06 mai, 2026

Galaxie (2eme série) n°019 – Novembre 1965

ATTENTION : GRANDES POINTURES ! Un très bon numéro, avec la présence d'une belle nouvelle inédite depuis (!) de Theodore Sturgeon, et un récit de Philip K. Dick qui nous parle (à sa façon) de son métier ; rien que cela nous éclaire d'un rayonnement d'intelligence - et l'on sait que Gordon Dickson, Daniel Galouye et Damon Knight ne sont pas en reste sur ce terrain-là, ce qui ne gâte rien. Quant aux sujets évoqués, nous y explorons plusieurs civilisations en reconstruction, qu'elles s'estiment accomplies ou non.

Quel panache !

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Sommaire du Numéro 19 :


1 - Philip K. DICK, Projet Argyronète (Waterspider, 1964), pages 4 à 36, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Virgil FINLAY

2 - Gordon R. DICKSON, L'Homme de la Terre (The Man from Earth, 1964), pages 37 à 50, nouvelle, trad. Michel DEMUTH *

3 - Daniel F. GALOUYE, Délivrez-nous du mal (Soft Touch, 1959), pages 51 à 69, nouvelle, trad. Pierre BILLON

4 - Theodore STURGEON, Un monde trop parfait (Granny Won't Knit, 1954), pages 70 à 129, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

5 - Damon KNIGHT Une folie ancienne (An Ancient Madness / Mary, 1964), pages 130 à 152, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par John GIUNTA

6 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 153 à 153, bibliographie

7 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 157 à 159, courrier


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


" Pendant la première moitié du XXe siècle, les prescients – ces gens qui étaient capables de lire l’avenir – avaient été si nombreux qu’ils avaient formé une guilde avec des sièges à Los Angeles, New York, San Francisco et en Pennsylvanie. Ce groupe de prescients, qui se connaissaient tous les uns les autres, avait créé un grand nombre de magazines qui avaient été florissants pendant plusieurs décades. Bravement, franchement, les membres de la guilde des prescients avaient révélé dans leurs écrits leurs connaissances de l’avenir. Et pourtant, dans l’ensemble, la société ne leur avait prêté que peu d’attention. "
Des magazines publiés par des humains capables de voir l'avenir, qui restent ignorés du grand public, voilà comment dans Projet argyronète le jeune Philip K. Dick décrit ces magazines qui aux Etats-Unis  ont fleuri comme des primevères : Galaxy, If, Astounding...

Il y est entre autres question d'une  nouvelle de Poul Anderson intitulée Night fly, parue dans le numéro d'Août 1955 du magazine "IF". Nous ne serons pas surpris de ne pas l'y trouver (mais d'y voir au sommaire une autre nouvelle de Dick, The Mold of Yancy, en VF : A l'image de Yancy dans l'anthologie Dédales démesurés - Casterman 1982), et même que cette nouvelle n'existât pas du tout. Il en va de même pour The fisher of men de Ray Bradbury (présumée in IF de mai 1971, ce numéro fera d'ailleurs partie de la période bimensuelle du magazine).
C'est que Dick s'amuse dans la sphère du "probable", à l'image de la fragile tension qui recouvre une surface d'eau sur laquelle évolue l'araignée d'eau (ou argyronète), tension de surface qui peut éclater au moindre choc mais se reforme aussitôt après la dispersion de l'eau.


Malgré quelques détails scénaristiques hâtivement menés (une scène dans l'espace sans utilité, un manuscrit tapé à la machine dont l'auteur identifie l'écriture comme étant la sienne…), Dick s'amuse à faire sauter quelques clichés romantiques de la SF : les voyages interstellaires sont inaugurés par des prisonniers volontaires (comme pour la colonisation de l'Océanie faite par des bagnards en remise de peine), les instances du futur ne comprennent rien au XXème Siècle et restent campées sur leurs préjugés (comme si nous prenions nos clichés sur le Moyen-Âge pour argent comptant), mais surtout : une bonne partie de la nouvelle se déroule lors d'une convention de SF, mettant en scène plusieurs auteurs - Poul Anderson en tête. Le tout est terriblement plaisant !
On y relèvera au passage ce sommet d'abnégation de Dick :
C’est Philip Dick qui a écrit ça, » dit Anderson. « The defenders. »
— « Est-ce que vous le connaissez ? » demanda Tozzo.
— « Je l’ai rencontré hier à la Convention, » dit Anderson. « Pour la première fois. Un type très nerveux. Il avait presque peur d’entrer. »

 

A la lecture de L'homme de la Terre, des adages se bousculent : A Rome, fais comme les romains ; Nul n'est censé ignorer la loi ; La loi est dure, mais c'est la loiGordon R. Dickson nous propose un monde construit sur l'esprit de ruche, et les caprices de son chef nés de son ennui. Le tragique d'un humain condamné pour une faute qu'il ignorait commettre emmène le lecteur vers un questionnement moral intéressant, même s'il n'est pas poussé ici jusqu'aux derniers retranchements.


"Je ne veux pas et je ne peux pas croire que le mal soit l'état normal des hommes" écrivait Fiodor Dostoïevski dans Le rêve d'un homme ridicule. Dans Délivrez nous du mal, un homme d'une conviction similaire est considéré comme un "quidam", comprenez : un mutant frappé d'ostracisme comme un intouchable. La société future qui le pourchasse agit selon les mêmes paradoxes que la nôtre, et prêche le bien moral dans une turpitude sociale et un individualisme ambiant. Mais, comme souvent avec les histoires de mutant, ce qui pourrait passer pour un égarement de la nature n'est peut-être qu'une ébauche… Un intéressant récit de Daniel F. Galouye.


