14 mai, 2025

Fiction n°111 – Février 1963

Fiction donne la part belle à cet "insolite" complémentaire aux genres fantastique et science-fiction dans ce numéro 111. On pourra particulièrement y apprécier la novella de Cyril Kornbluth, "Le moindre des fléaux", que les éditions Denoël ne republieront que 20 ans plus tard dans la collection éphémère "Etoile double" et désormais un peu difficile à trouver. Simak emporte la part du lion, dans un cortège d'histoires plus déroutantes les unes que les autres.

Dagon se métamorphose !

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Sommaire du Numéro 111 :


1 - (non mentionné), Nouvelles des auteurs de ce numéro, pages 2 à 3, bibliographie


NOUVELLES

2 - Cyril M.KORNBLUTH, Le Moindre des fléaux (Two Dooms, 1958), pages 7 à 55, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

3 - Theodore L. THOMAS, L'Examen (Test, 1962), pages 56 à 59, nouvelle, trad. Elisabeth GILLE

4 - Clifford D. SIMAK, La Vermine de l'espace (The Golden Bugs, 1960), pages 60 à 94, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

5 - Pierre VERSINS, Les Habitants des autres planètes, pages 95 à 97, nouvelle *

6 - Avram DAVIDSON, Dagon (Dagon, 1959), pages 98 à 107, nouvelle, trad. René LATHIÈRE

7 - Jacques GOIMARD, L'Homme sans chronomètre, pages 108 à 115, nouvelle *

8 - Richard M. McKENNA, La Mort et le petit singe (Casey Agonistes, 1958), pages 116 à 126, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE *

9 - Roland TOPOR, Un grand homme, pages 127 à 130, nouvelle

10 - Victor HUGO, Inferi, pages 131 à 135, poésie

11 - Pat MALLET & Michel PELTIER, La Vie privée du vampire (suite et fin), pages 136 à 139, bande dessinée

CHRONIQUES

12 - Jacques GOIMARD, Le Temps des coquins, pages 140 à 143, critique(s)

13 - Fereydoun HOVEYDA, « Ils » sont parmi nous, pages 145 à 145, article

14 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 147 à 163, critique(s)

15 - Jacques GOIMARD, Place aux barbus ! / Les hallucinés de l'autocar, pages 165 à 171, article

16 - (non mentionné), En bref, pages 172 à 173, article

17 - COLLECTIF, Tribune libre, pages 174 à 176, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Note éditoriale du n°111 :
Depuis la mort de C. M. Kornbluth, la science-fiction américaine a perdu l'un de ses auteurs à l'esprit le plus aigu et le plus lucide. Le long récit que nous publions de lui : « Le moindre des fléaux », est un des plus brillants qu'il ait jamais composés.
Autre novelette dans ce numéro : « La vermine de l'espace », où le toujours habile Clifford Simak sait exploiter à fond le thème d'une curieuse visite d'extra-terrestres sur notre planète. 
Dans « L'examen », Theodore Thomas nous donne une étrange (et inquiétante) vision d'avenir, et Pierre Versins, dans « Les habitants des autres planètes », se livre à une fantaisie en multipliant par quatre l'histoire des risques qui attendent le futur explorateur des autres mondes. 
 Avram Davidson, auteur dont vous reverrez souvent la signature, nous offre ensuite une nouvelle surnaturelle subtilement exposée : « Dagon ». 
Les influences respectives de Kafka et de Borges transparaissent dans deux textes insolites français : « Un grand homme », de Roland Topor, et « L'homme sans chronomètre », première nouvelle de notre collaborateur Jacques Goimard (lequel s'est aussi souvenu de « L'année dernière à Marienbad »). 
Cependant que l'auteur américain Richard McKenna évoque la vie de ces morts en sursis, les incurables d'un hôpital, dans un récit bizarre : « La mort et le petit singe » (où la mort intervient à la fois comme réalité psychologique et comme entité personnifiée). 
Pour terminer, un Rayon des Classiques inattendu : un poème mal connu de Victor Hugo (nous nous expliquons, en le préfaçant, sur les raisons de ce choix).
Et en fin de numéro, outre nos rubriques habituelles, une chronique littéraire qui est ce mois-ci, exceptionnellement, une chronique des bandes dessinées.

Comme l'indique le titre, la bombe atomique fut Le moindre des fléaux face à l'obscurantisme nazi. Cyril M. Kornbluth nous fait voyager dans un futur immédiat où les forces de l'Axe auraient vaincus les Alliés, et exprime - peut-être un peu naïvement - le bond en arrière que le fascisme aurait fait faire à la civilisation. L'autrice Jacqueline Osterrath y réagira fortement dans le Fiction n°113.

L'examen est une courte nouvelle fort bien ficelée, avec son lot de rebondissements et ses surprises. On en sort comme "matrixé", comme on dit de nos jours, par le peu connu Theodore L. Thomas, collaborateur occasionnel d'Algis Budrys ou Theodore Cogswell.

