23 octobre, 2024

Fiction n°082 – Septembre 1960

Jean-Claude Forest illustre avec bonheur "La nuit de la lumière" de Philip Jose Farmer dans sa version primitive, et l'on retrouve les patrouilleurs du temps de Poul Anderson dans un numéro qui fait la part belle aux récits longs et aux auteurs de grande qualité (Jean Ray, Poe, Saki). 

Un clic droit, c'est moins fatiguant...

Sommaire du Numéro 82 :

NOUVELLES

 

1 - Philip José FARMER, La Nuit de la lumière (The Night of Light, 1957), pages 2 à 56, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *

2 - Poul ANDERSON, Échec aux mongols (The Only Game in Town, 1960), pages 57 à 87, nouvelle, trad. Roger DURAND

3 - Fernand FRANCOIS, Journal de Macha, pages 88 à 108, nouvelle *

4 - Gérard KLEIN, Cache-cache, pages 108 à 108, nouvelle

5 - Edgar Allan POE, Les Souvenirs de M. Auguste Bedloe (A Tale of the Ragged Mountains, 1844), pages 109 à 117, nouvelle, trad. Charles BAUDELAIRE

6 - SAKI, Sredni Vashtar (Sredni Vashtar, 1910), pages 118 à 122, nouvelle, trad. (non mentionné)

7 - Jean RAY, Le Cimetière de Marlyweck, pages 123 à 132, nouvelle

 

CHRONIQUES


8 - F. HODA, Sorties de vacances, pages 134 à 137, article

9 - Patrick SCHUPP, Lettre d'Amérique, pages 137 à 139, article

10 - COLLECTIF, Tribune libre, pages 141 à 143, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

Comme dans le Fiction n°33Philip Jose Farmer pousse à marquer des nouveautés en matière de politique éditoriale pour la publication cette fois-ci de la novella La Nuit de la Lumière. Jugez-en : " Malgré sa longueur, nous avons jugé préférable de publier ce récit sans le scinder, en un seul numéro. Nous nous excusons d'imposer un effort soutenu de lecture aux amateurs d'histoires brèves, mais nous pensons que l'œuvre le mérite. " Philip Jose Farmer creusera toute sa carrière d'auteur ce thème du dieu créateur et ce qui le distingue ou non du démiurge. Ici, c'est comme pour donner un peu plus d'épaisseur au personnage de John Carmody, créé dans de précédentes nouvelles (voir Fiction n°5), que Farmer lui invente les circonstances de son entrée en religion. Iconoclaste, celui qui deviendra le Père Carmody trouve ici une trajectoire d'exception. Cette novella sera encore un peu plus développée en 1966, formant un roman éponyme.

Poul Anderson peaufine son univers temporel avec Échec aux Mongols, riche en péripéties ; l'agent Manse Everard tente d'empêcher la colonisation de l'Amérique par des émissaires du grand Kublaï Khan - petit-fils de Gengis. Et l'on y évoque les Daneeliens, ces êtres d'un avenir ultime qui semblent veiller á ce que l'Histoire ne dérive pas d'un iota.

Le journal de Macha, écrit par l'ancien militaire Fernand François, propose un récit de guerre atomique entre l'Est et l'Ouest construit en deux mouvements : d'une part le récit froid et un peu rébarbatif des avancées du conflit, et d'autre part le journal intime d'une jeune femme enclavée dans un petit village coupé de tout - partie plus intéressante et touchante. 

Dans Cache-cache, Gérard Klein poursuit sa collection de petites blagues courtes sur les jeux d'enfants

Les souvenirs de M. Auguste Bedloe, par Edgar Allan Poeest une nouvelle que l'on peut rapprocher à la dernière partie des "Aventures d'Arthur Gordon Pym" - son décor de canyons fantastiques et ses rapports ambigus entre l'être et le caractère… typographique.

Sredni Vashtar est un exemplaire travail de concision par Saki, un grand maître de la nouvelle et de l'humour noir. 

On retrouve Jean Ray et son ambiance si particulière de fantastique effroyable qui n'émeut pas ses protagonistes plus que leur morne vie quotidienne, dans Le cimetière de Marlyweck, avec des figures aux allures d'allégories mythologiques fort plaisantes.


Le PReFeG débusque un lièvre : "l'affaire" du Grand prix International du roman de science-fiction. Dans ce numéro 82, Fiction se fait l'émissaire de l'annonce que voici :

Un Grand prix International du roman de science-fiction.

La prochaine nuit de Noël (1960) sera décerné pour la première fois le « Grand prix international du roman d'anticipation et de science-fiction ». Ce prix couronnera un roman inédit, écrit dans l'une quelconque des principales langues en usage aujourd'hui dans le monde.

Ce premier « Grand prix » sera décerné à Lugano (Suisse). Puis, d'année en année, le Jury se réunira et attribuera le Prix, toujours dans la nuit de Noël, dans une ville différente d'Europe. 

