18 mars, 2026

Fiction n°138 – Mai 1965

Avec la figure du "Réfractaire" développée par Floyd L. Wallace, ce numéro de Fiction nous propose tout un ensemble de nouvelles sur des êtres mis au ban de leur société ou rechignant à se joindre au mouvement d'ensemble, ceux d'ailleurs, les "outsiders", les "hommes en dehors" comme dira plus tard l'essayiste et romancier Colin Wilson.

Une Belle signée Yvonne Sassinot.

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Sommaire du Numéro 138 :


1 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 10 à 10, bibliographie

NOUVELLES


2 - Floyd L. WALLACE, Le Réfractaire (Privates All, 1961), pages 11 à 59, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

3 - Gérard KLEIN & Luc VIGAN, La Tunique de Nessa, pages 60 à 73, nouvelle

4 - Jean-Michel FERRER, Fin de contact, pages 74 à 75, nouvelle

5 - Joanna RUSS, La Jeune fille en noir ("I Had Vacantly Crumpled It Into My Pocket ... But by God, Eliot, It Was a Photograph from Life!", 1964), pages 76 à 86, nouvelle, trad. Denise HERSANT *

6 - Avram DAVIDSON, Aussi longtemps que le soleil (Or the Grasses Grow, 1958), pages 87 à 95, nouvelle, trad. Michèle SANTOIRE

7 - Michel MARDORE, Le Portrait de Belle, pages 96 à 126, nouvelle *

8 - Alexandro JODOROWSKY, Les Frères siamois (Los hermanos siameses, 1965), pages 127 à 132, nouvelle, trad. Josette CHAMBELLAND

 

CHRONIQUES


9 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 133 à 141, critique(s)

10 - COLLECTIF, L'Écran à quatre dimensions, pages 143 à 153, article

11 - Anne TRONCHE, Revue des arts, pages 154 à 155, critique(s)

12 - Alain DORÉMIEUX, La Science-fiction dépassée ?, pages 156 à 157, article

13 - Michel FRAINIER & Pierre STRINATI, Premier salon des bandes dessinées, pages 158 à 159, critique(s)

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


" (...) le lit s'écria : « Dormez ! » Cette pensée ne cessait pas de l'agiter et il poursuivit ses méditations pendant les dix minutes qui lui étaient allouées pour s'endormir d'un sommeil naturel. Il n'avait atteint aucune conclusion et il se trouvait encore éveillé lorsque le lit prit la parole pour la seconde fois et dit : « Dormez. » Cette fois, tout nouveau délai de grâce lui fut refusé. "

Floyd L. Wallace dresse, avec Le réfractaire, un remarquable portrait d'une dystopie où tout a été simplifié en secteurs commerciaux nommées Générales. Au premier abord, on pourrait penser à une critique du bloc de l'est, avec ses planifications quinquennales et nationales. Mais tout est dit dans le titre en V.O. : "Privates, all". Tout est en réalité privatisé, et il n'appartient pas au citoyen de mener une vie en dehors d'une de ces Générales, qui organisent la vie sociale autour du seul travail (et on retrouve cette idée dans les romans de Alain Damasio). La famille est un gouffre de solitudes partagées, les amis ne le sont que dans la mesure où ils jouissent des avantages des autres, chacun dans sa Générale avec ses appointements et ses privilèges mesquins. Le réfractaire qui anime ce récit lutte pour retrouver un semblant de libre-arbitre et pour déroger à l'insatisfaction qu'il sent naître en lui. Mais plus il lutte pour sa liberté, plus sa situation se détériore, l'amenant même au chômage - avant-dernière humiliation sociale - et devient l'esclave de la Générale pour l'Emploi... Mais n'y a-t-il pas une force qui génère de tels citoyens réfractaires ? A qui, finalement, ou à quoi profite le crime ? Une très intéressante nouvelle, assez subversive quand on pense au programme France Simplification par exemple, et qui mériterait sa place dans une anthologie.

Le réfractaire sera la dernière nouvelle originalement publiée en France de Floyd L. Wallace, après dix ans de loyaux services, et d'une qualité croissante.


