15 juillet, 2026

Galaxie (2eme série) n°024 – Avril 1966

Beaucoup de sociologie dans ce numéro, où l'on peut observer des hypothèses de sociétés futures dressées par des auteurs compétents : Brian Aldiss, James Blish, John Brunner (avec des publications françaises exclusives pour ces deux derniers auteurs) ; on poursuit également le feuilleton de Pohl et Williamson, et l'on pourra regretter la sortie de Alfred Coppel, mais saluer l'entrée de C. C. MacApp que l'on retrouvera régulièrement dans les numéros de Galaxie de cette époque charnière qu'est 1966-1974.

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Sommaire du Numéro 24 :


1 - Brian ALDISS, L'Autre jungle (Jungle substitute, 1964), pages 4 à 30, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Jack GAUGHAN

2 - John BRUNNER, Capital jeunesse (Wasted on the Young, 1965), pages 31 à 43, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

3 - C. C. MacAPP, Un cimetière sur toute la Terre (And all the Earth a grave..., 1963), pages 44 à 51, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Jack GAUGHAN

4 - James BLISH, Génies en vrac (The Genius Heap, 1956), pages 52 à 69, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Jack GAUGHAN *

5 - Jack SHARKEY, Échec à la colonie (The Colony That Failed, 1964), pages 70 à 84, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Jack GAUGHAN *

6 - Robert BLOCH, In vino veritas (Sabbatical, 1959), pages 85 à 94, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Virgil FINLAY

7 - Alfred COPPEL, Les Collines de son enfance (The Hills of Home, 1956), pages 95 à 104, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE *

8 - Frederik POHL & Jack WILLIAMSON, L'Enfant des étoiles (2) (Starchild, 1965), pages 105 à 141, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Gray MORROW

9 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 142 à 143, bibliographie

10 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 149 à 153, courrier

11 - (non mentionné) , Résultats du référendum sur le n° 22, pages 157 à 157, notes 


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.



(...) — « Les gens qui sont restés dans cette Cité sont incapables de pensée rationnelle. L’homme de raison l’a quittée depuis six siècles ! Il s’en est évadé quand il s’est aperçu qu’une machine pouvait penser à sa place. Il avait commis une grosse erreur, l’erreur de croire que ses machines étaient efficaces, de croire qu’il pouvait leur accorder plus de confiance qu’à lui-même. »
— « Et il ne le fallait pas ? »
— « Jamais, Robin ! La machine la plus complexe elle-même, le computeur, n’est rien de plus qu’une sorte d’outil spécialisé. Quand les hommes se sont modelés pour s’adapter à un monde placé sous le signe des computeurs, ils sont devenus de parfaits idiots, ils ont sombré dans cette espèce de barbarie urbaine, cet horrible mélange d’automation et de crânes ancestraux ! »

Comme dirait l'autre : "on ne pourra pas dire qu'on ne vous aura pas prévenus". Après Le monde vertBrian Aldiss nous propose L'autre jungle, et y inverse les perspectives généralement induites de cités mécanisées sous la "Surface de la planète", comme disait Daniel Drode. La Cité future de Aldiss, si elle est là encore dominée par des machines qui asservissent les hommes, est une jungle verticale d'acier et de béton qui se projettent dans la verticalité. Mais si les humains sont ignorants et superstitieux dans cet environnement régressé, sujet aux pannes et aux carences d'entretien, il existe d'autres cités ou le rapport de pouvoir humains-robots semble plus équilibré. C'est sur ce point que la nouvelle montre une faiblesse, un manque de développement qui laisse à imaginer qu'il y aura une suite. Bref : la cible est un peu manquée.

Société future d'opulence et de loisirs… on en rêverait presque si John Brunner, avec un ton très personnel, ne nous rappelait pas que "si jeunesses savait et si vieillesse pouvait…", la société jouirait d'une plus grande intelligence pratique. Ici, c'est le Capital jeunesse qui demeure la richesse la plus précieuse. Mais jeunesse ne sait pas et se révèle toujours dispendieuse et indolente, et hypothèque son avenir et sa vieillesse.


C. C. MacAPP est un nouveau "baroudeur" à faire son entrée dans l'écurie de Galaxie, et sera d'ailleurs quasiment exclusivement publié en France dans cette revue (sur ses sept romans, un seul est à ajouter à la liste de ses publications francophones : Les mondes du mur, en Galaxie Bis - n°60, décembre 1978). Il va proposer un ensemble de près d'une dizaine de nouvelles que l'on pourrait intituler : "Le cycle de Gree". Au détour de la réédition, dans l'anthologie Histoires de sociétés futures, de la nouvelle ici présentée, Un cimetière sur toute la Terre, nous pouvons lire : 

MACAPP (C. C.). – Pseudonyme de Carroll M. Capp (1917-1971), qui écrivit de la science-fiction au cours des douze dernières années de sa vie. Les plus notables de ses récits se fondaient sur des variantes ingénieusement développées du thème de l’invasion de la Terre.