Les manuscrits dactylographiés, en double exemplaire, destinés à ce premier Grand prix, devront parvenir, sous pli recommandé, au plus tard le 31 octobre 1960, au « Secrétariat général du Grand prix international du roman de science-fiction », Via Fratelli di Dio. 9. Novara (Italie).

En dehors de l'ouvrage qui remportera le Grand prix, le jury se réserve de sélectionner parmi les œuvres présentées, des romans qui bénéficieront aussi d'un lancement international.

Les lauréats seront annoncés ainsi dans le Fiction n°87

LE PREMIER GRAND PRIX INTERNATIONAL DU ROMAN D'ANTICIPATION ET DE SCIENCE-FICTION.

Le 24 décembre, veille de Noël, s'est réuni à Lugano le jury du Grand Prix International du Roman d'Anticipation et de Science-Fiction, pour l'attribution du prix.

Le jury a enregistré, avec satisfaction, le succès exceptionnel remporté dans tous les pays par cette première manifestation littéraire internationales, puisque 253 auteurs y ont participé, pour un total de 255 romans écrits en français, italien, anglais, allemand et russe.

En quatre étapes de sélections successives, les romans sur lesquels le jury était appelé à statuer se sont réduits d'abord à 35, puis à 15.

D'autre part, le jury a dû constater qu'en réalité, sous l'appellation unique de science-fiction, coexistent des genres différents, et il a décidé par conséquent de scinder le Grand Prix en deux sections distinctes : anticipation et science-fiction.

Au troisième tour de scrutin, à l'unanimité, le jury a décerné le Grand Prix :

Pour l'anticipation, à José Van Den Esch, journaliste parisien, pour son roman « Janvier an 2.000 », vision d'un avenir très proche et qu'une certaine technocratie, s'appuyant sur les robots électroniques, édifie chaque jour sous nos yeux, œuvre dans la lignée d'Aldous Huxley. 

Pour la science-fiction, à notre ami et collaborateur Pierre Versins, pour son roman « La présence lointaine », œuvre pleine de hardiesse et de poésie, où la science-fiction rejoint la vraie littérature.

(...) 

Enfin, comme il avait été prévu au règlement du Grand Prix, le jury, à l'unanimité, a invité José Van Den Esch et Pierre Versins à se joindre à lui, dans l'avenir, et a décidé que le second grand prix serait décerné dans la nuit de Noël 1961, à Milan. 

Outre qu'il n'y aura pas d'édition 1961, on s'en consolerait à lire cette "Présence lointaine" de Pierre Versins. Toutefois, l'ouvrage est introuvable, non pas par manque de réédition, mais c'est tout simplement qu'il semble n'avoir jamais été édité. Voici une note rapportée sur l'encyclopédique site Noosfere à ce sujet :

Selon Radio-TV-Je vois tout du 19 janvier 1961, Versins a remporté le 1er Grand prix international du roman de science-fiction pour La présence lointaine. Mais ce roman n'a jamais été publié selon sa veuve Martine Thomé dans "Il venait de Céphée, il s'appelait Versins" (p. 137). A-t-il envoyé le manuscrit ? Et qui décernait ce "Grand prix international..." ?

Nous en savons un tout petit peu plus au regard de ces informations publiées dans Fiction. De plus, l'affaire du Grand Prix International rebondira de nouveau à la parution d'une note de Versins lui-même dans le Fiction n°95 d'octobre 1961.

Le roman de José Van Den Esch ne sera quant à lui publié en allemand chez Goldmann qu'en 1962, sous le titre "Januar im Jahr 2000".

16 octobre, 2024

Fiction n°081 – Août 1960

Beaucoup de réflexion sur l'indésirable, ce qui le définit socialement, et ce que la société humaine en fait - à travers le thème du mutant, principalement, ou celui du robot comme avec cette belle nouvelle restée inédite depuis de Lester Del Rey. Et dans ce billet, un bonus pour les plus enthousiastes d'entre vous !

Soyez délicat avec le clic droit, svp.

Sommaire du Numéro 81 :


NOUVELLES

 

1 - Nathalie HENNEBERG, Du fond des ténèbres, pages 3 à 22, nouvelle

2 - Ward MOORE, L'Étranger (The Fellow Who Married the Maxill Girl, 1960), pages 23 à 45, nouvelle, trad. Roger DURAND

3 - Lester DEL REY, Cher vieux robot (Robots Should Be Seen, 1958), pages 46 à 62, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *

4 - Gérard KLEIN, Le Jeu, pages 63 à 63, nouvelle

5 - Peter MATHYS, Les Éprouvettes de l'espace (Die Weltraumkapseln, 1959), pages 64 à 79, nouvelle, trad. Paulette VIELHOMME *

6 - Poul ANDERSON, Les Prisonniers (The Martyr, 1960), pages 80 à 98, nouvelle, trad. René LATHIÈRE