Quel dommage que le titre français La vermine de l'espace en dévoile une peu trop, quand une traduction littérale du titre originel ("The golden bugs" est une mise au pluriel du titre d'une célèbre nouvelle d'Edgar Poe) aurait pu donner "Les scarabées d'or", voire "La vermine dorée". Quoiqu'il en soit, Clifford D. Simak prend son temps pour faire monter ses péripéties en mayonnaise, peut-être un peu trop parfois, mais on ne lui en tiendra pas rigueur, tant cela rend les personnages attachants, même s'ils sont un peu stéréotypés.

De la probable impossibilité de parvenir à communiquer avec des entités extraterrestres… Pierre Versins décline avec Les habitants des autres planètes la même situation autour de ce thème en quelques courtes prises de contact. Amusant.

Avram Davidson intrigue avec Dagon, une énigme faite de sensations : un Marine lors de l'occupation chinoise en 1945 tente de percer des mystères orientaux et devenir l'égal d'un Dieu.

Du style, un propos intriguant, une imagerie poétique… Manque peut-être à Jacques Goimard et à L'homme sans chronomètre un véritable sujet, car celui-ci, pour sembler borgésien, manque peut-être un peu de chaleur pour nous emporter tout à fait.

La mort du petit singe laisse perplexe. Sans doute sommes-nous passés à côté de cette histoire de gens (?) hospitalisés pour apprendre à mourir. Les péripéties sont peu claires, les personnages loin d'être mourants, bref, on finit par ne plus comprendre de quoi il est question dans cette histoire de Richard M. McKenna.

Roland Topor imagine comment la caste au pouvoir dresse ses agents, fabrique Un grand hommedans un conditionnement infantilisant et cruel, et comme en vase clos. Très proche du style de Sternberg, on appréciera l'aspect moins psychologique que politique de son narrateur naïf et faussement victime.

Ce numéro termine sa partie littéraire par une très belle poésie inattendue de Victor Hugo, Inferi, décrivant des cortèges de planètes-bagnes. La rédaction va même jusqu'à faire de Hugo et de ce texte l'inventeur de la science-fiction !

Côté rubriques, une première Chronique des bandes dessinées, après le succès du Club mené par Francis Lacassin. C'est le toujours très prolixe Jacques Goimard qui s'y colle avec une belle critique de la bande-dessinée de Jean-Claude Forest, Barbarella.

Mais c'est surtout "La réponse de la bergère", comme on pourrait appeler la petite polémique lancée dans son numéro 108 par la rédaction de Fiction (par Alain Dorémieux ?), au sujet d'une pique assez gratuite lancée au passage par Marcel Battin, dans son fanzine, sur Nathalie Henneberg. Après les prises de position défensive, voici l'inévitable contre-attaque, le troisième round de ses échanges parfois âpres, parfois plutôt humoristiques, disséminés entre les rubrique "En bref" et "Tribune libre", avec un courrier de Michel Ehrwein himself !

Les épisodes précédents peuvent être lus dans notre article sur le n°110 de Fiction.

En bref

Le match Battin-Henneberg.

À la suite des protestations de lecteurs concernant son attaque de Nathalie Henneberg (voir notre Tribune Libre du mois dernier), Marcel Battin contre-attaque dans le numéro 6 de « Karellen-Orion » : « J'ai entrepris, avec toute l'objectivité dont je suis capable, la lecture de « Des ailes dans la nuit…» de Nathalie Charles-Henneberg. Mille regrets, mais je n'ai pas pu poursuivre au-delà de la cinquième page. Je ne puis donc revenir sur ce que j'ai écrit. »

Tribune libre

Lecteur assidu (mais souvent déçu) de votre revue depuis son premier numéro, je n'ai pris jusqu'à présent part à aucun de vos référendums ni à aucune controverse, un peu par paresse, un peu dans la conviction qu'une voix ajoutée ou retranchée à la majorité n'aurait pas grande importance.

Mais aujourd'hui, vraiment, l'occasion est trop belle :

Vous demandez à vos lecteurs ce qu'ils pensent de l'opinion de Marcel Battin dans « Karellen-Orion » sur Nathalie Charles-Henneberg.

Permettez-moi de vous dire que hautement, flegmatiquement et impavidement, j'approuve totalement Marcel Battin la bergère est plus qu'horripilante, elle est assommante, et son nom à rallonge ne cache que nullité et prétention. Elle gâche votre revue depuis trop longtemps et bien trop souvent. Délivrez-nous de ses élucubrations. Donnez-vous enfin de la « vraie » science-fiction ou du « vrai » fantastique, et non plus de ces contes à dormir debout pour poupons attardés. Abreuvez-nous de Jean Ray, Carsac, Matheson, Lovecraft, Heinlein, Brown, etc. Il ne manque pas de bons auteurs.

