protagoniste est saisi par d'étranges sensations décalées suite au décès de sa mère. On pourrait même imaginer qu'il s'agit là des premiers instants d'une décompensation psychotique.


Après Borgès dans le précédent numéro, Fiction nous gâte avec Dino Buzzati. On ne peut que reconnaître le grand savoir-faire de ce maître italien de l'inquiétante étrangeté. Dans Panique à la Scala, que Fiction présente à juste titre comme un mélange des ambiances du Désert des Tartares et de Il était arrivé quelque chose (voir Fiction 80), Buzzati n'omet pas de faire rire avec une histoire où les classes dominantes de la société milanaise se prennent seules au pièges des rumeurs concernant un mouvement révolutionnaire imminent. Jouissif !




Au vu de l'intérêt de la revue Fiction pour la bande-dessinée, et considérant que le talentueux Jean-Claude Forest avait pour elle produit un certains nombre de magnifiques couvertures originales, on ne pouvait que s'étonner que rien ne fut dit de la parution en 1964 de sa bande-dessinée Barbarella. C'est que, semble-t-il, l'hommage avait voulu se voir considérable, en témoigne cette note de la rédaction : " N'ayant pas, au moment de préparer ce numéro, reçu assez de critiques de livres marquants, nous reportons au mois prochain notre rubrique ICI, ON DÉSINTÈGRE. Nous y suppléons en partie par le RAYON DES NOUVEAUTÉS ci-dessus. Et nous en profitons pour publier, page suivante, un important article sur le BARBARELLA de Jean-Claude Forest, qui mérite, à tous égard, d'être le seul « livre du mois ». "
C'est donc dans ce numéro d'Avril 1965 que Fiction fait enfin paraître ses impressions sur ce comics à la française, et qui deviendra très vite un classique (propulsé par l'adaptation en film que Roger Vadim en fera en 1968). C'est Jacques Goimard qui s'y colle, avec un article assez poussé, toujours dans le ton propre à Goimard de lycéen latiniste et érudit pris en faute de conserver des revues licencieuses sous son matelas. L'article s'intitule "La déesse-fille", mais demeure un peu trop copieux pour être repris ici.

Nous aurions aimé de même vous proposer une version numérique de cette bd, mais nous n'avons trouvé que des versions en anglais. Avis aux contributeurs, si quelqu'un parmi vous aimerait la partager dans son français d'origine !


Dans la rubrique "En bref", on pourra lire :

Théâtre de l'Étrange.

France-Inter diffuse désormais chaque dimanche une série dramatique consacrée à la science-fiction et au fantastique, et intitulée Théâtre de l'Étrange. Heure de l'émission : de 23 h 03 à 23 h 33. La série a débuté le 21 février avec La musique d'Eric Zann, d'après Lovecraft. Ont suivi, notamment, des adaptations de Bradbury et Arthur Porges. Diffusions prévues pour avril : L'exception, de Claude Aveline, le 4 ; Le cimetière de Marlyweck, d'après Jean Ray, le 11 ; L'hôte de Bessarlon, de Gérard Klein, le 18 ; Ce que me raconta Jacob, de Claude Seignolle, le 25 (en stéréo avec France-Musique). 


Ne résistons pas au partage, de généreux usagers de la toile ont fait ce travail ici pour "La musique d'Eric Zann" (et pour bien d'autres !) :




    Rapport du Centaurien pour le PReFeG (Mars 2026)
  • Relecture
  • Corrections orthographiques et grammaticales
  • Notes (0), (2b) et (2c) ajoutées.
  • Ajout du 4ème de couverture - 'annonce de la publication du Fiction Spécial n°7
  • Mise au propre et noms des fichiers html
  • Vérification du sommaire
  • Ajout de la page de publication de "Fondation"
  • Ajout de la page "Au prochain sommaire de Galaxie"
  • Ajout de la Table des "Nouvelles des auteurs de ce numéro"
  • Ajout de la page de publicité pour "Barbarella" au Terrain Vague
  • Remise des pages dans l'ordre d'origine
  • Vérification des casses et remise en forme des pages de titre
  • Vérification et mise à jour des liens internes
  • Mise à jour de la Table des matières
  • Mise à jour des métadonnées (auteurs, résumé, date d'édition, série, collection, étiquettes)

En cliquant sur les noms des auteurs de ce numéro

retrouvez les bibliographies complètes de leurs parutions dans Fiction et Galaxie !



FICTION présente son n°138

Au prochain sommaire de Fiction

Le thème de la société trop perfectionnée, écrasant l'individu dans ses rouages, est fréquent en science-fiction, où il donne souvent matière à des développements frappants. L'excellent auteur américain FLOYD L. WALLACE le prend comme base d'une étonnante satire, dans son récit Le réfractaire, en vedette dans notre prochain numéro. 
 
À ce même sommaire, JOANNA RUSS d'une part et MICHEL MARDORE de l'autre, nous montrent deux bien séduisantes (quoique dangereuses) créatures, dans leurs nouvelles La jeune fille en noir et Le portrait de Belle. Du fantastique qui plonge ses racines au cœur même de l'inquiétude. 
 
Ajoutons, parmi les textes à remarquer dans ce numéro, une histoire de science-fiction française à la trame particulièrement évocatrice : La tunique de Nessa de GÉRARD KLEIN et LUC VIGAN.
 
Et d'autres textes : Le saut dans le vide par TERRY CARR ; Aussi longtemps que le soleil par AVRAM DAVIDSON ; Les mystères du métro par HARRY HARRISON.
 
Parution le 29 avril (1965).

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