7 - Fitz-James O'BRIEN, Qu'était-ce ? (What Was It? A Mystery, 1859), pages 99 à 109, nouvelle, trad. Pierre VERSINS

8 - André PIEYRE de MANDIARGUES, Clorinde, pages 110 à 113, nouvelle *

9 - Henri DAMONTI, Olivia, pages 114 à 119, nouvelle *

10 - Suzanne MALAVAL, Pour un enfant malade, pages 120 à 120, nouvelle *

11 - Suzanne MALAVAL, Le Vagabond, pages 120 à 121, nouvelle *

12 - Suzanne MALAVAL, La Petite sorcière aux cheveux doux, pages 121 à 122, nouvelle *

CHRONIQUES


13 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 124 à 135, critique(s)

14 - COLLECTIF, Le Conseil des spécialistes, pages 136 à 137, critique(s)

15 - (non mentionné), Prix Jules Verne et Nautilus, pages 139 à 139, article

16 - Christian GRAU-STEF, Tribune libre, pages 141 à 143, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Où l'on évoque les "téléniseurs", terme éponyme d'une nouvelle de Don Thompson (Galaxie n°13 - décembre 1954), mais cela n'est pas le propos de Du fond des ténèbres, signé par Nathalie Charles-Henneberg, qui, toujours fidèle à son mélange de pensée antique et de space-opera, continue de renforcer son histoire du futur mêlée au passé le plus primitif. Beaucoup de lyrisme, des rebondissements parfois un peu ardus à saisir ou à filtrer du flux poétique, mais un ensemble cohérent.

Ne me demande pas si une cuillerée de sucre adoucit l’océan ; laisse-moi croire qu’il en devient d’autant moins salé.

Si la reconnaissance de l'acte vertueux pour sa seule vertu participe au charme de L’étranger, cette belle nouvelle visite de nombreux thèmes de Ward MooreComme dans "Encore un peu de verdure", l'auteur dépeint de nouveau l'idéal du self-made man américain - comme en témoigne l'extrait suivant, mais idéal qui repose en réalité sur l'exploitation des talents d'un autre :

" Malcolm Maxill employa une partie du produit de la récolte abondante de 1940 à l’achat de la ferme voisine. Il était indiscutablement devenu un homme important du Comté d’Evarts. Trois journaliers étaient employés pour les deux fermes ; la maison d’habitation avait été restaurée ; outre des machines agricoles rutilantes, le nouveau garage abritait un camion, deux voitures de tourisme et une limousine commerciale. Le directeur de la banque d’Henryton écoutait les instructions de Maxill avec déférence et le mari de Muriel lui demandait conseil. "

On y retrouve aussi le thème de l'obsession de la sécurité : 

— « Tu voudrais d’autres enfants ? »

— « Naturellement. Pas toi ? »

— « Il m’est toujours difficile de comprendre cette obsession de la sécurité chez les humains. Sécurité de leur situation, de leur ascendance et de leur progéniture. Comment est-il possible de faire avec tant de jalousie des différenciations entre un enfant et un autre à cause de l’existence ou de l’absence d’un rapport biologique avec soi-même ? »

Pour la première fois, Nan le sentit vraiment étranger.

— « Je veux des enfants à moi. 

Toujours un peu sarcastique envers ses contemporains, Ward Moore tente de tirer vers "le haut" notre rapport moral au vivant, en se servant de la fable de l'extraterrestre miraculeux. Qu'un tel être puisse être goutte de miel dans l'océan importe peu, finalement. La littérature elle-même n'a pas d'autre vertu que de changer les opinions une par une.

On songera à " La controverse de Valladolid" - le roman de Jean-Claude Carrière reprenant les minutes d'un véritable procès visant à déterminer si les améridiens avaient ou non une âme (!) - avec Cher vieux robot, de Lester del Rey.

" Quel serait dites-moi, l’avis de six citoyens moyens, possesseurs de robots, dans un procès intenté en vue de démontrer qu’un robot est un être sensible et conscient, susceptible d’être traumatisé parce qu’on refuse de lui accorder un billet de passage ? "

Il est question ici aussi, au-delà de la possibilité d'une conscience, de l'asservissement d'êtres conscients et sensibles, esclavage rendu tolérable en leur déniant justement cette conscience. On asservit ainsi des peuples entiers en leur ôtant toute dignité.

Comme souvent avec les contes ultra-brefs, Le jeu, de Gérard Klein est une petite blague. 