Luc Vigan de nouveau : on peut certainement parier sur un pseudonyme d'André Ruellan et Gérard Klein, cette fois-ci, voire Klein tout seul... 

Quoi qu'il en soit, on reconnait bien le goût pour le lyrisme de Klein et l'horreur sourde chère à Ruellan, mais on y détecte aussi ces pièges que sont les femmes chez Dorémieux. Encore une fois avec Luc Vigan, il faut en attendre une réédition en recueil pour retracer la paternité de la nouvelle. C'est Gérard Klein qui reconnait l'enfant en ces termes dans la réédition chez NéO de ses Histoires comme si... : "La tunique de Nessa fut ébauchée en compagnie de Kurt Steiner et d’André Ruellan, d’une plume fortement trempée dans l’alcool. Puis, comme Kurt André, requis par d’autres tâches, ne rédigeait pas sa partie, je l’achevai, la publiai d’abord sous le pseudonyme collectif de Luc Vigan et la repris à mon compte enfin.". Cette tunique n'a toutefois pas la portée tragique de son homologue mythique qui provoqua la mort du dem-dieu Hercule et le suicide de sa femme Déjanire, mais vaut plus par son ambiance sableuse d'une planète Mars léthargique et presque hantée que par la trouvaille d'un vêtement vivant. L'ambiance est assez similaire, la complète peut-être, à celle de La planète aux sept masques (in Fiction Spécial n°2).

Toujours chez les français et l'équipe pilier de Fiction, Jean-Michel Ferrer - comprenez Michel Demuth - arrive dans Fin de contact, à nous surprendre en peu de mots, surtout parmi des mots qui font écran à d'autres. On aurait presque envie de souhaiter que le sujet de ce contact entre deux télépathes soit un peu plus développé et soigné, comme si Demuth abandonnait ses ébauches à son alter-ego Ferrer.


" Irvin était amoureux de sa jeune fille. Il en était obsédé et parlait d'elle à miss Kramer d'une façon tout à fait inhabituelle chez lui, un peu (me dit-elle) comme s'il avait été frappé d'une crainte mystérieuse. On aurait dit qu'il était effrayé de la supériorité de son amie, de son élégance, de sa pâleur distinguée et surtout de la façon dont elle le supportait sans rien dire, dont elle l'écoutait, comme s'il avait eu le droit de lui adresser la parole, de l'accompagner dans ses promenades et de lui déclarer avec ferveur qu'Howard Phillips Lovecraft était le plus grand écrivain du monde. "

La jeune fille en noir développe un récit de seconde main qui permet de jouer avec la distanciation comme avec la focale d'un appareil photo, les choses et surtout les gens deviennent flous à force de chercher à faire la mise au pont sur les détails (en témoigne le titre en VO : "I Had Vacantly Crumpled It Into My Pocket ... But by God, Eliot, It Was a Photograph from Life!" ). Joanna Russ manie cette histoire d'emprise (?), de fantôme (?), de fantasme devenu chair (?), d'outsider quoi qu'il en soit, avec sûreté et nous pique dans notre désir de romance et notre ambivalence à désirer lire des histoires fantastiques.

" (...) j'en ai marre d'être un Indien. Un Indien n'a ni présent ni futur. Je ne peux pas être un blanc, ils ne m'accepteraient pas. Tout ce que je peux espérer, c'est : « Salut Grand Chef, Salut Face de Rat. » Peut-être que, par mon apparence, je pourrais passer pour un Mexicain, mais les Mexicains ne m'accepteront pas non plus. Les gens de couleur m'accepteront.

» Ils sont des millions et des millions et, quel que soit le prix qu'ils payent, ils ne se sentent jamais seuls. Et puis ce bon mépris, bien amer, qu'ils éprouvent pour les blancs me convient parfaitement. "

On ne connait que peu cet aspect démographique des Etats-Unis, mais c'est un fait vérifiable que les communautés amérindiennes, surtout celles des Etats de Sud, se sont étroitement mêlées aux communautés afro-américaines ; l'étude musicologique des racines du blues, ou l'observation des influences vestimentaires des costumes des carnavals de Louisiane, par exemple, en témoignent très largement.

