22 avril, 2026

Galaxie (2eme série) n°017 – Septembre 1965

Le retour de Ray Bradbury (avec une histoire d'envahisseurs bien paranoïde!) et les fidèles auteurs de Galaxie : Robert Sheckley en tête, le rare Robert F. Young et la petite dernière de Cordwainer Smith, ainsi que dans le rôle du tonton de retour de terres lointaines : Lester Del Rey… Une très jolie réunion de famille en somme pour un numéro qui privilégie les publications américaines "récentes" (1962 et 1964 pour la plupart).


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Sommaire du Numéro 17 :


1 - Cordwainer SMITH, La Ballade de C'mell (The Ballad of Lost C'mell, 1962), pages 4 à 25, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Virgil FINLAY

2 - Harry HARRISON, L'Oiseau de malheur (Unto My Manifold Dooms / The Many Dooms, 1964), pages 26 à 42, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Norman NODEL *

3 - Ray BRADBURY, Viens dans la cave... (Boys! Raise Giant Mushrooms in Your Cellar! / Come Into My Cellar, 1962), pages 43 à 58, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

4 - Margaret SAINT-CLAIR, Roberta (Roberta, 1962), pages 59 à 65, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

5 - Robert F. YOUNG, Petit chien perdu (Little Dog Gone, 1964), pages 66 à 99, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Gray MORROW

6 - Lester DEL REY, Le Robot vengeur (To Avenge Man, 1964), pages 100 à 137, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Gray MORROW

7 - Robert SHECKLEY, La Vie de pionnier (Subsistence Level, 1954), pages 138 à 152, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

8 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 153 à 153, bibliographie

9 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs de Galaxie (2ème série), pages 154 à 155, courrier (manque à notre epub)


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.



Pleine d'ellipses et de temps élastique, La ballade de C'Mell permet à Cordwainer Smith d'asseoir avec assurance la construction de son cycle de l'Instrumentalité, en jouant davantage à y semer les allusions à d'autres récits, pour la plupart pas encore publiés. Son style demeure irréprochable et son fond moral toujours empreint d'une grande tendresse. Ici, il s'agit de la fin de l'ostracisation des hommes animaux - c'est à dire d'animaux génétiquement modifiés pour qu'ils ressemblent à des hommes mais qui néanmoins demeurent asservis - et du mouvement un peu mystique qui les libèrera.


La prospection d'une exoplanète au climat hostile - mortel même - demande une rigueur et une discipline qui ne se discutent pas. Ainsi pour des questions de survie pour l'équipage, un gaffeur ou un distrait, un maladroit, devient un danger mortel pour tous, qui l'appellent L'oiseau de malheur. Harry Harrison soulève la question du profil acceptable pour devenir spationaute, mais aussi la discipline militaire qui prévaut.


Ray Bradbury est un scénariste efficace, à condition d'abandonner ses postures poétiques qui à force deviennent un peu creuses et n'ont d'utilité qu'en tant que "trucs qui marchent". En témoigne par exemple cette phrase, absolument gratuite dans le récit : "Il entendait la voix claire de Mrs. Goodbody retentir dans l’air du matin – un matin vieux d’un million d’années. Il entendait la voix de Roger pareil à un nuage assombrissant le soleil de midi." Quoi qu'il en soit, nous voici avec Viens dans la cave… plongés dans une bonne histoire d'envahisseurs tendue par le terrible vecteur du "trop tard!" qui rend le tout bien terrible.


Roberta pourrait ne pas être de la SF, puisque c'est une histoire de transition sexuelle. Bien que médicalement déjà possible en 1965, cela restait encore très marginal, et ne manquait pas de soulever des préjugés, comme on pourrait se le demander ici dans cette histoire qui tourne au délire paranoïaque. Margaret Saint-Clair cependant est toujours alerte à provoquer de l'aversion.

Un acteur, Nicholas Hayes, devenu las, se noie dans l'alcool, jusqu'à être adopté par deux compagnons de route : une de ses admiratrices nommée Moira - le nom que l'on donne aux Parques du destin - et Le  petit chien perdu, plus exactement "chienperdu" - pendant extraterrestre de nos si fidèles compagnons. Commence pour Nicholas un chemin de reconstruction de l'amour propre, et de l'amour tout simplement. Comme toujours avec Robert F. Young, ce chemin passe par la poésie et ici par… William Shakespeare.

"Ils étaient venus avec le feu et le poison. Il faudrait les retrouver et les vaincre. Sam avait cru que l’on ne trouvait le Mal que dans la fiction. Mais, maintenant, le Mal dominait l’univers. Il devrait l’affronter, comme dans la fiction. Le mal devrait être éliminé avec une souffrance aussi grande que celle qu’il avait provoquée. Mais une telle justice était apparemment le seul grand mensonge de la fiction."

A l'heure de l'extinction massive de l'Homme, un dernier robot, fidèle et devenu plus qu'une machine, découvre les livres qui lui avaient jusqu'alors été interdits, mais peine à distinguer fiction et document formel. Il devient Le robot vengeurLester Del Rey interroge la place de la fiction dans la culture, et principalement la plus fondatrice de toutes : le mythe et son corolaire la religion. On repensera à l'héritage de la terre, laissé par les hommes aux robots et aux chiens, dans Demain les chiens de Clifford Simak, mais ici le robot doit composer avec un sentiment d'injustice et une volonté de la réparer par la vengeance.


