Pas de supernovae pour ce numéro, mais de bons astres tout de même, dont on peut apprécier la constance de rayonnement : Michel Demuth qui tâtonne encore dans ses Galaxiales, et la "tout terrain" Miriam Allen deFord, le pulsar Thomas Owen et le méconnu mais brillant Jack Sharkey, accompagnent le trop rare Edgar Pangborn déjà détecté comme un astre hélas trop ignoré mais d'une belle magnitude.
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| Un des dernier dessins de Lucien Lepiez pour Fiction. |
Sommaire du Numéro 141 :
1 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 5 à 5, bibliographie
2 - Michel DEMUTH, Le Fief du félon, pages 6 à 30, nouvelle
3 - Jack SHARKEY, Le Cerveau assassiné (Breakthrough, 1964), pages 31 à 40, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE *
4 - Miriam Allen deFORD, Le Passage de Vénus (The Transit of Venus, 1962), pages 41 à 52, nouvelle, trad. GERSAINT
5 - Edgar PANGBORN, La Corne d'or (The Golden Horn, 1962), pages 53 à 94, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *
7 - Wade MILLER, Passe-passe (I know a good hand trick, 1959), pages 101 à 107, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *
8 - Alain MARK, La Machine, pages 108 à 111, nouvelle *
9 - Octave BELIARD, La Découverte de Paris, pages 112 à 128, nouvelle
CHRONIQUES
10 - Pierre VERSINS, Une porte peut être ouverte et fermée (suite), pages 130 à 139, article
11 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 140 à 147, critique(s)
12 - Jacques GOIMARD & Bertrand TAVERNIER, Un film crépusculaire / Notules, pages 149 à 153, article
13 - (non mentionné) , En bref, pages 155 à 155, article
* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.
Pour son nouvel épisode des Galaxiales (dont Fiction nous révèle même le maître plan), Michel Demuth évoque la conquête de l'espace encore une fois "en creux", à travers les pérégrinations et les atermoiements de ceux restés en arrière. Il installe son récit Le fief du félon dans une Provence arriérée qui vit comme au XVIIIème Siècle, dans une France à la traîne déchirée par des guerres civiles entre Royalistes et Républicains. Étonnant de sa part quand on le sait capable d'inventer des modes de vie et des cités futuristes tout à fait convaincantes, et tout autant d'un sens cosmique de la poésie.
C'est la crainte qu'advienne le point de singularité qui est au coeur de Le cerveau assassiné, récit d'un programmeur confronté sans coup férir à l'humour de son super calculateur. Non sans humour de la part de Jack Sharkey.
A travers Le passage de Vénus, histoire d'un concours de beauté de l'avenir vu depuis un plus lointain avenir encore, Miriam Allen DeFord nous parle d'une civilisation humaine mécanisée et rendue puissante par son culte à l'efficacité - eugénisme, désignation des voies de reproduction optimum pour le métissage des gènes les plus souhaités, et relégation massive de l'indésirable… Mais elle nous évoque aussi la revanche des marginalisés et des refuges que leur offre les réserves curieusement tolérées des primitifs et des natifs des mondes colonisés.
(...) une voix comme celle de ma corne d'or, je dis qu'il n'en existe pas. Et plus je vais, moins je me sens capable de vous expliquer la musique, sinon dans son propre langage. Les mots ? Pauvres mots, oui ! Sauriez-vous décrire les couleurs à un aveugle de naissance ? Ai-je compris l'océan avant le jour où je me suis trouvé sur une plage, avant le jour où j'ai vu de mes propres yeux l'azur et l'or du ciel, la blancheur de l'écume, le vert profond des vagues qui s'estompe progressivement jusqu'à l'horizon ?
On se rappelle le goût particulier d'Edgar Pangborn pour la musique et tenter de mettre des mots sur ses enchantements. Ici, dans ce monde futur régressé en un stade médiéval, le jeune et naïf Davy rêve d'aventures, et accomplit ce qu'il peut en fantasmant sur les potentialités de son destin. Un style bien travaillé et équilibré au service de péripéties initiatiques.
La corne d'or, ainsi que "Une guerre sans importance" (in Fiction n°144) seront reprises sous le titre "Davy", dans une nouvelle traduction de Christine Chabrier, dans la collection C.L.A. (comme à l'accoutumée dans cette collection doublé d'un autre roman, ici avec "Un miroir pour les observateurs" (Opta - 1973) que vous pouvez retrouver ici.