La revanche indienne, avec cet esprit qui peut paraître naïf de prendre "au pied de la lettre" les termes d'un contrat - comme ici les accords centenaires passés entre "blancs" et "rouges" pour les droits de propriété des réserves - est un désir de justice presque uchronique. Quoi qu'il en soit, d'un point de vue symbolique, dans Aussi longtemps que le soleil..., Avram Davidson n'a pas tort de fustiger l'instinct de propriété du colon et de pointer son ignorance des lois naturelles des territoires. Une nouvelle aussi concise qu'à l'accoutumée avec cet auteur toujours aussi étonnant.

Il y a de l'énigme dans Le portrait de Belle, récit que Fiction exhume d'un ancien numéro de Mystère Magazine. Il y a de la rêverie et son lot d'étrangeté, et aussi la cruelle emprise d'un être merveilleux, c'est à dire beau et terrifiant à la fois. On pourrait toutefois déplorer un manque de rigueur dans le style recherché par Michel Mardore, une fin un peu bâclée, du beau verbiage parfois usé en inutiles ornements, et qui concourent à cet effet d'énigme dont on pourrait souhaiter moins de circonvolutions. Bref, un conte intéressant par sa double interprétation possible (policière ou fantastique), mais qui aurait gagné à plus de concision et de rigueur dans sa construction.

Très original (on en attendait pas moins de Alexandro Jodorowsky dit "Jodo"), Les frères siamois déclinent, par leurs pensées, les sensations singulières d'un être double affublé d'un seul corps mais dédoublé lui aussi. Pour ceux qui connaissent la bd de Jodo et Moebius, L'Incal, on repensera à ce personnage de l'Imperoratriz, mais ici nous en avons une version primitive et opprimée, mise au ban. Efficace et subtil.


Fiction nous révèle toujours ce bonheur de lire des avis éclairés sur les roman de SF que nous avons pu lire par le passé. Un auteur souvent suivi, car tout de même assez édité en son temps, et jusqu'au nôtre grâce à l'infatigable travail de reprise en intégrales par les éditions Mnemos, répond au nom de James Blish. On pourra lui reprocher quelques faiblesses, comme sa difficulté à constituer un ensemble de personnages complexes, mais on ne lui ôtera pas l'audace de son imagination ni de son intérêt pour la spéculation scientifique.

Avec son engouement habituel et la finesse de ses observations, Demètre Ioakimidis nous donne, une fois de plus, l'envie de découvrir un livre - et que nous avons la joie de vous proposer en Bonus.


James Blish. Aux hommes, les étoiles. 


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Aux hommes les epubs !

Ce roman fut d'abord publié en Angleterre en 1956 sous le titre de They shall have stars puis l'année suivante aux États-Unis, sous celui de Year 2018. Il constitue la première page de la vaste épopée du futur à laquelle James Blish a travaillé durant une bonne douzaine d'années. Les œuvres suivantes de ce ce vaste ensemble portent les titres que voici (dans l'ordre dans lequel elles se situent chronologiquement, et non dans celui de leur parution) : A life for the stars, Earthman come home (alias A clash of cymbals) et The triumph of time. (Note du PReFeG : Iokamidis fait une petite erreur, car c'est The triumph of time qui porte aussi le titre A clash of cymbals.) Sans doute est-ce faire preuve d'un optimisme excessif et candide que de former le vœu de voir ces autres ouvrages offerts prochainement aux lecteurs français ? Si cet optimisme devait s'avérer fondé, pourrait-on espérer voir ces romans paraître dans leur ordre logique (A life for the stars, qui est court, et Earthman come home, qui est long, pourraient former ensemble la matière d'un double volume…). Mais assez d'anticipation, laquelle n'a d'ailleurs de scientifique que son sujet. Ouvrons plutôt ce volume. Il est suffisamment intéressant par lui-même pour qu'on s'y plonge sans regret, même sans être assuré de connaître les épisodes ultérieurs de l'histoire future imaginée par James Blish. 