(M. Yves Cariou, Nice)

Malgré votre protestation, je dis « bravo » à M. Marcel Battin ! Mme Henneberg est effectivement horripilante… Un symbolisme obscur, un manque complet d'imagination, des aventures cycliques, n'ayant de rapport ni avec la science-fiction, ni avec le fantastique. Alors, de grâce, préservez-nous de Mme Henneberg qui est peut-être charmante dans la vie mais qui nous ennuie dans « Fiction ».

D'une manière générale, d'ailleurs, évitez les auteurs autres que les Anglo-Saxons, car, qu'ils soient Français, Allemands, Italiens, Russes ou Américains-Latins, leurs nouvelles sont mauvaises à 95 %. Et, personnellement, je préfère encore Theodore Sturgeon avec « Une fille qui en a », bien que la nouvelle soit un peu… écœurante – mais c'est quand même autre chose !

(Monsieur G. Romain, Cachan). 

La Tribune Libre du numéro de janvier est pleine d'intérêt.

Tout d'abord, j'ai été agréablement surpris de constater qu'apparemment aucun lecteur n'a pris au tragique la hardiesse du sujet de la nouvelle de Sturgeon, au point de crier au scandale et d'en méconnaître la très grande qualité. En passant, je regrette (mais personne n'y peut rien) que la langue française n'ait pu permettre une traduction littérale du titre anglais, qui serre de beaucoup plus près le sujet, s'il n'est pas aussi évocateur pour qui n'a pas encore lu l'histoire… Une fois de plus, Sturgeon nous a montré (m'a montré : je prends ici le risque d'émettre une opinion personnelle qui ne sera certainement pas partagée par tout le monde, oh ! non) qu'il est infiniment plus à son aise dans la nouvelle que dans le roman, où il (me) paraît toujours s'empêtrer un peu dans ses propres ficelles.

Puisque nous parlons d'opinions personnelles, un qui ne semble pas avoir eu de chance avec la dernière qu'il a émise, c'est Battin, en jugeant et condamnant Nathalie Henneberg. Quelle volée de bois vert il a reçue ! Entre nous, vous en avez fait un peu une cible à la vindicte publique, en reprenant dans vos pages une déclaration qui ne s'adressait qu'au petit cercle des lecteurs de « Karellen-Orion », lesquels en ont lu bien d'autres et apprécient justement chez Battin, même s'ils ne sont pas d'accord avec lui, sa franchise. Nul doute que s'il eût songé écrire pour « Fiction », il eût quelque peu développé son thème… « Grossièreté » (deux fois). « prétention », « envie » (deux fois), on lui en découvre des défauts, au confrère, en outre qualifié de « prophétaillon de bas augure » et de « masochiste systématique », et j'en passe…

Mademoiselle (ou Madame) Cassar, Marcel Battin n'a jamais eu l'intention de forcer qui que ce soit à « cesser de lire cet auteur » : il a simplement écrit qu'il ne l'aimait pas, et c'est bien son droit. D'autres pensent autrement, et c'est tant mieux pour Monsieur Boulestin, dont la lettre d'ailleurs est extrêmement intéressante, car elle peut être considérée comme un « test » pratiqué sur une portion du public, concernant l'audience de Nathalie Henneberg : devant les réactions qu'il cite dans sa lettre, on ne peut que les féliciter et les envier d'avoir, elle des lecteurs et lui des clients, aussi fidèles et aussi enthousiastes.

Mademoiselle (Madame ?) Bazin, je vais vous décevoir, mais, moi, ce sont des œuvres de Battin que j'ai gardé le souvenir le plus vif, en général, plus que de celles de Sternberg, à qui je trouve d'autres qualités. Quant à Barjavel, il est à placer bien au-dessus de ces deux-là, Jacques Van Herp vous a expliqué pourquoi bien mieux que je ne saurais le faire. Je ne veux pas discuter ici des qualités réelles et des défauts certains qu'offre, comme chacun de nous, Nathalie Henneberg ; simplement, attirer l'attention de Mlle Bazin sur la lettre de M. Huré. Que constate celui-ci, à propos du numéro où a paru « Des ailes, dans la nuit » ? Un excès d'« effroyable », et un manque de « sympathie », d'« émerveillement », de « fraîcheur », de « puissance poétique », de « raison dans la féerie »… un manque de ces qualités que vous pensez discerner chez l'auteur dont vous prenez la défense, précisément. Alors, pensez-vous toujours qu'il faut brûler Battin pour ses écarts de langage ? (...)

Michel Ehrwein

07 mai, 2025

Fiction n°110 – Janvier 1963

Beaucoup de publications exclusives à ce numéro de Fiction, et une bonne proportion d'auteurs francophones ; on notera l'argument de vente (qui ne sera que très peu utilisé dans cette formule de Fiction) de mettre en avant (sur la couverture) un auteur reconnu, ici : Ray Bradbury avec en avant-première un extrait de "La foire des ténèbres" dans une traduction originale de Michel Deutsch. Mais l'on en retiendra surtout "Le léviathan de l'espace" de Robert F. Young, et l'incomparable Jorge Luis Borges avec "La bibliothèque de Babel".