Ajoutons à cela que Carroll Mathers Capps (source Wikipedia) fut longtemps champion d'échec à San Francisco.

Pour ce numéro, en suivant un soupçon de logique, MacCapp imagine que la mode soit aux cercueils, en s'appliquant à y mourir. Un cimetière sur toute la Terre parodie avec bonheur les récits de Fin du monde, et dirige une plaisante attaque en règle contre la société de consommation (en réalité société de production comme le rappellera Jacques Goimard dans l'anthologie Histoires de sociétés futures déjà citée).

Encore une belle proposition sociétale : une retraite organisée pour la crème des artistes et des intellectuels… mais lorsque cette retraite est installée sur un satellite de Jupiter et que ses bénéficiaires y sont momentanément stérilisés, il y a fort à parier que d'autres intentions se cachent derrière ce mécénat apparent. Un peu bavard, Génies en vrac, de James Blish a toutefois l'avantage de questionner en creux la place des artistes dans la société (et d'être une publication exclusive de la revue).


Toujours dans la série des raretés, Echec à la colonie est une nouvelle aventure de Norcriss le xénozoologue qui projette son esprit dans les créatures extraterrestres. Jack Sharkey continue d'explorer les potentiels cas extrêmes ; ici - et sans en dévoiler davantage - on atteint un point culminant. Rapide et concis, l'ensemble se lit avec plaisir, comme toujours chez cet auteur méconnu de notre côté de l'Atlantique.


L'herbe est-elle toujours plus verte ailleurs, et à fortiori si cet ailleurs est une autre époque ? Robert Bloch (qu'on retrouvera régulièrement en cette année 1966) s'en prend un peu aux réflexes réactionnaires qui nous font toujours juger le temps qui passe comme une marche vers la décadence, en comparant dans In vino veritas l'aube des années 60 (à travers un producteur de divertissements télévisés) et la pleine époque des Années Folles d'avant la Crise de 29 (par l'intermédiaire d'un "vieux" voyageur du temps). Et de conclure qu'on n'est finalement jamais aussi bien loti qu'en son propre présent.


Alfred Coppel rend hommage au cycle martien d'Edgar Rice Burroughs dans cette histoire d'un premier astronaute envoyé vers Mars, et qui revit ses émois d'enfant imaginatif et fasciné par les aventures de John Carter. Mais la littérature prépare-t-elle à l'effroi cosmique, bien réel celui-ci ? Les collines de son enfance (la traduction du titre est un peu malheureuse) est la dernière nouvelle que publieront les revues Fiction et Galaxie de cet auteur talentueux et toujours fin dans ses observations psychologiques. Tout juste réédité sporadiquement ensuite dans les volumes de la Grande Anthologie de la science-fiction, Coppel aurait bien mérité son propre recueil.


Un personnage balloté de bout en bout - à l'exception momentanée d'un audacieux combat contre des bêtes cosmiques surpuissantes, mais d'une audace qui frise l'inconscience et qui n'exige aucune ruse qui saurait nous rendre admiratifs… Cette deuxième partie de L'enfant des étoiles renforce l'impression que nous avons à faire avec un anti-héros falot et insipide. Reste à espérer qu'il ne s'agisse pas en vain de cruauté gratuite de la part de Frederik Pohl et Jack Williamson.


Rapport du Centaurien pour le PReFeG (Juillet 2026)
  • Relecture
  • (Rares) corrections orthographiques et grammaticales
  • Vérification du sommaire
  • Vérification des casses et remise en forme des pages de titre
  • Remise en page des illustrations
  • Ajout en portfolio des illustrations des versions originales qui n'avaient pas été reprises dans l'édition française
  • Ajout de la page d'annonce des prochaines publications (Fiction et CLA)
  • Scan d'après l'exemplaire papier et ajout des pages "Courrier des lecteurs" et "Résultat sur le referendum"
  • Vérification et mise à jour des liens internes
  • Mise au propre et noms des fichiers html
  • Mise à jour de la Table des matières
  • Mise à jour des métadonnées (auteurs, résumé, date d'édition, série, collection, étiquettes)

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Prochaine publication prévue pour le mercredi 22 juillet 2026 : Galaxie n°25.

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