Ce que l'auteur raconte ici, ce sont les circonstances des deux découvertes scientifiques qui rendront possible l'avenir tel qu'il l'a imaginé. L'une de celles-ci permettra le contrôle de la gravitation, l'autre prolongera immensément la durée de la vie humaine : aux hommes, donc, les étoiles James Blish a situé ces découvertes sur un fond social inquiétant, celui des États-Unis devenus en fait une nation policière Au début de ce vingt-et-unième siècle, les méthodes d'inquisition politique sont à peu près les mêmes, raconte Blish, que l'on soit derrière l'Atlantique ou derrière le rideau de fer. Il faut savoir que l'auteur a travaillé à ce roman alors que le sénateur Joseph McCarthy faisait, ô combien, parler de lui. La rédaction de ces pages est contemporaine de cette « chasse aux sorcières » qui fit en fin de compte plus de mal à la réputation internationale des États-Unis qu'aux infiltrations communistes dans les hautes sphères de Washington. C'est pourquoi on voit, dans ces pages, le F.B.I. fourrant son nez – par l'intermédiaire de celui de son chef – dans de nombreux endroits où son intervention ne produit, dans les cas les plus favorables, qu'une perte de temps pour tout le monde. Considérées avec le recul du temps, les enquêtes dirigées par McCarthy apparaissent grand-guignolesques et naïves ; à l'époque, elles étaient inquiétantes, et Blish a su mettre dans ses pages le reflet de l'inquiétude que devaient éprouver bien des Américains au moment où il écrivait son roman. 


Il y a trois décors principaux. Deux sont aux États-Unis : ils reflètent les milieux industriels et politiques respectivement, New York et Washington. Le troisième se place sur Jupiter V, le satellite le plus proche de la planète géante, qui porte le nom d'Amalthée. Du sol de ce petit astre, des hommes dirigent un appareillage télécommandé grâce auquel un pont se construit sur Jupiter.


L'énormité de cette idée est tout à la gloire de James Blish, car elle symbolise clairement la confiance qu'il place en la science et en ses possibilités. Il faut souligner ici que la planète Jupiter sur laquelle les techniciens de Blish construisent un pont, par machines interposées, en cette deuxième décennie du vingt-et-unième siècle, est bel et bien l'enfer de méthane et d'ammoniac que nous découvre la science, et non quelque planète habitable grâce à un artifice d'écrivain de science-fiction. C'est dans ce monde ravagé par des tempêtes dont chacune concernerait un continent aux dimensions de l'Asie, c'est dans cette atmosphère destructrice, que des hommes érigent un pont. Pourquoi ? Pour vérifier la justesse d'une théorie scientifique. Même dans son Amérique mac-carthysée, Blish laisse leur chance aux idéalistes et aux rêveurs qui sont simplement des réalistes, avec une génération d'avance. Les descriptions de l'enfer jovien, de son influence sur la psychologie et les nerfs des techniciens, sont parmi les pages les plus réussies, du point de vue strictement littéraire, que Blish ait jamais placées dans un roman.


Mais ce roman a aussi ses faiblesses, et la plus apparente de celles-ci tient à ce défaut qui est le plus grave de l'écrivain : l'incapacité foncière de James Blish de dessiner des personnages qui s'écartent de quelques types stéréotypés. Sans doute est-ce là la cause du manichéisme assez simple qui anime ses protagonistes ?


James Blish campe d'autant plus clairement ces protagonistes que ceux-ci s'identifient plus complètement au bien ou au mal (tel est du moins le cas dans ce livre, qui date de plus de dix ans ; l'écrivain a assoupli ses ressources entre-temps). Le mal – ou, plus exactement, le côté négatif : rien ne permet de croire que l'homme n'est pas, au fond de lui-même, convaincu de la justice de sa cause – le mal, donc, est personnifié par François Xavier MacHinery, chef héréditaire du F.B.I. Monolithique dans sa détermination et dans sa ténacité, l'homme ne manque pas d'une certaine puissance – ni d'une vraisemblance certaine : qu'on se rappelle, à nouveau, la date de rédaction de ces pages. Les commissions de contrôle et les enquêtes qu'il déclenche pour un oui, pour un non ou pour un peut-être, font de lui un des personnages les plus puissants des États-Unis. Il symbolise, en fait, le danger de l'obscurantisme administratif. Son nom ne prête aucunement au doute : en lui s'incarne toute la machinerie de l'État, dans ce qu'elle a de plus nuisible. Pour ne laisser aucune hésitation à cet égard, Blish a pris soin d'écrire MacHinery et non McHinery, qui eût été également plausible. 