On poursuit la collection des couvertures abstraites

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Sommaire du Numéro 110 :


1 - (non mentionné), Nouvelles des auteurs de ce numéro, pages 2 à 3, bibliographie


NOUVELLES

2 - Robert F. YOUNG, Le Léviathan de l'espace (Jonathan and the Space Whale, 1962), pages 7 à 39, nouvelle, trad. Elisabeth GILLE

3 - Charles BEAUMONT, L'Œil du père (Oh Father of Mine, 1957), pages 40 à 44, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE *

4 - Jérôme SERIEL, Les Planètes d'Aval, pages 45 à 54, nouvelle *

5 - Algis BUDRYS, La Liberté tombe du ciel (Falling Torch, 1958), pages 55 à 87, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *

6 - Ray BRADBURY, Le Manège (Nightmare Carousel, 1962), pages 88 à 106, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *

7 - Jean RAY, Les Étranges études du Pr. Paukenschlâger, pages 107 à 112, nouvelle

8 - Jorge Luis BORGES, La Bibliothèque de Babel (La biblioteca de Babel, 1941), pages 113 à 119, nouvelle, trad. Nestor IBARRA

9 - Lise DEHARME, Dans la nuit, pages 120 à 122, nouvelle *

10 - Maxim JAKUBOWSKI, Bribes, pages 123 à 125, nouvelle *

11 - Christine RENARD, À la croisée des parallèles, pages 126 à 128, nouvelle

12 - Monique DORIAN, Le Rêve prisonnier, pages 129 à 131, nouvelle *

13 - Pat MALLET & Michel PELTIER, La Vie privée du vampire, pages 133 à 135, bande dessinée 

CHRONIQUES


14 - Demètre IOAKIMIDIS, Alfred Bester, le dilettante de la S.F., pages 136 à 141, article

15 - Alfred BESTER, Livres d'Amérique, pages 142 à 145, chronique, trad. Demètre IOAKIMIDIS

16 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 146 à 167, critique(s)

17 - COLLECTIF, Le Conseil des spécialistes, pages 168 à 169, critique(s)

18 - (non mentionné), En bref, pages 170 à 171, article

19 - COLLECTIF, Tribune libre, pages 173 à 176, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

Une nouveauté éditoriale pour ce numéro 110 : le sommaire est suivi d'une présentation générale du numéro, en remplacement de la note d'introduction située avant chaque nouvelle. Un choix qui n'est pas aussi anodin qu'il n'y parait, et restera éphémère. Nous vous en livrons ici le contenu (et le ferons tant que durera ce choix éditorial - à savoir le Fiction n°115), tout en continuant de vous proposer nos propres notes de lecture).

Note éditoriale du n°110 :

Deux novelettes en vedette dans ce numéro : « Le Léviathan de l'espace », où l'un de nos auteurs de fond, Robert Young, reprend son mythe favori : l'homme confronté à un élément gigantesque (voir « La déesse de granit » ainsi que « L'ascension de l'arbre ») ; et « La liberté tombe du ciel », passionnant récit d'Algis Budrys (auteur encore peu connu du public français), qui transpose dans un contexte SF le thème – très proche de l'expérience française 1940-1944 – de la résistance à un envahisseur.

 

Autres histoires de science-fiction : « L'œil du père », pochade où Charles Beaumont traite (à sa manière – et avec une belle désinvolture) du paradoxe temporel ; et « Les planètes d'Aval » fantaisie du jeune auteur français Jérôme Sériel (dont le second roman, « Le satellite sombre », critiqué dans ce numéro, vient de paraître chez Denoël).

 

Côté fantastique, un événement : la parution dans « Fiction » d'un épisode du tout nouveau roman (inédit en français) de Ray Bradbury, « Something wicked tbis way comes » ; titré par nous « Le manège », cet épisode se présente en fait comme un récit indépendant ; c'est du super-Bradbury, alliage de tendresse et de cruauté, de poésie et de terreur.

 

Nous poursuivons en outre notre série de rééditions d'anciennes histoires de Jean Ray, avec « Les étranges études du Pr. Paukenschläger », où se trouve annoncé un thème qui s'est poursuivi ensuite à travers l'œuvre de l'auteur : celui du contact avec un monde situé dans une autre dimension.

 

L'insolite est représenté ce mois-ci par un nouveau texte extrait des « Fictions » de Jorge Luis Borges : « La bibliothèque de Babel », image métaphorique de l'univers ; et par « Dans la nuit », histoire inédite (plutôt criminelle ?) de Lise Deharme, dont le dernier roman, « Pierre de la Mermorte », vient de paraître chez Julliard.