" (…) vous ne serez pas exécuté immédiatement ; ce serait contraire aux lois du gouvernement mondial. Nous nous contenterons simplement de vous expédier dans l’espace à bord d’une fusée monoplace, à commandes automatiques. Vous ne manquerez de rien. Vous ne souffrirez, ni de la faim, ni de la soif, ni du manque d’oxygène, car vos fonctions corporelles auront été suspendues au préalable. Seul votre esprit demeurera en état de veille. Vous pourrez ainsi voyager à travers l’espace pendant des dizaines d’années, si ce n’est plus, sans pouvoir intervenir d’aucune façon. "

Dans Les éprouvettes de l’espace, on pourra repenser au châtiment d'Antigone emmurée dans une caverne avec du pain et de l'eau. La question que soulève Peter Mathys, jeune auteur suisse allemand qui deviendra par la suite avocat d'affaires, reste : Que faire de l'indésirable ? Ici comme chez Henneberg, les mutants aux pouvoirs psy sont une épine dans le pied du corps social, et sont relégués comme des bagnards à la colonisation des terres les plus reculées. Cette nouvelle sera la seule contribution de Mathys à la revue. 

Poul Anderson élabore dans Les prisonniers une théorie du physique et du psychique en vases communicants à l'échelle cosmique. Intéressant, mais le style y perd en péripéties, et fait penser à celui d'Asimov: un peu bavard. 

Côté classiques, Fiction poursuit ses republications de textes de choix avec Qu’était-ce ? de Fitz James O'BrienUn être invisible, assimilé tout d'abord à un fantôme, y est "observé", si l'on peut dire, par un narrateur dont l'honnêteté, voire la santé mentale, peut être questionnée. Un disciple de Poe, dont on retrouve le ton à double interprétation.

Jean-Claude Forest, sur la couverture, a bien su illustrer Clorinde, petit récit à la deuxième personne, un peu ampoulé par moments, d'une rencontre avec le (tout) petit peuple. Par André Pieyre de Mandiargues.

Comme dans ses "Lettres à Juliette" précédemment publiées, Henri Damonti, dans Olivia,  fait parler un amoureux éconduit. Le fantastique ici repose sur des métempsychoses à tiroir, un peu cocasses bien que redondantes, proche d'un délire psychotique. Passable.

Au banc d'essai des jeunes auteurs, on retrouve également Suzanne Malaval avec trois courts récits ; Pour un enfant malade, comme dans "Le marchand de planète" du poète Christian Descamp, on "défroque le ciel" sur un ton de comptine ; Le vagabond traite de l'abandon amoureux source de peine et de mal-être ; et La petite sorcière aux cheveux doux fait changer la peur de camp et passe à la sorcière. Enfantin encore une fois, mais d'un ton très prononcé et personnel.

On appréciera le ton très structuré et déjà professionnel du jeune Demètre Ioakimidis dans la Revue des Livres. Une petite note sur la collection Présence du futur, par exemple :

Les « Présence du Futur » se suivent et ne se ressemblent pas en qualité : le n°39 de cette collection est le captivant « L’espace, le temps et Nathanaël » (de Brian Aldiss) ; le n°40 est porté par ce « Règne du bonheur », dont il est difficile de justifier l’inclusion dans une série de science-fiction. La chose est d’autant plus regrettable que, par la publication de livres tels que « La république lunatique », « Les faits d’Eiffel » et celui-ci, « Présence du Futur » est en train de perdre la place de choix qu’elle occupait parmi les collections de science-fiction éditées en France.

Nous ne résistons pas à l'envie de partager aussi cette critique d'un des premiers romans de John Brunner publié en France. Bien qu'encore loin de son style propre, John Brunner fera partie des auteurs qui compterons considérablement dans l'élaboration des thèmes de la science-fiction dans les années 60 et 70. Voici recensé, donc, Les négriers du cosmos, jamais republié depuis, et que nous vous proposons en Bonus !

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LES NEGRIERS DU COSMOS (Slavers of space), par John Brunner (Ditis). 

Le lecteur de langue française connaît John Brunner par son roman « Threshold of eternity » (Au seuil de l’éternité *), dans lequel le temps, l’espace et les univers se mêlaient en un convaincant ensemble van vogtien. « Les négriers du cosmos » est tout à fait différent : c’est un récit d’aventures à la structure fort simple ; le thème en est la recherche, par un jeune Terrien riche et désœuvré, du mystère qui entoure les androïdes. Ces derniers, importés d’une planète lointaine, sont des êtres synthétiques que leur peau bleue et leur stérilité distinguent seules des hommes ; contrairement aux robots, ils sont capables de réfléchir et de faire preuve d’initiative.

L’action est menée avec vivacité, et le décor est esquissé de façon assez satisfaisante – tout au moins pour la partie de l’action qui se déroule sur la Terre. On peut cependant reprocher à l’auteur d’avoir un peu trop facilité la tâche de son héros : celui-ci ne paraît jamais se trouver devant un danger bien terrible et, même lorsqu’il tombe aux mains de ses ennemis, le lecteur n’éprouve pas de crainte réelle pour lui. Il y a là une question de ton, que John Brunner n’a pas encore vraiment trouvé pour ce genre de récit ; et, dans l’ensemble, il s’y montre moins à l’aise que dans « Threshold of eternity », pourtant beaucoup plus complexe. Peut-être est-ce une affaire de tempérament, peut-être s’agit-il simplement d’une maturité à acquérir (John Brunner est né en 1934, et son assurance est encore susceptible de croître). Cela n’empêche pas ces « Négriers du cosmos » de procurer quelques instants délassants au lecteur qui recherche de la science-fiction d’aventures exempte de complications. La traduction demeure assez fidèle au texte original – plus que ne l’avaient fait les versions françaises des autres romans de la collection.