En face de lui, l'homme qui est au centre des forces du bien – ou du progrès, ou de l'avance humaine, comme on veut – est le sénateur Bliss Wagoner (démocrate, Alaska ; élu en 2012 et réélu en 2018). Ce n'est pas seulement les hommes politiques voyant plus loin que le bout de leur nez que Blish a entrepris de résumer en sa personne, mais bien les organisateurs clairvoyants, ces constructeurs d'avenir pour lesquels il a une vive admiration. Ceux que Bliss Wagoner guide – Charity Dillon, Helmuth, Russell, le physicien Giuseppe Corsi lui-même – ne sont, en fin de compte, que des comparses : estimables, mais non indispensables.


L'opposition MacHinery-Wagoner et la grandeur de l'entreprise scientifique évoquée ne suffiraient pas à faire de ce roman une œuvre marquante de la science-fiction contemporaine. Les autres mérites du roman sont au nombre de quatre, principalement.


Tout d'abord, James Blish a abandonné l'idéologie stéréotypée qui consiste à opposer l'U.R.S.S. aux États-Unis, opposition dans laquelle s'enlisent deux sur trois des auteurs de science-fiction en mal de résonances politiques. Blish suppose une évolution dans les caractères des deux blocs politiques, ce en quoi les dix années écoulées depuis l'achèvement de son roman lui ont donné raison (bien que l'évolution réelle ne soit pas celle qu'il a prévue). Il présente donc une nation américaine se soviétisant progressivement, dans le sens du contrôle de l'État, de telle sorte que lorsque l'U.R.S.S. arrive à l'hégémonie mondiale, peu après l'époque décrite dans ce roman, elle y accède sans coup férir. Mais sans profit aussi : ce qu'il y avait de plus valable aux États-Unis a entre-temps quitté la Terre pour l'espace.


En deuxième lieu, Blish connaît et respecte suffisamment la science pour s'en servir valablement lorsqu'il affabule : il extrapole à partie d'éléments connus, existant depuis plusieurs années, et évoque les noms de Blackett et de Dirac en sachant de qui il parle. Cependant, les chapitres comprenant des développements scientifiques ont été assez mal traduits en français par Michel Chrestien, dont le travail est, quant au reste, convenable.


Un troisième élément louable est le sens de la vision cosmique qui distingue ces pages. Les étoiles ne sont pas encore atteintes lorsque le rideau se baisse, mais on sent qu'elles sont proches, qu'elles joueront un rôle dans les chapitres ultérieurs. Blish, ici, ne fait que préparer son épopée : celle-ci aura pour héros John Amalfi, le maire de la future de New York – cette New York du troisième millénaire et des suivants, qui voyagera parmi les galaxies. Mais John Amalfi ne naîtra qu'en 2998, et le lecteur n'a pas droit, ici, à toute l'épopée suggérée par le titre. 


Enfin, James Blish compense sa faiblesse dans la peinture des caractères par une grande clarté dans l'évocation des idées, et des mouvements d'idées. N'est-ce pas ainsi que l'on devrait écrire l'Histoire ? Bien sûr, l'Histoire n'est pas un roman, et ces pages n'ont rien du space-opera, et pas grand-chose du récit d'aventures. Mais elles possèdent en revanche un indéniable cachet de vraisemblance, et une cohésion qui dépasse celle du simple travail bien fait. Ceci est un roman qui pourra convertir à la science-fiction une certaine catégorie d'intellectuels (ceux qui s'interrogent sur le sens de l'Histoire et sur le rôle qu'y jouent les courants d'idées) et qui mérite l'attention de tous les « initiés ». Il n'est pas absolument équilibré, car le facteur humain ne joue pas tout le rôle que l'on en attend, mais il possède plusieurs des meilleures qualités du genre.