 

Après le Banc d'Essai (trois courts contes « en marge » dus à des jeunes auteurs), mentionnons la suite des scènes (en images) de la vie des vampires, par Patrick Mallet et Michel Peltier. Et passons à la Chronique Littéraire : une présentation d'Alfred Bester par Demètre Ioakimidis, lequel traduit plus loin un nouvel article du même Bester sur les « Livres d'Amérique ».

Rien de très instructif, on le notera, et l'on regretterait presque les petites notules bio-bibliographiques que permettaient "l'ancienne formule". Nous citerons en ce sens l'avis d'un lecteur paru dans la rubrique Tribune Libre dans le n°113 :

(…) Votre nouvelle présentation est plaisante, et la qualité du papier est appréciable ; mais pourquoi avoir supprimé les textes de présentation au début de chaque nouvelle ?

Votre but, votre raison d'être même, est de nous présenter des textes variés, variés dans le style, le sujet, la façon de traiter celui-ci, l'origine de l'auteur, etc.

Comme beaucoup de vos lecteurs sans doute, je « déguste » mon « Fiction », ne lisant qu'une ou deux nouvelles à la fois, et j'aime choisir celles-ci en fonction de l'état d'esprit du moment. Alors, devant la suppression de la préface, je suis obligé de me reporter à la page de présentation, un peu succincte à mon goût. (…)

Jacques Pachter - Valenciennes (Nord). 

Dans Le Léviathan de l'espace, on découvre tout un monde enclos dans le ventre d'un être aux dimensions planétaires et comparable à une baleine (et l'on notera le défi descriptif que Robert F. Young s'est imposé, et qui rappellera celui de Larry Niven dans "L'anneau-monde" qui paraîtra quelques années plus tard).

C'est par le biais d'un personnage extérieur à ce monde que l'on découvre cette "utopie".

"Les gens de la Flotte étaient entrés en orbite avec les premiers cosmonautes américains et faisaient à présent partie intégrante de l'espace comme autrefois de l'océan."

On parle bien de "cosmonautes américains" - signe que les Etats-Unis n'en étaient pas au même stade dans la course à l'espace, tout au moins du point de vue sémantique - mais aussi et surtout du mythe biblique de Jonas dans le ventre de la baleine, et des récits de baleiniers tels le "Moby Dick" d'Herman Melville. On est très surpris au début de noter que la petite communauté d'humains vivants dans le ventre de la baleine, et ignorant tout de sa condition, soit organisée sur le modèle américain des années 50-60. Young sous-entendrait il que sa société contemporaine soit une sorte de Jardin d'Eden ? La chose est questionnable, et l'auteur ne s'en prive d'ailleurs pas : 

" (…) il lut, par les dimanches après-midi tout dorés de soleil, les journaux dominicaux qui louaient la noblesse et la grandeur d'âme naturelles de tous les bons Prospériens, qui les adjuraient de faire encore et encore des enfants, car les enfants n'étaient-ils pas des consommateurs, et le succès d'une économie fondée sur la loi de l'offre et de la demande ne réclamait-il pas avant tout un accroissement de la consommation, et une économie fondée sur la loi de l'offre et de la demande n'était-elle pas la seule base sur laquelle on pouvait bâtir le Monde de Demain ?

Young pose en fait le dilemme "écologie - développement" à partir de cette allégorie du ventre de la baleine. Comment prendre conscience de vivre dans un monde aux ressources limitées quand le but du progrès est de "prospérer", de "croître", et de coloniser d'autres mondes ? Le pillage s'avère être principalement le moteur d'un mécanisme de déni, et l'être peu avisé sape les assises même de son monde ridiculement fini. 

Un peuple insouciant de la finitude de son univers, un dieu-baleine dont le monde est le ventre, un étranger qui n'est pas voué à devenir prophète mais qui se fera sauveur… Malgré une idéologie très gnostique, Young parvient à toucher du doigt un intérêt supérieur à tout cela : le respect du vivant, pour ce qu'il est et non pour ce qu'il peut nous prodiguer.

Sous L'œil du père, Charles Beaumont s'amuse avec le paradoxe de Saint-Menoux (dans "Le voyageur imprudent" de René Barjavel : qu'advient-il du voyageur temporel qui assassine son ancêtre ?). Mais ici, Beaumont inverse le problème : quel père engendrera un tel fils parricide ?

Avec Les planètes d'Aval, nous voilà témoins d'une histoire inepte, une fois de plus avec un Jérôme Sériel qui se prend pour Flaubert. On aimerait le condamner à peindre ses propres représentations tant le foisonnement d'images les rend inutiles, et l'excès de néologismes ôte toute véritable poésie à ses lourdes descriptions. Quant aux personnages, à l'intrigue, au développement et à la chute, mieux vaut ne pas se prononcer.