DEMÈTRE IOAKIMIDIS.

Note du PReFeG : Au seuil de l’éternité - Les cahiers de la science-fiction n°5, Satellite - Editions scientifiques et littéraires - février 1959 ; non republié depuis et devenu introuvable, avis aux partageurs !

Nous avions déjà évoqué le feuilleton haletant de la republication des aventures de Harry Dickson, que nous tentons à notre tour de rendre accessible au plus large public, et de la redécouverte un peu "fortuite" de son auteur - jusqu'alors considéré anonyme - par Henri Vernes, l'auteur de la série Bob Morane (voir à ce propos notre article "Harry Dickson - une intégrale vol. 1").
Pourtant, en janvier 1957, Jacques Van Herp évoquait déjà la paternité de Jean Ray en ces termes : "Enfin il semble bien avoir collaboré aux aventures de Harry Dickson, ces étonnants fascicules édités en Hollande, où, avec une éblouissante richesse de fautes d'orthographe et de syntaxe, se rencontraient des gorgones, des hommes squelettes, des adorateurs du démon, des cas de hantise et de possession." Il semble bien aussi qu'on aime à ne dévoiler que peu à peu le pot-aux-roses ; dans sa recension de "La porte sous les eaux" (réécriture de deux nouvelles de Jean Ray par un Jacques Van Herp sous pseudonyme - ouvrage depuis resté impublié), Pierre Versins use d'une périphrase assez énigmatique : Outre celui qui ne signa pas une bonne cinquantaine de fascicules, les plus fascinantes des aventures de « Harry Dickson ». Euphémisme totalement hermétique à qui ne connaissait pas l'histoire éditoriale des Harry Dickson.

Note de Juin 2025 :  Dans son numéro 115 de Juin 1963, à l'occasion de la recension des "Derniers contes de Canterbury" de Jean Ray, Jacques Van Herp n'usera plus de périphrases absconses et le déclarera tout bonnement "L'auteur anonyme de Harry Dickson". (Voir Fiction n°115).

Nous vous proposons de retrouver ici la recension de Pierre Versins de La porte sous les eaux dans son intégralité :

LA PORTE SOUS LES EAUX, par John Flanders et Michel Jansen (Spès, Col. « Jamboree »).

Jean Ray est un peu notre Lovecraft. Un Lovecraft qui aurait eu la chance d’être reconnu de son vivant. « La ruelle ténébreuse », « Malpertuis », « Le Grand Nocturne » ne sont pas des œuvres inférieures aux grands contes lovecraftiens. Et de même que pour Lovecraft, on peut disputer à perte de vue la question de savoir s’il s’agit de fantastique ou de science-fiction.

Mais il y a aussi un Jean Ray peu connu – et non moins estimable – celui qui signait John Flanders, pour les jeunes, de petites merveilles d’imagination scientifique ou fantastique aux Éditions d’Averbode, des brochures d’une trentaine de pages. Outre celui qui ne signa pas une bonne cinquantaine de fascicules, les plus fascinantes des aventures de « Harry Dickson ». À cette veine quasi ignorée appartiennent « Aux tréfonds du mystère » et « Le formidable secret du pôle », parus fin 1936.

Il a fallu Jacques Van Herp et son érudition prodigieuse pour exhumer ces deux étonnants petits textes et, redevenu pour un temps le Michel Jansen des « Raiders de l’espace », en faire le remarquable roman qu’est « La Porte sous les eaux ». Dire qu’il s’agit là d’une élucidation para-scientifique de la vieille légende de « La Navigation de Saint Brandan » guidera déjà les initiés. La civilisation perdue de Thulé y revit, avec des secrets scientifiques d’une originalité peu commune en science-fiction, et cela suffirait à assurer à ce livre un succès mérité, non seulement auprès du public ordinaire de la collection « Jamboree » mais encore auprès des lecteurs adultes. Mais il y a de plus ce souffle inimitable qui anime l’œuvre tout entière, cette sombre atmosphère qui se dégage du récit et envoûte le lecteur pour ne pas le quitter de sitôt, le volume refermé. Et là, Michel Jansen a réussi ce tour de force d’écrire du Jean Ray authentique sans perdre pour autant sa personnalité. À tel point qu’on peut défier le lecteur qui n’a pas sous les yeux les deux fascicules originaux de faire le départ entre ce qui vient de Jean Ray et ce qu’a ajouté Van Herp. En fait, les chapitres écrits directement par Van Herp (et il en a fallu pour atteindre les 180 pages du volume) sont très exactement ceux que l’œuvre originelle nécessitait. Enfin, dernier compliment non négligeable, la science utilisée ici sous forme d’extrapolation est sans faille.

