21 janvier, 2026

Fiction n°134 – Janvier 1965

" Rien que des nouvelles américaines. Rien que des auteurs consacrés." annonçait la rédaction de Fiction dans son numéro précédent pour présenter ce numéro inaugural de 1965. Voici un choix éditorial assumé, donc, mais qui semble se rapprocher jusqu'à se confondre avec la politique de publication de la revue "Galaxie", du moins temporairement. On pourra toutefois apprécier la qualité d'ensemble (en plus d'en découvrir les raretés, de McIntosh et de Young comme souvent), qui en fait presque un premier jet de ces Fiction Spéciaux qui seront consacrés à l'Age d'or de la science-fiction américaine.

Couverture de Ariel Alexandre
attribuée par erreur à Jean-Claude Castelli.

Comme pour toutes nos publications, un clic droit sur la couverture

vous invitera à télécharger le livre au format epub.
("Enregistrer la cible du lien sous...")
Un simple clic suffit sur les liseuses.

Sommaire du Numéro 134 :


1 - (non mentionné), Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 6 à 6, bibliographie

NOUVELLES


2 - James E. GUNN, Le Plus dur des combats (Not So Great an Enemy / Medic, 1957), pages 7 à 55, nouvelle, trad. Pierre BILLON

3 - J. T. McINTOSH, Double jeu (One Into Two, 1962), pages 56 à 69, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

4 - Edmond HAMILTON, Quand on est du métier (The Pro, 1964), pages 70 à 82, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE

5 - Robert F. YOUNG, Dans quelle caverne profonde ? (In What Cavern of the Deep, 1964), pages 83 à 128, nouvelle, trad. Denise HERSANT *

6 - Damon KNIGHT, Une fille sur mesure (Maid to Measure, 1964), pages 129 à 131, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE

7 - Alan E. NOURSE, L'Union parfaite (The Compleat Consumators, 1964), pages 132 à 136, nouvelle, trad. Christine RENARD *

CHRONIQUES


8 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 137 à 149, critique(s)

9 - (non mentionné), Le Rayon des nouveautés, pages 151 à 151, article

10 - Philippe CURVAL, La Femme du sable, pages 153 à 155, article

11 - Anne TRONCHE, Magritte : l'insolite du familier / Huit peintres insolites, pages 156 à 157, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Si les ressources ne sont pas suffisantes, qui choisirez-vous de traiter – les indigents ou les prospères, les gouffres sans fond ou ceux qui peuvent financer le futur, avec plus de médicaments, plus de santé pour chacun ?

Winston et Julia dans 1984 ou Montag et Clarisse dans Fahrenheit 451, James Gunn reproduit le schéma de l'amour naissant et subversif entre l'agent du pouvoir et la jeune femme rebelle à ce pouvoir. Dans Le plus dur des combats, avec une nouvelle forme dystopique qui rappellera la nouvelle précédemment parue 37° centigrades de Lino Aldani, ou Sous le caducée de Ward Moore, c'est la médecine qui détient le pouvoir sur ceux qui sont prêts à se payer ses services. Les autres… demeureront victimes d'une cité en pleine décadence, morbide, polluée et carcinogène. A moins que l'idéal ne change de camp. Une novella intéressante,  au ton proche par ses péripéties de celui de Frederic Pohl, mais avec un peu plus d'esprit de sérieux pourrait-on dire.


A partir du transmetteur de matière qui téléporte d'une planète à l'autre comme en copiant un être vivant, et suivants des restrictions techniques recommandées par la loi, restrictions empêchant que subsiste deux exemplaires d'un tel individu, J.T. McIntosh imagine avec Double-jeu une intrigue policière de meurtre parfait, c'est à dire avec alibi. Plaisant et mené non sans qu'on y perde un peu son latin... Bis repetita, comme dirait l'autre !