La liberté tombe du ciel  traite des méfaits d'un conflit long. Le film de Louis Malle "Lacombe Lucien" (1974) évoquera un parcours comparable d'un jeune homme refoulé par les maquisards qui rejoindra l'envahisseur. On pourrait croire à de la S.F. , à travers son décorum (colons terriens revenus du Centaure pour sauver la planète-mère, Envahisseurs, armement moderne), mais tout cela n'est rien de plus qu'un épisode de guerre, peut-être même un peu longuet pour ce qu'il tente d'exprimer. Algis Budrys a toutefois un métier sûr pour nous mener jusqu'au bout.

Fiction en fait son argument de vente principal : un inédit de Ray Bradbury. Il s'agit en fait d'un extrait de "La foire des ténèbres", dans une traduction différente de celle qui paraîtra chez Denoël. On retrouve dans Le manège le goût bradburyen pour les choses du passé, et c'est même ici l'enjeu de ce manège diabolique que de les rendre au présent. 

" Le petit tertre sablonneux que nous occupons est, parait-il, parmi ces lieux étrangement privilégiés. L'appareil du professeur est destiné à provoquer des ondes spéciales qui forceront, pour ainsi dire, la porte du mystérieux monde voisin."

Le décor posé dans Les étranges études du Pr. Paukenschläger rappelle celui de la dune du Pyla qu'utilisera plus tard René Réouven dans "Les survenants", sur un sujet similaire. On pensera également à "De l'au-delà" de H. P. Lovecraft avec cette nouvelle de jeunesse de Jean Ray, qui oscille encore entre plusieurs types de narrations, défaut qu'il corrigera bien vite.

S'ouvrant sur une citation d'un ouvrage de Robert Burton (1621), un auteur qualifié de "borgésien",  Jorge Luis Borges, toujours dans l'allégorie, nous invite une fois de plus à revisiter la forme de l'univers, ici dans La bibliothèque de Babel, recueillant toutes les combinaisons d'écrits à base des "25 caractères de base de la typographie". S'ensuit une description délicieusement absurde et vertigineuse d'un peuple de lecteurs et de bibliothécaires, de leurs dogmes et de leurs suppositions… Encore une fois magistral.

Douche écossaise pour poursuivre Dans la nuit, d'une autrice pourtant issue de la "Grande" littérature puisqu'il s'agit d'une muse du surréalisme, Lise Deharme. Mais sa nouvelle est un peu abstruse, parodiant une intrigue policière pour mieux la rendre caduque. On en appréciera le style pour ce qu'il est, mais moins pour ce qu'il dit.

De même pour Bribes de Maxim Jakubowski. On pourrait vraiment se demander ce que vient faire cette nouvelle dans cette revue. Toutefois, Jacubowski se fera connaître dès 1963 en publiant une anthologie de science-fiction, "Loin de Terra", et sera à la fois libraire à Londres, critique, et romancier...

On entend le remord français, du français qui n'a pas eu à souffrir de la déportation durant la 2nde G.M. , dans À la croisée des parallèles. On entend également la spoliation des familles juives, et la participation réelle ou mensongère à des faits de Résistance. Quand on y lit : "C'était en 1940. Les rumeurs de guerre s'intensifiaient. ", nous sommes en droit de nous demander ce que Christine Renard entendait par "rumeurs" : l'écho lointain de ce qui est ou bien le soupçon de ce qui vient (auquel cas nous voilà déjà dans un monde parallèle.) Toutefois, l'impression d'avoir deux vies distinctes, le sentiment schizophrène de ne pas devoir les mélanger, de les rendre donc parallèles et clivées, s'exprime cependant parfaitement dans ce contexte historique. Là où il y avait matière à un petit roman historique, Christine Renard, par sa concision, en a fait une petite réflexion fantastique.

Dans Le rêve prisonnier, on rêve de Laïma. Laïma, on le comprend bien vite, c'est la lamie, le vampire femelle qui obsède sa victime mâle ; on repense aussi à la Vana de Dorémieux, sans doute co-auteur de cette nouvelle. Une fois de plus, on ne saurait comprendre complètement cette nouvelle de Monique Dorian sans se figurer la folie douce et pénétrante qui poussa à la démence la femme de Dorémieux, et celui-ci à l'interner.

Le courrier de la Tribune Libre défend Nathalie Henneberg suite à la publication de la "pique" que lui lançait Marcel Battin (auteur et éditeur d'une revue d'amateur) (voir Fiction 108 et 109).