Une telle collaboration mérite d’être poursuivie, il y a encore des John Flanders inconnus et, outre cela, les esprits de Jean Ray et de Jacques Van Herp sont assez voisins pour qu’ils puissent nous donner des œuvres originales encore plus achevées.

PIERRE VERSINS.

Pour terminer, un petit digestif : auriez-vous déjà considéré les virus comme des formes de vie dégénérées et victimes de leur parasitisme ? Voici ce qu'on peut lire à leur sujet, à l'occasion de la critique de l'ouvrage "La vie sur les planètes" de Robert Tocquet : 

Des êtres comme les virus semblent bien constituer une sorte d’état intermédiaire entre la vie et la matière, pour autant qu’il soit possible d’établir une différenciation réelle entre ces deux catégories. Il n’est cependant pas absolument rigoureux de prendre l’exemple des virus pour défendre l’idée que des êtres vivants ont pu s’organiser « spontanément » dans certaines conditions. Il est en effet à peu près certainement établi que les virus ne sont que des parasites, des êtres dégénérés, et qu’ils doivent leur simplicité, non à leur degré de primitivité, mais à une longue évolution qui leur a fait perdre des caractères fondamentaux de la matière vivante : ils se reposent sur leur porteur pour assurer leur nutrition, voire dans certains cas, semble-t-il, leur reproduction.

09 octobre, 2024

Fiction n°080 – Juillet 1960

Un numéro bien pratique si vous êtes en proie à un "génie aux trois souhaits", bien agréable pour découvrir une petite nouvelle inédite de Robert F. Young, et bien instructive sur les sources de Kurt Vonnegut… Nous noterons également avoir atteint le quart de notre projet global de mise en ligne des revues Fiction et Galaxie.

 

Clic clic droit bzzzt crouic !

Sommaire du Numéro 80 :


NOUVELLES

1 - Joseph-Henri ROSNY aîné, Un autre monde, pages 3 à 25, nouvelle

2 - Dino BUZZATI, Il était arrivé quelque chose (Qualcosa era successo, 1954), pages 26 à 29, nouvelle, trad. (non mentionné)

3 - Gérard KLEIN, Rencontre, pages 30 à 37, nouvelle

4 - Jane RICE, Le Saule (The willow tree, 1959), pages 38 à 45, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE *

5 - John NOVOTNY, Le Second lot (Second prize, 1957), pages 46 à 56, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

6 - Robert MARNER, D'une route à une autre (There ain't no other roads, 1958), pages 57 à 68, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE *

7 - Robert F. YOUNG, Écrit dans le ciel (Written in the Stars, 1957), pages 69 à 73, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

8 - Theodore STURGEON, Épitaphe (Like young, 1960), pages 74 à 81, nouvelle, trad. René LATHIÈRE

9 - Alain DORÉMIEUX, L'Habitant des étoiles, pages 82 à 102, nouvelle

10 - Idris SEABRIGHT, Son et lumières (Stawdust, 1956), pages 103 à 112, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE

11 - Anthony BOUCHER, Pour vous servir... (Nellthu, 1955), pages 113 à 113, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

12 - Jean-Louis M. MONOD, Le But, pages 114 à 114, nouvelle *

13 - Jean-Louis M. MONOD, Double vue, pages 114 à 114, nouvelle *

14 - Jean-Louis M. MONOD, Signe de mort, pages 115 à 115, nouvelle  *

CHRONIQUES

15 - (non mentionné), Notre référendum 1960, pages 117 à 118, chronique

16 - Aimé MICHEL, Faut-il brûler les auteurs de space-opera ?, pages 121 à 125, article

17 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 126 à 135, critique(s)

18 - F. HODA, Fantastique et mise en scène, pages 136 à 137, article

19 - COLLECTIF, Tribune libre, pages 138 à 142, article

20 - (non mentionné), Aux frontières du possible, pages 144 à 144, chronique

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

On ouvre ce numéro par un "classique" : Un autre monde, de Joseph-Henri Rosny-aîné, qui nous dévoile tout un monde inconnu à nos yeux - et l'idée d'une faune évoluant dans un plan juxtaposé au nôtre sans réelle interaction sera reprise plus tard par Lovecraft dans sa nouvelle "De l'au-delà". Mais surtout, Rosny "invente" le mutant, non pas surhomme, mais être "organisé" différemment. Reste pour cet individu isolé à trouver sa place… Un style agréable pour un texte réconfortant de tolérance. 