"... je vous le dis, le métier n'est pas drôle. Ces coups de sonde minutieux donnés autour de Mars et de Vénus, ces révélations des dernières découvertes les concernant, ces savants imbus d'eux-mêmes qui annoncent chaque jour de nouveaux progrès dans les sciences d'avant-garde… tout cela complique ma tâche. À notre époque, je dois savoir de quoi je parle, au lieu d'élaborer une théorie ou d'inventer quelque chose de toutes pièces. Et voilà que mon propre fils va dans la Lune, d'où il me rapportera des renseignements exacts qui m'obligeront à renoncer à écrire une douzaine d'histoires nouvelles ! "

Quand on est du métier dessine un propos bien touchant composé par Edmond Hamilton, en vieux routard de la SF rattrapé par les progrès de son époque et dont il se sent un peu responsable, du fait d'avoir si bien préparé le climat mental favorable à la conquête de l'espace. Un moment de profonde sincérité rare dans l'histoire du genre. Rappelons que Edmond Hamilton est l'époux de Leigh Brackett (ce fait justifiera même leur publication conjointe dans le numéro suivant, avec en prime une savoureuse anecdote pour le texte de Leigh Brackett).


Le monstre, c'est un état hors-norme et qui peut toucher au sublime. Dans quelle caverne profonde, de Robert F. Young, nous propose de méditer sur "devenir" monstrueux, pour peu de suspendre considérablement sa crédulité. Tout y commence par une romance, et un départ de vie déjà comblé ; mais que subsistera-t-il des aménagements du bonheur quand le monstrueux s'y immisce graduellement ? On retrouve l'appétit poétique de Young dans un récit émouvant qui touche plus à l'allégorie qu'au fantastique.

Une fille sur mesure, bien qu'elle soit due au talentueux Damon Knight, reste une petite blague qui s'arrête habilement avant la chute réelle de l'histoire. Le titre en version originale (Maid to measure), qui fournit son carburant à cette historiette, aurait toutefois pu être traduit autrement.

Après l'amour vache de l'histoire précédente, nous considérons l'amour fusionnel, celui sans faille qu'on espère quand l'on s'en remet à un algorithme pour dénicher l'âme sœur. Alan E. Nourse nous prévient que L'union parfaite n'est peut-être pas danger - et quoi qu'il en soit n'est sans doute profitable qu'à l'entremetteur. Court et efficace récit.

Comme les huitres, la chronique "Ici, on désintègre!" finit toujours par révéler ses petites perles, surtout à l'aune du temps passé. On pourra lire dans ce numéro, par exemple, à propos de la parution d'une Anthologie (Histoires insolites - Casterman 1964), une pertinente remarque (surtout pour "Fiction") de Gérard Klein à propos de la pauvreté du champ éditorial laissé en France pour la publication des nouvelles :


Était-il impossible de trouver quelques nouvelles de langue française ou italienne qui puissent entrer dans ce concert ? On peut en douter. Mais la tâche des anthologistes en eût été compliquée, car il n'existe pour ainsi dire pas, en France, de recueil de nouvelles ou de revues, à l'exception de Fiction, où ils eussent pu puiser. Il est assez remarquable que les éditeurs français, traditionnellement réticents à l'idée de publier des nouvelles françaises, ne s'avisent le plus souvent du goût du public pour le conte qu'à propos d'écrivains étrangers. Et les critiques de se lamenter à l'occasion – comme je le fais ici – sur le triste sort de la nouvelle française depuis Mérimée, Nodier, Maupassant, etc., et sur l'espèce d'incapacité où semblent se trouver les écrivains de notre pays à ramasser leur pensée en quelques pages. On peut estimer sans grand risque d'erreur que la moitié des romans étirés qui s'étalent dans les vitrines de nos libraires eussent fait de bonnes nouvelles, et que cette forme eût épargné bien des veilles studieuses à leurs auteurs, bien des grimaces à leurs lecteurs, et n'aurait desservi que les fabricants de papier. Mais la nouvelle est une technique difficile, qui ne se maîtrise bien qu'à l'expérience et qui repose en général sur une tradition. Il y aura de bonnes, d'excellentes nouvelles de ce côté-ci de l'Atlantique et de la Manche, le jour où il existera pour elles un marché, des revues et une certaine émulation des auteurs.