Thomas Owen nous propose un petit récit de démonologie à faire froid dans le dos, à propos d'un enfant, Un beau petit garçon à qui on "donnerait le bon dieu sans confession".
On frôle toujours la démonologie avec Passe-passe de Wade Miller (un auteur à quatre mains). Sans que l'on sache comment il s'y prend, voilà un représentant de commerce qui exerce une irrésistible emprise sur celles qu'il ensorcelle - littéralement. Très "american way of life", mais plaisant.
Un petit conte à la Kafka (l'image du gardien l'évoque plus que de raison), qui pose la question de la fascination que peut exercer une technologie que l'on ne comprend pas, et l'absurde situation que sa sacralisation provoque. On avait déjà pu apprécier sa nouvelle précédente, on trouvera bien construite La machine de Alain Mark.
Au temps de la mort de la Terre, une époque glaciaire à peine vivifiée par un Soleil moribond, quelques explorateurs audacieux, issus d'une humanité refugiée entre de mornes tropiques, se lancent à la recherche des vestiges d'une ville mythique, à La découverte de Paris. L'hiver, la faim et la rigueur de la glaciation y règne en maîtresse. On peut reconnaître à Octave Beliard d'être un des rares auteurs à emboîter le pas à Rosny Aîné, dans un même mélange d'avenir lointain et de posthistoire sauvage et périlleuse, redevenue primitive. Mais l'exotisme d'un Paris transformé et déliquescent ne suffit pas, la visite est un peu touristique et les péripéties peinent à émerger. Et quand enfin se révèle un peu d'adversité, le récit s'interrompt en plein décollage. Dommage car le style y est pourtant bien agréable et présent (même si quelque peu ampoulé).
Parmi les valeurs montantes de ces années 60, il est des auteurs qui marqueront durablement l'histoire du genre littéraire qui nous occupe le plus ici. C'est le cas de James George Ballard, un écrivain réellement singulier, et subversif non pas par mode, mais du fait de cette singularité.
Nous vous proposons de parcourir la recension de Démètre Ioakimidis à propos d'un de ses premiers recueil de nouvelles, que nous vous proposons de surcroit en bonus (en cliquant sur la couverture).
Maintenant que Ray Bradbury se contente d'être un Écrivain Réputé et qu'il lui suffit de caricaturer sa première manière pour recueillir les acclamations et les chèques, Jim Ballard est probablement le seul auteur de science-fiction chez lequel on retrouve quelque chose de la poésie qui distingua si admirablement les Chroniques martiennes et L'homme illustré. Mais le rapprochement ne doit pas être exagéré : il se justifie essentiellement par la qualité du style, son originalité, sa richesse en images et son pouvoir d'évocation. La nature même des styles est différente. Ballard n'a rien de la simplicité colorée de Bradbury ; il procède au contraire par traits sinueux, par phrases chargées de comparaisons dont les aspérités reflètent souvent la complexité gothique des images. Et ; surtout, l'inspiration poétique est différente. Chez Bradbury, elle était puisée dans un pessimisme profond et une méfiance instinctive à l'égard de la science. Chez Ballard, elle traduit une inquiétude, mêlée de nostalgie parfois, à l'égard des images et des aspirations de l'inconscient.