Autre auteur de forte renommée, Dino Buzzati fait ici son entrée dans la revue avec Il était arrivé quelque choseBuzatti n'explique rien, et se contente d'exprimer l'agencement de faits et d'intuitions d'étrangeté forcément inquiétante. Kafka n'est pas loin… 

Dans Rencontre, Gérard Klein tourne un peu en rond dans une histoire d'éternel retour - un comble ! Plus fantastique que SF, quoiqu'en dise la présentation de Fiction.

Toujours mêlant fantastique et science-fiction, Le saule de Jane Rice fait se juxtaposer les méandres du temps, dans une histoire d'enfance, et les fait tracer des courbes et des boucles et s'interpénétrer, telles les pages d'un livre coexistantes mais ne relevant pas de la même temporalité. On retrouvera cette idée dans le "récent" ouvrage d'Alan Moore : "Jerusalem".

Des soldats antiques surnommés Toto et Doigts de Fer, tels les compagnons de Dorothy dans "Le magicien d'Oz" apportent Le second lotUne histoire cocasse de John Novotny qui ravira les maris affublés d'une femme jalouse.

Spécificité américaine, les "tramps", voyageurs permanents et travailleurs saisonniers et occasionnels, comptent parmi eux leur lot de psychotiques légers, ou bien alors "d'outsiders", venus d'ailleurs. Dans D'une route à une autre signé Algis Budrys sous le pseudonyme de Robert Marner, il faut parvenir à lire entre les lignes et percevoir le rapport ambigu à l'étranger que cultivent certaines bourgades américaines.

Écrit dans le ciel, c'est l'ordonnancement du chaos et du hasard par une pensée consciente, qui fixe des symboles et des allégories dans les cieux étoilés. L'espace est alors perçu comme un plan (dans toutes les acceptations du terme). Robert F. Young traite ici de voyageurs stellaires qui découvriraient la profondeur, la troisième dimension, et les surprises d'un nouvel ordonnancement stellaire. Un peu de philologie au passage, un brin d'astronomie, dans une concision fort habile.

Le marsouin vu comme le successeur logique de l'espèce humaine. Kurt Vonnegut reprendra cette idée globale dans son roman "Galapagòs", mais nous découvrons que c'est bien dans cette Épitaphe de l'espèce humaine que Theodore Sturgeon a posé le premier ce postulat. On repensera aussi à la condescendance des psycho historiens de "Fondation", d'Isaac Asimov, à la lecture de cet extrait :

" Quant aux secrets fondamentaux – ceux dont découlaient la morale et les progrès de l'intelligence comme de la technique – il importait de les enfouir plutôt trois fois qu'une : il fallait qu'ils se présentent ultérieurement comme autant de révélations successives, chacune laissant pressentir la suivante. Nous devions mettre tous nos moyens en œuvre pour acquérir la certitude que la Nouvelle Race ne les exhumerait pas trop tôt – mais aussi qu'elle ne risquait pas de ne jamais découvrir des plaques trop bien cachées. "

On disait souvent que le personnage fétiche de Kurt Vonnegut, l'écrivain imaginaire de Science-fiction Kilgore Trout (c'est à dire "truite" en anglais) lui avait été inspiré par Sturgeon ("esturgeon", en anglais). Quoi qu'il en soit, Sturgeon partage bien cet humour désabusé avec Vonnegut. Ici, le seul commentaire sur la somme du savoir humain et qui lui survivra tient en deux mots - que nous vous laissons découvrir…

Avec L'habitant des étoiles, Alain Dorémieux continue d'élaborer ses thèmes de prédilection ; ici le vampirisme avec un être extraterrestre. Mais il dépeint aussi une forme de réaction d'individus mal compris de leur entourage, et qui n'ont d'autre alternative que de se réfugier dans une interprétation du Monde qui leur est propre.

Autre interprétation du monde, ici un monde forclos : celui des navires interstellaires pratiquant la croisière d'agrément. Son et lumières pourra faire repenser à la dernière séquence du film de John Carpenter, "The thing", quand les deux derniers rescapés d'une épidémie de transformations se toisent l'un l'autre. Ici, la métamorphose est grotesque, délibérément, avec cet humour sarcastique qu'emprunte parfois Idris Seabright, et renvoie l'héroïne à la vacuité de la vie quotidienne lors d'une croisière au long cours.

La sempiternelle histoire des trois vœux fait à un génie est, dans Pour vous servir…, peut-être définitivement résolue par Anthony Boucher. À garder, donc, dans le fond de son esprit au cas où…

Le Banc d'essai aux jeunes auteurs fait la place à trois courts récits de Jean-Louis M. Monod, qui joue sur les mots pour créer des situations. Un exercice quasi oulipien.