La suite immédiate de l'article évoque August Derleth, et - une dizaine d'années après la découverte de Lovecraft en France - on assiste à ce deuxième temps de l'expansion lovecraftienne : le travail d'Arkham House et son exportation en langue française. Klein rapporte déjà sa déception.

Peut-être est-ce précisément l'existence, dans le monde anglo-saxon, d'un marché institutionnalisé, aux besoins bien connus, qui donne à toutes ces Histoires Insolites un brillant industriel leur conférant dans le bizarre un air d'uniformité dont émergent sans peine Faulkner, John Collier et Saki. C'est que la plupart de ces écrivains sont de vieux routiers de l'épouvante, suprêmement habiles et sachant comme des lutteurs expérimentés porter le coup inattendu au point sensible, sans oublier de crier au bon moment. C'est cette technique que Derleth apporte à Lovecraft, lorsqu'il achève La chambre aux volets clos. On sait que Derleth, éditeur et anthologiste, hérita des papiers d'H.P. Lovecraft et entreprit de terminer certaines histoires ébauchées par le maître. Le travail est d'un soin minutieux et les proportions sont respectées mais plus rien ne demeure ici des accents terrifiés du Cauchemar d'Innsmouth, quoique le récit appartienne au même cycle.

 


Toujours dans la revue des livres, les lecteurs de Fiction apprécient sans doute l'érudition discrète et l'enthousiasme de Demètre Ioakimidis, qui sait tout aussi bien être acerbe, mais qui n'hésitera jamais à défendre une œuvre même un peu hors-genre, pour peu qu'elle présente intelligence et subversion. C'est le cas ce mois-ci avec un roman de Robert Escarpit : Le Littératron.

Nous vous proposons ce roman au format epub dans sa page dédiée ICI. (mise en ligne le 1er mai 2026).



    Rapport du Centaurien pour le PReFeG (Janvier 2026)
  • Relecture
  • Corrections orthographiques et grammaticales
  • Vérification du sommaire
  • Vérification des casses et remise en forme des pages de titre
  • Mise en forme des titres présentés in "Revue des livres"
  • Ajout de la page "Dans le prochain Galaxie"
  • Ajout de la Table des "Nouvelles des auteurs de ce numéro" telle qu'évoquée dans le sommaire sur NooSFere mais n'apparaissant pas dans le epub d'origine.
  • Notes (0), (1b), (1c) et (1d) ajoutées.
  • Vérification et mise à jour des liens internes
  • Mise au propre et noms des fichiers html
  • Mise à jour de la Table des matières
  • Mise à jour des métadonnées (auteurs, résumé, date d'édition, série, collection, étiquettes)


En cliquant sur les noms des auteurs de ce numéro

retrouvez les bibliographies complètes de leurs parutions dans Fiction et Galaxie !

Prochaine publication prévue pour le mercredi 28 janvier 2026 : Fiction n°135.

2 commentaires:

  1. Merci pour cette livraison !
    Je dois dire que le roman d'Escarpit m'intriguant, j'ai fait l'acquisition de son epubotron pour me faire un avis.
    Merci là aussi pour ce partage !
    J'en ai commencé la lecture et si ce n'est pas (pas encore, du moins) de la science-fiction, c'est assez plaisant et amusant, à la manière d'un récit de mémoires dont le registre renvoie au genre picaresque et satirique du XVIII eme siècle.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, en effet, le ton est très proche par moment de certains passages de "L'imprécateur" de René-Victor Pilhes, la gravité en moins, mais avec un bon "moquage de tête" de toute une technocratie qui commençait à jouer des coudes à cette époque pour se faire une place au soleil. Il y a quelque chose d'un peu daté, et ce qui explique peut-être que le roman n'ait jamais été republié, mais c'est aussi ce qui fait son charme.
      Merci une fois de plus pour votre visite et votre avis, cher Thingamajig. Heureux de vous avoir fait commettre ce petit pas de côté avec Escarpit.

      Supprimer

Merci pour votre commentaire, il sera rapidement publié après examen par notre Centaurien (promis !)

Le PReFeG vous propose également