Enregistrer sous... De ce fait, la science que l'on trouvera dans ces nouvelles est généralement assez invraisemblable, sinon franchement absurde. Les plantes musicales de Prima Belladonna (cet excellent titre est celui de l'original anglais, heureusement respecté dans la version française), les dépôts sonores du Ramone-son, le transcripteur de poèmes de Studio 5, les étoiles, tout cela appartient, à des degrés divers, au fantastique pur beaucoup plus qu'à la science-fiction. Fantastiques également, ces Tours de guet desquelles d'invisibles observateurs paraissent contrôler la vie d'une petite ville. Mais existent-elles seulement, ces redoutables tours ? Ne s'agirait-il pas plutôt d'objets de l'imagination, de barrières que l'inconscient dresse devant la volonté d'action ? L'auteur laisse la porte ouverte à plusieurs conclusions possibles, après avoir évoqué de manière assez hallucinante l'obsession provoquée par ces énigmatiques sentinelles.N'est-elle pas aussi la personnification d'une image de l'inconscient, l'étrange héroïne de Studio 5, les étoiles ? Cette déesse d'une imaginaire mythologie venant jeter le trouble dans un milieu de poètes symbolise assez bien les aspirations sur lesquelles Ballard développe plusieurs de ses narrations – cette nostalgie un peu craintive pour un monde Imaginaire, ce mélange d'impatience et d'inquiétude devant les interpénétrations de cet univers imaginaire avec le nôtre. Et ce lieu de séjour nommé Vermillon Sands, où se déroule l'action de Studio 5 et de Prima Belladonna – ainsi que celle d'autres récits du même auteur – concrétise, avec son atmosphère d'oisiveté contemplative, la disponibilité pour le merveilleux : les obligations quotidiennes paraissent abolies, le rythme de l'existence subit un ralentissement, et la porte est ouverte sur l'insolite.Comparé au Monde englouti du même auteur, ce Cauchemar à quatre dimensions représente un net progrès. Sans doute les dimensions de la nouvelle conviennent-elles mieux à J.G. Ballard que celles du roman : dans ce dernier, son invention s'épuise relativement vite, et l'accumulation d'épisodes successifs affaiblit l'élément de fatalité dont Ballard imprègne ses mondes.Le récit étonnamment poétique intitulé Le jardin du temps [antérieurement publié dans le n° 112 de Fiction] montre que cette fatalité peut être retardée, mais non détournée. Ce message pessimiste est transmis à travers une image extrêmement originale : celle de fleurs temporelles qui préservent, tant qu'elles sont fraîches, le temps où vivent les propriétaires du jardin dans lequel elles poussent. Lorsque la dernière fleur sera fanée, les envahisseurs qui menaçaient, à l'horizon, atteindront le jardin, et ils n'y trouveront que deux statues… Rapprochée de Prima Belladonna, cette nouvelle montre une curieuse attirance envers le monde végétal : celle-ci n'était-elle pas perceptible aussi dans le Monde englouti ?Dans Les voix du temps, l'inquiétude se fonde plus strictement sur la science, et le thème des mutations est traité d'une façon indubitablement originale. Cependant, la poésie du style ne peut manquer de frapper le lecteur, en particulier dans la phrase qui termine le récit. La traduction de Laure Casseau ne représente certes pas la perfection ; mais la tâche était malaisée, à cause de la syntaxe compliquée qu'affectionne l'auteur, et la version française a du moins le mérite de stimuler l'imagination, comme le faisait l'original anglais :À demi endormi, il se redressait périodiquement pour régler le flot de la lumière à travers le store, pensant, comme il allait le faire pendant les mois à venir, à Powers et à son mandala, aux Sept et à leur voyage dans les jardins blancs de la Lune, aux gens bleus qui étaient venus d'Orion pour parler dans la langue de la poésie de la beauté des anciens mondes sous les soleils dorés des grandes galaxies, disparus pour toujours dans les myriades de morts du cosmos.Ce que Bradbury paraît désormais bien incapable d'apporter, ses admirateurs pourront décidément le trouver chez Ballard, sous une forme légèrement différente mais également attachante.Demètre IOAKIMIDIS.
Cauchemar à quatre dimensions (The four-dimensional nightmare) par J.G. Ballard : Denoël, « Présence du Futur ».
- Rapport du Centaurien pour le PReFeG (Mai 2026)
Relecture- Corrections orthographiques et grammaticales
- Vérification du sommaire
- Vérification des casses et remise en forme des pages de titre
- Ajout de la Table des "Nouvelles des auteurs de ce numéro"
- Ajout de la page "Au prochain sommaire de Galaxie"
- Refonte du tableau chronologique des "Galaxiales"
- Mise en forme des titres présentés in "Revue des livres"
- Note (3) augmentée et note (8b) ajoutée
- Vérification et mise à jour des liens internes
- Mise au propre et noms des fichiers html
- Mise à jour de la Table des matières
- Mise à jour des métadonnées (auteurs, résumé, date d'édition, série, collection, étiquettes)
En cliquant sur les noms des auteurs de ce numéro
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Prochaine publication prévue pour le mercredi 27 mai 2026 : Fiction n°142.










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