Je suis libraire. C’est à ce titre surtout que je vous écris. La déclaration inqualifiable de Marcel Battin concernant Nathalie Charles-Henneberg me consterne par sa grossièreté et m’étonne par sa prétention.
Comme tous les libraires de Paris, je vends « Fiction » et je peux vous certifier que lorsque le nom « Henneberg » figure au sommaire, je n’ai pas d’invendus dès la première semaine. Même observation pour les romans de cet auteur. Dans mon quartier, pourtant assez réfractaire à la science-fiction, j’ai des habitués qui achètent tout ce qui est signé Henneberg.
Je cite, de mémoire, le jugement prononcé par l’un de mes clients, à propos de « La forteresse perdue » : « Elle s’est surpassée ! Elle est extraordinaire ! Chapeau ! » Et d’un autre, à propos des « Dieux verts », qu’il recommandait à un ami : « Prenez ce livre ; puisque vous voulez vous initier à la science-fiction, autant commencer par un chef-d’œuvre ».
(M. Boulestin, Paris). 
Fidèle lectrice de « Fiction », j’ai lu avec indignation et surprise la déclaration – aussi grossière qu’étonnante – de Marcel Battin à propos de Nathalie Charles-Henneberg.
Quoi ! Nous avons là un des meilleurs auteurs de la science-fiction française, un auteur qui a son « ton » particulier, son propre univers et que même les étrangers apprécient, et parce que Marcel Battin est « horripilé », nous cesserions de lire cet auteur, que nous estimons tous, dans les pages de « Fiction » ?
Cette horripilation, n’est-ce pas une légère démangeaison d’envie ?
J’ai commencé à acheter votre revue parce que j’y avais lu un récit de Charles et Nathalie Henneberg, et je continue à l’acheter dans l’espoir d’en lire d’autres.
(Colette Cassar, Paris).
Que la rapidité de ma réaction – qui ne sera pas solitaire ! – prouve à Monsieur Battin que la « Bergère », comme il dit, n’horripile pas tout le monde. Car tout le monde n’a pas le poil aigri et envieux ! Curieux ! Moi, ce sont les prophétaillons de bas augure qui me déplaisent, Ces masochistes systématiques, qui distillent bouc et mélasse odoriférantes en extrapolant sur le futur à partir de leurs petits états d’âme mitonnés dans l’amertume, ont évidemment l’irremplaçable avantage que leur donne le penchant actuel d’une fraction de lecteurs pour le morbide, surtout s’il se pare d’une vulgarité baptisée Conscience Dépouillée du Présent. Il est plus facile, on le sait, de couper des ailes que de les ouvrir, et de prêcher le désespoir que l’espoir. 
Qu’un visionnaire peigne un tableau sinistre devient frappant et respectable lorsqu’il s’agit, par exemple, d’un Barjavel, ou du cher Jacques Sternberg, qui ressent en poète et écrit en logicien jusqu’auboutiste. Seulement, on n’oublie pas ces auteurs-là, dès la première œuvre qu’on en lit. On ne saurait en affirmer autant de Monsieur Battin.
Je n’aperçois pas, d’ailleurs, en quoi les Henneberg sont pastoraux. Sinon parce qu’ils croient au Prince Charmant – je veux dire qu’on retrouve toujours chez eux un couple prédestiné uni au-delà des magies obscures de l’espace et du temps, dans une vie ou un néant.
C’est là, j’en jurerais, que le bât blesse Marcel Battin. Eh bien oui. Monsieur, c’est beau, j’en veux et j’y crois aussi, et zut aux affreux, aux jaloux, aux ratiocineurs, aux grinçants. (Et aux déverseurs de bitume quand ils n’ont pas l’envergure biblique.) Ils font des cauchemars ? C’est fâcheux, mais qu’ils ne nous étouffent pas dans leurs petits phantasmes personnels à leur mesure.
D’ailleurs, la « Bergère » ne donne pas dans le rêve rose, que je sache. L’horreur, si raffinée soit-elle, si intimement mêlée au merveilleux, ne demeure pas moins essentielle chez les Henneberg. N’est-elle pas aussi sauvage que douce, aussi cruelle que tendre ? Le futur de « La forteresse perdue » est-il arcadien, anacréontique ? Curieuse Bergère !
Et puis, il ne s’agit pas d’un rêve, mais d’un monde. D’un monde de poète – parce que les Henneberg l’ont porté en eux, formé, bâti, construit, fignolé, exploré – en démiurges.
Sans doute l’art hennebergien est-il, dans sa conception idéaliste des rapports humains, plus sensible aux esprits féminins et plus proche d’eux. Cependant, j’aimerais bien savoir ce que dit un Louis Pauwels de cette foi dans le couple, axe du monde hennebergien. Le jugement que Pauwels porta sur André Breton pour avoir « dressé » à l’Amour une statue de cristal et de sang me semble très applicable, dans une sphère différente bien sûr, aux Henneberg (cf « Lettre à Elle », parue en éditorial dans « Arts » sous sa signature voici dix ans environ.)
Tout de même, les Henneberg ne « font » pas pour « Les Veillées des Chaumières ». Leurs amants sont blessés, déchirés, je dirais même qu’ils s’atteignent en se transcendant si le jargon pseudo-philosophique ne me faisait esbaudir toute seule. Ce ne me semble pas un hasard si l’une de leurs nouvelles se nomme « Ysolde »… Oui, décidément, ils croient au mythe, au miracle-mirage de l’amour accompli. Qu’importe quand et où et par quel moyen Bellatrix rejoint son astronaute terrien ; ou Lorris, Ysolde ; ou Catherine Sforza, César Borgia ; ou Stéphane de Norwid, la visiteuse troublée de son château polonais ; ou Alix, son héros torturé ; ou Lars, Miâ-la-fleur ; ou Timna de Sodome, Elléor l’Arcturien…
(Micheline Bazin, Paris)