Côté chroniques, dans l'article intitulé Faut-il brûler les auteurs de space-operas ? on pourra lire :

" la science (...) est en train d'engager l'humanité dans une mue irréversible dont certains résultats déjà visibles à l'œil nu auront pour conséquence de rayer l'espèce humaine de la surface terrestre. Les hommes sont en train de vivre leurs dernières générations. S'il en existe encore quelques spécimens dans deux ou trois siècles, ce sera dans les musées. "

Evoque-t-on déjà la sixième extinction de masse ? Qu'on se rassure, l'écrivain et ufologue Aimé Michel traite ici des (nouvelles) expériences sur les génomes des espèces vivantes (auxquelles on ne demande pas leur avis). Un brin catastrophiste, il écrit par exemple à propos de l'ADN modifié (on parle maintenant de transgénique): " Rien ne pourra plus, par la suite, en changer le moindre détail, fût-ce le moindre grain de beauté. " Bien que les plus récentes études nuancent ce point de vue, et en fait d'extinction, c'est celle de l'espèce à son stade actuel dont il est question. comme dirait James Blish : la conquête d'autres mondes implique la pantropie.



Dans la série : " On l'a échappé belle ! ", la rubrique AUX FRONTIÈRES DU POSSIBLE évoque une recherche étonnante :

LE JOUR ÉTERNEL.

Un jeune savant russe, Valentin Tcherenkov, vient de déposer un projet qui, s'il était exécuté, bouleverserait le monde. À la surprise de nombreux savants, l'Académie des Sciences de l'U.R.S.S. a décidé de le patronner. Il ne s'agit rien de moins que de supprimer la nuit, en créant un jour artificiel et éternel sur toute la planète.

La Lune constituant, à 380 000 kilomètres de la Terre, un miroir capable d'éclairer nos nuits, Tcherenkov envisage de construire un réflecteur artificiel entourant notre planète comme un anneau de Saturne. Techniquement il s'agirait d'envoyer à 1 200 km d'altitude mille fusées cosmiques emportant 500 000 tonnes de poussière blanche, de la craie ou du plâtre. Tournant autour de la Terre, ces mille fusées, grâce à une soufflerie d'air comprimé installée à leur bord, expulseraient leur charge de poussière, tissant un ruban de cent kilomètres de large, capable de réfléchir en pleine nuit une quantité de chaleur et de lumière solaire de 270 milliards de kilowatts (plus de dix mille fois la puissance totale des centrales électriques françaises). L'intensité de la lumière ainsi diffusée autour du globe pourrait aller jusqu'à 200 lux, alors qu'il suffit de 50 lux pour lire normalement un livre, en plein jour. 

Ce ruban solaire, satellite de notre Terre, pourrait durer des milliers d'années. En cas de « déchirure » du ruban, des fusées chargées de nouvelles provisions de poussière pourraient le « raccommoder » aisément.

 

Pour finir, un peu de légèreté dans ce monde de brutes, les lecteurs de Fiction prennent leurs plumes pour défendre les charmes des dessins de Jean-Claude Forest qui fleurissaient les numéros de cette époque :

LES FEMMES DE FOREST SONT CHARMANTES…

s'il faut en croire de multiples lecteurs.

J'aime énormément les dessins de Forest. Dans vos commentaires, page 120 du numéro 78, vous disiez que certains lui reprochaient ses « jeunes femmes dévêtues ». J'en ai été ahuri, car enfin, le cinéma ou d'autres lieux, sans compter moult journaux, offrent pire à nos yeux.

(M. Beaucarne, Châlons-sur-Marne.)

Je ne comprends pas ces reproches envers les jeunes femmes dévêtues de Forest. C'est ridicule.

(M. Guéraud, Perpignan.)

J'aime beaucoup les couvertures de Forest, qui n'ont rien de choquant. Qu'il continue !

(M. Poncet, Suresnes.)

Attention : ne devenez pas des Pères-la-Pudeur à cause de quelques imbéciles, et ne censurez pas Forest.

(M. Develotte, Chantilly, Oise.)

Je trouve stupide le reproche adressé à Forest au sujet des « jeunes femmes dévêtues » !

(M. Jezequel, Tréboul, Finistère.)

Vos femmes dévêtues ne sont pas désagréables à voir ; habillez plutôt vos Insectes !

(M. Gouguenheim, Paris.)

Les femmes dévêtues de J.-C. Forest en couverture ne me paraissent nullement choquantes, mais agréables. Tout est pur pour les purs !

(M. Pelletier, Paris.)

Questionnaire à proposer aux adversaires de Forest : peau : …. % ; sous-vêtements : …. % ; sein droit : …. % ; etc. Pour parler sérieusement : ne pas tenir compte de l'avis des imbéciles.

(M. Fritsch, Strasbourg.)

Les esprits chagrins, étroits même, qui reprochent à Forest ses silhouettes trop peu vêtues, qu'ont-ils donc à déplorer ? J'ai repris une pile de vos derniers numéros : aucun dessin de Forest n'est indécent. La plupart sont d'une esthétique très sûre et souvent d'une grande poésie. Je crois que l'indécence n'existe en fait que dans le jugement de certains de vos lecteurs.

(M. Fruehard, Poitiers.)

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