"Amelia avait été élevée dans un foyer suburbain classique où toutes les tâches domestiques étaient programmées à l’avance. Ici, chaque fonction était assumée par une machine spécialisée, et l’on n’avait pas le temps de les ranger dans les niches murales prévues à cet effet : elles traînaient partout, gâchant le décor, et la maison ressemblait à une quincaillerie."
Robert Sheckley moque très gentiment l'espèce humaine qui rend héroïque les colon en les appelant Les pionniers, alors que pour tout labeur ils doivent vivre dans l'isolement et faire travailler durement des robots ; d'autant que le pionnier qui aime tant la vie "à la dure" ne fait réellement que préparer le terrain pour tout l'humanité et sa civilisation de confort et de marchandises à écouler.
A propos des robots qui travaillent dur, on pourra y lire :
"Les robots travailleurs sont stupides et grossiers. Ils sont obstinés et acariâtres. Il convient d’employer la manière forte pour se faire obéir d’eux. Si besoin en est, n’hésitez pas à leur flanquer des coups de pied dans les fesses.
Phillips haussa les sourcils.
« Maltraiter un robot ?
— Il convient de leur faire voir qui, de vous ou de lui, est l’humain.
— Mais, à l’École Coloniale, on nous a enseigné à respecter leur dignité, protesta l’autre.
— Un certain nombre de notions terriennes n’ont pas cours ici, répliqua sèchement Dirk. Écoutez ce que je vous dis. J’ai été élevé par des robots et quelques-uns de mes meilleurs amis sont des robots. Je sais de quoi je parle. Si vous voulez qu’ils vous respectent, il n’y a pas d’autre moyen."
La réalité de l'esclavagisme n'est qu'à peine voilée. Cette problématique du robot ayant remplacé l'esclave est un grand thème de la SF. Comme du temps de la traite d'êtres humains, le dominateur se trouve toujours de bonnes raisons d'agir ainsi, et justifie sa douteuse moralité par un exercice de la violence comme "forcé", comme s'il n'y avait pas le choix, et considère le dominé comme ne faisant pas (ou "pas tout à fait") partie de l'humanité véritable. Dans Blade runner / Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? de Philip K. Dick, c'est la conscience d'être (et d'être mortel) qui humanise l'androïde, à savoir : le robot à l'image de l'homme. Bien entendu, du temps de la "traite négrière", les esclaves se savaient déjà faire partie de l'humanité. Mais on leur refusait ce statut. On retrouve, nous l'avons vu, cette malheureuse ostracisation dans La ballade de C'Mell dans ce numéro.

Finalement, la problématique serait : "Peut-on moralement hiérarchiser des degrés à la conscience d'être ?" Vous avez quatre heures.


Et maintenant, une PETITE ANNONCE :

Notre Centaurien a eu beau faire cligner trois fois ses yeux, chercher dans les méandres parfois occultes de la toile, le miracle ne s'est pas produit : il n'a pas retrouvé le texte original du Courrier des lecteurs de ce numéro 17 de Galaxie.

Si parmi nos lecteurs quelqu'un possède ce numéro au format papier, le Centaurien serait très heureux de recevoir ne serait-ce qu'une photo des pages 154 et 155 de cette revue. Si vous désirez lui rendre ce service, vous pouvez laisser en commentaire le moyen de vous contacter. Bien évidemment, ce commentaire ne sera pas publié, mais votre contribution sera hautement considérée.

Rapport du Centaurien pour le PReFeG (Avril 2026)

  • Relecture
  • Corrections orthographiques et grammaticales
  • Refonte du sommaire
  • Vérification des casses et remise en forme des pages de titre
  • Remise en page des illustrations
  • Ajout en portfolio des illustrations des versions originales qui n'avaient pas été reprises dans l'édition française
  • Vérification et mise à jour des liens internes
  • Mise au propre et noms des fichiers html
  • Mise à jour de la Table des matières
  • Mise à jour des métadonnées (auteurs, résumé, date d'édition, série, collection, étiquettes)
  • Note : Manque le Courrier des lecteurs

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Galaxie présente son numéro 18 :

Au prochain sommaire de “Galaxie” 

En vedette dans notre prochain numéro, l’un des plus célèbres auteurs de science-fiction d’aujourd’hui : CLIFFORD D. SIMAK, dont de nombreux lecteurs réclamaient le retour dans notre courrier. Le long texte de lui que nous présenterons s’intitule Alerte aux horlas. Il raconte les contacts entre des humains (ces spécimens d’Américains moyens dont Simak excelle à tracer le portrait savoureux) et des êtres d’une autre dimension, au comportement des plus inattendus. Un Simak typique, et mémorable.

 

KEITH LAUMER, l’un des nouveaux venus les plus appréciés de nos lecteurs, est également à ce sommaire, avec une parodie percutante : Ces féroces Qornts.

 

Cela mis à part, les femmes sont à l’honneur dans ce numéro, puisque trois d’entre elles, parmi les plus réputées dans le domaine de la S.F., s’y trouvent réunies : MARGARET ST. CLAIR, avec La croisade des ténèbres ; MIRIAM ALLEN DeFORD, avec Faits comme des rats ; et JUDITH MERRIL, avec Le dragon des profondeurs.

Ce numéro paraîtra le 10 septembre (1965).



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