Demètre IOAKIMIDIS.



    Rapport du Centaurien pour le PReFeG (Mars 2026)
  • Relecture
  • Rares corrections orthographiques et grammaticales
  • Refonte du sommaire
  • Vérification des casses et remise en forme des pages de titre
  • Mise en forme des titres présentés in "Revue des livres"
  • Ajout de la Table des "Nouvelles des auteurs de ce numéro", de la page d'annonce du "Fiction Spécial n°7", de l'annonce du "prochain Galaxie" et du 4ème de couverture
  • Notes (0), (0b), (0c), (0d), (0e) et (0f) ajoutées
  • Vérification et mise à jour des liens internes
  • Mise au propre et noms des fichiers html
  • Mise à jour de la Table des matières
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Prochain bonus : Fiction Spécial n°7.

A suivre : Fiction n°139.


Fiction présente son numéro 139

Au prochain sommaire de ”Fiction” 

Au moment où (voir page 156 de ce numéro) certains esprits étriqués s'ingénient à prétendre que l'actualité spatiale tue la science-fiction, il est bon que celle-ci témoigne de sa vitalité, et prouve qu'elle conserve intactes ses facultés prévisionnelles, son don d'extrapoler l'imaginaire à partir du réel. De cette démonstration, un exemple significatif est offert par le long récit de JAMES E. GUNN que nous publierons le mois prochain, sous le titre Voir Mars et mourir. Il y avait longtemps que l'exploration de l'espace, dans sa réalité psychologique, n'avait été présentée par une œuvre romanesque avec autant de force de conviction. À tous ceux qui reprochent à la SF de n'être parfois qu'évasion trop facile hors du concret, ce récit apportera un démenti. 
 
Autre texte à remarquer dans ce numéro : Les quatre fantômes de « Hamlet », une nouvelle œuvre de FRITZ LEIBER, où une troupe théâtrale se voit hantée… par le fantôme de Shakespeare (pas moins !). Le charme de la prose étincelante de Leiber est porté ici au plus haut degré.
 
Ce sommaire sera d'ailleurs brillant, puisque vous y rencontrerez encore plusieurs autres écrivains de premier ordre : ISAAC ASIMOV, avec Souvenir perdu ; ARTHUR C. CLARKE, avec Casanova cosmique ; JACK SHARKEY, avec La machine assassinée ; THOMAS OWEN, avec La dame de Saint-Pétersbourg ; etc. 
 
Ce numéro paraîtra le 26 mai (1965).


Fiction présente son numéro Spécial n°07

Le 15 mai

Histoires de terreur
(Fiction Spécial 7)

Avec ce titre, Fiction inaugure pour ses numéros spéciaux une présentation modifiée : couverture sans illustration, avec impression brillante en deux couleurs sur papier couché, et adoption d'un titre définissant le recueil et se substituant à celui de la revue. Ce titre est, pour cette fois, HISTOIRES DE TERREUR. Mais attention, ne vous y trompez pas en l'achetant chez votre dépositaire : il s'agit bel et bien de Fiction Spécial 7, dernière en date dans notre célèbre série d'anthologies.

Ce spécial, pour la première fois, est entièrement consacré au fantastique. Nous y avons rassemblé vingt nouvelles d'auteurs anglo-saxons comptant parmi les maîtres du genre. On sait que l'Angleterre, notamment, est la patrie d'élection du fantastique, et que les fantômes et autres créatures maléfiques y ont toujours hanté la littérature. Les différents écrivains modernes que nous avons choisis prouvent qu'ils sont capables de continuer superbement cette tradition.

Edité sur 248 pages et vendu 6 F., HISTOIRES DE TERREUR paraîtra le 15 mai. Ne manquez pas dès maintenant de retenir cette date !

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