" Tu ne sais pas… tu ne peux pas savoir… ce qui m’est arrivé. De quoi alimenter une douzaine de rêves. Et tout cela s’est abattu sur moi comme un rêve – avec des bribes de vie réelle. Elle murmura avec ferveur : C’est peut-être que nous sommes devenus fous tous les deux. À moins que ce ne soit le monde qui se fende en deux, et nous avons pénétré dans la fissure pour entrer dans… ou peut-être n’est-ce qu’un rêve après tout, que nous avons partagé en commun. Mais que m’importe, il était magnifique… "

Après une extinction massive de l'humanité, une civilisation humaine s'est péniblement reconstituée, jusqu'à l'invention de la téléportation appelée ici "transplat". La planète put être investie de nouveau, mais ce fut la fin des territoires, des particularités géographiques, comme de la pénurie de matière. Et une chose, allant s'amenuisant, devînt une denrée précieuse : l'intimité. Theodore Sturgeon pose la problématique essentielle de tout instinct de progrès : l'accomplissement et la fin de l'Histoire, la Stase, et la tyrannie de l'injonction à l'immobilisme social. Brillamment mené, avec tous les codes classiques des récits d'utopie, Un monde trop parfait propose un antidote souverain à la Stase : l'exploration infinie de l'espace infini.

On y relèvera quelques détails :

" (...) il ne s’agissait pas de gens vêtus de façon indécente de tissus étrangers qui moulaient le corps au lieu de s’en écarter pudiquement !

La chaleur lui était montée à la figure et il se rendit compte qu’il suffoquait. Son corps était tout moulu et il s’aperçut qu’il avait dû tomber à genoux sur le tapis.

Il se remit tout tremblant sur ses pieds et se laissa accaparer par le réflexe d’ajuster ses pantalets. Ceux-ci étaient nets, luisants, parfaitement cylindriques ; rien à voir avec le galbe délicatement rosé de cette… jambe. Et cette fille avait aussi des orteils. Lui était-il jamais venu à l’esprit de se demander si les femmes possédaient des orteils ? Sûrement pas ! Et pourtant, le fait était là : elle en avait !

Contrairement à ce que figurent les illustrations de Tonney (que nous avons ajoutées en bonus à l'epub), on repensera plutôt aux "Pif-paf", les hommes "pudiques" de la cité enterrée du Monde d'Edena de Moebius (notre illustration).

" La matière ne voyage pas davantage que dans le cas du transplat. Elle cesse d’exister en un point et la loi de la conservation de la matière la fait apparaître en un autre point. " 

La loi de conservation de la matière, ou loi d'équivalence, est aussi évoquée dans des nouvelles traitant du voyage dans le temps, comme Un travail de romain ! de Poul AndersonWinthrop aimait trop le XXVe Siècle, de William Tenn, ou Culbute dans le temps de Chad Oliver ; la nouvelle de Sturgeon leur est antérieure de trois à quatre ans, mais la première acceptation de cette loi (imaginaire) revient peut-être à John Wyndham dans sa nouvelle Voyage dans les siècles  (Pillar to post - 1951).



Avec Une folie ancienne, nous sommes confrontés là encore à une civilisation qui se relève et qui, cette fois par le contrôle des naissances et des castes génétiques, vit aussi dans ce phénomène de stase, d'histoire figée. Mais ici c'est la réémergence de l'énamourement qui pourrait redynamiser l'occupation du territoire. Un joli conte de Damon Knight, fort bien tourné.



Rapport du Centaurien pour le PReFeG (Avril 2026)

  • Relecture
  • Corrections orthographiques et grammaticales
  • Vérification du sommaire
  • Vérification des casses et remise en forme des pages de titre
  • Remise en page des illustrations
  • Ajout en portfolio des illustrations des versions originales qui n'avaient pas été reprises dans l'édition française
  • Vérification et mise à jour des liens internes
  • Mise au propre et noms des fichiers html
  • Mise à jour de la Table des matières
  • Mise à jour des métadonnées (auteurs, résumé, date d'édition, série, collection, étiquettes)

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A suivre : Galaxie n°20.

Galaxie présente son numéro 20 :

Au prochain sommaire de “Galaxie”

FRITZ LEIBER a tissé avec une diabolique virtuosité la trame d’un récit à la fois affolant ou hilarant, terrifiant ou canularesque, selon l’angle où on se place. Le titre de ce récit est Le pense-bête. Vous y verrez les humains jouer aux apprentis sorciers en inventant le petit instrument qu’ils baptisent de ce nom. Mais qu’est-ce au juste que le « pense-bête » ? Un ingénieux dispositif cybernétique, rien de plus. Tout au moins au début ! Car après… la situation se transforme très vite et tout sombre dans le délire. Un récit qui expose, avec une foudroyante logique, toutes les conséquences d’un thème de science-fiction caractéristique.
Partageant la vedette avec Leiber dans notre prochain numéro, vous retrouverez JACK SHARKEY, avec un nouvel épisode de sa série désormais célèbre de la Zoologie Spatiale. L’histoire s’intitule Le bébé géant et elle traite, très exactement, d’un bébé dont le seul tort est de mesurer deux cents mètres de haut !
Au même sommaire, de multiples nouvelles signées de noms bien connu : Le robot gardien par ROBERT SILVERBERGLe monde de Scarfe par BRIAN W. ALDISSLe jeu du Rat et du Dragon par CORDWAINER SMITHSur le seuil par KEITH LAUMER.

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