Toujours dans  l'humeur règlement de comptes à OK Corral, on pourra lire dans "Ici, on désintègre !" Jacques Goimard s'en prendre très vertement à la traduction de "Time and again"  de Clifford D. Simak parue sous le titre "De temps à autre" au Rayon Fantastique (et demeurée plus connue sous le titre que lui avait donné Galaxie : "Dans le torrent des siècles"). Signée A. Yeurre, et que Goimard qualifie de "turlutaines", nous assistons peut-être ici à un jeu de cache-cache où personne n'est dupe ; l'encyclopédique site Noosfere rapporte A. Yeurre comme un pseudonyme de Pierre Versins, proche de la rédaction au point de publier fréquemment des recensions et des articles de fond. On aurait du mal à imaginer le jeune Jacques Goimard, qui fait ses débuts, certes, dans la revue,  tout ignorer de qui se cachait sous ce pseudonyme. La vérité est A. Yeurre...

On peut lire au détour de cette diatribe : "Mais « Galaxie » a cessé de paraître, et ses premiers numéros sont devenus introuvables". En 1963, nous sommes neuf ans après leur parution - et voilà une remarque qui nous montre bien la fragilité d'un tel ensemble éditorial (et le PReFeG souhaite saluer ainsi toute l'armée des ombres qui a oeuvré à numériser toutes ces revues.)

On notera dans la même rubrique le nom d'un Ch. Du Chesne, nouveau dans l'équipe critique ? Nous n'en savons encore rien.

Sans se situer dans la polémique, et bien que l'auteur en question ne renonce pas à s'y compromettre de temps à autre, notons l'article de Demètre Ioakimidis : "Alfred Bester, le dilettante de la SF", reproduit en intégralité dans notre page dédiée.

01 mai, 2025

Cadeau Bonus : Recueil William Morrison (exclusivité PReFeG)

Après "Les disparus de Galaxie" qui reprenait les nouvelles d'auteurs français introuvables ailleurs que dans cette revue, nous vous proposons un recueil des nouvelles de William Morrison traduites en français, et essentiellement parues dans les revues Galaxie et Fiction, et malheureusement jamais reprises en recueil.

Un clic droit dans le cercle !

Le recueil que nous vous proposons, "fait maison", vous est ainsi exclusivement adressé. Comme d'accoutumée, un clic droit sur la couverture ci-contre, puis "enregistrer sous", vous permettra de télécharger votre exemplaire au format epub.

Quelques mots à propos de William Morrison, pour commencer.

William MORRISON, de son vrai nom Joseph SAMACHSON, est né à Trenton, New Jersey, le 13 octobre 1906. Diplômé de l'Université Rutgers, il a obtenu un doctorat en chimie à Yale à l'âge de 23 ans. Il a été professeur adjoint à la Faculté de médecine à l'Université de l'Illinois et a également dirigé un laboratoire de recherche sur le métabolisme à Veterans Administration Hospital à Hines, Illinois.
Auteur de publications scientifiques et de livres jeunesse, il fut responsable de la rubrique scientifique de The magazine of science fiction and fantasy vers la fin des années 50. Il écrivit également des scénarios de spectacles télévisés pour enfants et, en collaboration avec sa femme Dorothy, quelques ouvrages sur la chorégraphie et le théâtre. Il a également travaillé, comme Alfred Bester, dans l’industrie du comics américain, entre autre pour l’univers de Batman, dans les revues Adventures comics, Action comics, World’s finest comics et Detective comics.

Il meurt le 2 juin 1980 à Chicago.

William MORRISON
On pourrait déplorer que William MORRISON ne soit pas mieux connu dans l'espace francophone ; aucun de ses cinq romans n’a été traduit en français, et ses nouvelles de science-fiction sont nombreuses à être restées inédites après leurs parutions dans Galaxie – 1ère série et Fiction, entre 1953 et 1961. Quelques autres ont bénéficié d’une republication et d’une nouvelle traduction (que nous privilégions dans ce recueil) dans la revue Marginal - projet de Michel Demuth de redonner une seconde chance à des nouvelles qui avaient initialement été coupées et traduites approximativement lors de leur publications dans Galaxie – 1ère série ; cette « marginale » revue n’a pas eu toutefois les moyens de grands tirages, et n’a connu que 16 numéros, entre 1973 et 1977.

D’un style pourtant précis et appréciable, les  nouvelles de William Morrison développent leurs sujets propres – principalement les confrontations d'échelles créatrices de situations inédites, où il met à contribution son métier de biochimiste. Avec bien souvent des enfants comme protagonistes principaux, le ton n’en est que plus rafraîchissant et sans préjugé, sans pour autant devenir mièvre ou infantile.

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