08 avril, 2026

Fiction n°140 – Juillet 1965

Que de raretés pour ce numéro de Juillet ! Hormis la nouvelle de Michel Demuth qui inaugure le cycle si salué des "Galaxiales" (et une autre signée sous pseudonyme initialement parue dans un autre fanzine l'année d'avant), la totalité n'a jamais bénéficié d'une republication par la suite. Nous retrouvons les noms de ces grands oubliés des collections de SF françaises que sont Chad Oliver et son anthropologie spéculative si charmante, et Avram Davidson ici acoquiné avec Randall Garrett, ou encore dans une moindre mesure Harry Harrison ; ainsi que de micro-auteurs français qui ont dû espérer un temps entrer au cénacle des écrivais publiés - où l'on retrouve le jeune comédien Bernard Haller qui fit ensuite une carrière beaucoup plus remarquée à l'écran qu'à la plume.


Illustration bien allumée de Jean Lauthe

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Sommaire du Numéro 140 :


1 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 9 à 9, bibliographie


NOUVELLES


2 - Chad OLIVER, La Fin du voyage (End of the Line, 1965), pages 10 à 45, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

3 - Michel DEMUTH, L'Été étranger (2020), pages 46 à 68, nouvelle

4 - Terry CARR, Le Saut dans le vide (Brown Robert, 1962), pages 69 à 76, nouvelle, trad. Jean LAUSTENNE *

5 - Jean-Michel FERRER, Une vie alternative, pages 77 à 78, nouvelle

6 - Avram DAVIDSON & Randall GARRETT, L'Appel des sirènes (Something Rich and Strange, 1961), pages 79 à 103, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

7 - Sophie CATHALA, Les Rencontres, pages 104 à 111, nouvelle *

8 - Harry HARRISON, Les Mystères du métro (Incident in the IND, 1964), pages 112 à 120, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

9 - Jean DEMAS, La Femme truquée, pages 121 à 121, nouvelle *

10 - Bernard HALLER, La Jambe, pages 121 à 123, nouvelle *

11 - Marcelle PROVENS, L'Arbre-main, pages 123 à 124, nouvelle *

12 - Jean-Claude PIGUET, La Règle du jeu, pages 124 à 125, nouvelle *


CHRONIQUES

13 - Pierre VERSINS, Une porte peut être ouverte et fermée, pages 126 à 133, article

14 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 134 à 143, critique(s)

15 - COLLECTIF, Le Conseil des spécialistes, pages 144 à 145, critique(s)

16 - COLLECTIF, L'Écran à quatre dimensions, pages 146 à 153, article

17 - COLLECTIF, L'Argus du film étrange, pages 154 à 155, article

18 - Anne TRONCHE, Revue des arts, pages 157 à 159, critique(s)


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


" Il savait qu'il jouait les don Quichotte, et il se souvint d'avoir pensé que le plus grand malheur des hommes venait du fait qu'ils ne jouaient que trop rarement les don Quichotte. "

Chad Oliver, peut-être un peu plus - un peu trop ? - didactique que dans ses nouvelles précédentes, évoque dans La fin du voyage, toujours avec humanité et intelligence, l'impasse évolutive que l'espèce humaine a prise en s'enfermant dans les cités. Comme avec T. J. Bass quelques années plus tard et son Humanité et demie, Oliver imagine que "le primitif est la grande quête de la modernité".


 « Cela passera, » se dit-il. « Dans quelques minutes, le petit Gregory sera en forme…»

Non, il ne s'agit pas de l'affaire criminelle qui défraya les chroniques judiciaires des années 80, mais bel et bien d'un premier départ pour ces Galaxiales de Michel Demuth. L'on commence par L'été étranger et par le fiasco d'un naufrage. Un robinson, surarmé et conditionné aux plus extrêmes conditions de survie, mène son exploration désespérée. Sans en dévoiler davantage - car il s'agit d'un récit à chute - on peut dire que Demuth commence son exploration du futur par un ratage... Mais un ratage assumé. Gonflé !
On y notera au passage cette phrase assez anodine : " Au détour de la piste, c'était comme un monolithe noir placé en sentinelle ". Un monolithe dites-vous ? Une sentinelle ? N'est-ce pas sans rappeler 2001, l'odyssée de l'espace, que Demuth lui-même traduira moins de cinq ans plus tard ? On se souviendra que La sentinelle, nouvelle de Arthur C. Clarke, qui sera à la base du film de Kubrick, a été écrite en 1951, mais ne sera traduite qu'en 1967 par Brigitte André (Planète n°32 - janvier 1967). Sans doute Demuth l'a-t-il déjà lue en sa version originale. A moins qu'il n'y ait une curieuse affaire de paradoxe temporel dans tout ceci...

A propos de paradoxe temporel, voire spatial : la Terre, et ainsi en va-t-il de tout le système solaire et des astres en général, se déplace dans l'espace. Aussi un voyageur du temps doit-il prendre en compte ce facteur pour parvenir sain et sauf à destination. Cette idée simple est, dans Le saut dans le vide de Terry Carr, contenue en germe et sera la base du roman de Gregory Benford : Un paysage du temps, traduit en 1983 par, non pas Gregory... (ni le grand, ni le petit), mais par Michel Demuth.


Continuons sur la lancée avec l'ami Michel : comme déjà observé, Demuth sous son pseudonyme de Jean-Michel Ferrer semble nous délaisser ses ébauches de nouvelles, ses brouillons. Une vie alternative toutefois gagne par sa concision à véhiculer un sentiment cosmique intéressant.


Dans L'appel des sirènes, signée à quatre mains par Avram Davidson et Randall Garrett, la gastronomie l'emporte sur le fantastique ou la mythologie, et en fait, dans un style foisonnant et empanaché, une parodie de quête. Très plaisant. On y notera au passage la traduction francisée de Miskatonic ("Miskatonique", sic !, Monsieur Pierre Billon) et par cette allusion l'appartenance au Mythe lovecraftien de cette nouvelle, qui entre dans la série : "Ceux des profondeurs".

On parle en psychologie de tests projectifs, des images où l'esprit projette comme en rêve des élaborations allégoriques ou narratives, qui trahissent des mouvements inconscient, tout comme le font les rêves. Dans Les rencontres, par Sophie Cathala, c'est sur une jeune femme que des hommes projettent leurs relations passées et regrettées, l'obligeant par mimétisme à se conformer à une autre qu'elle-même. On repensera au Locataire de Roland Topor, au Zelig de Woody Allen, ou encore au détective privé Tem de Roland C. Wagner. Et l'on plaindra cette pauvre jeune fille de subir plutôt que de se jouer d'un tel talent.


" Ils se trouvaient seuls, isolés dans cette solitude étrange que connaissent les habitants des grandes villes, avec des milliers de gens qui les entourent, et dont ils sont néanmoins toujours séparés. "

Harry Harrison traite une fois encore ce malaise des villes, qui " réunissent le séparé, mais le réunissent en tant que séparé ".
Dans Le modèle de Pickmann de Lovecraft, on évoque les travaux de construction du métro de Boston et les créatures humanoïdes et anthropophages qui y furent découvertes, dans un monde souterrain. Avec Les mystères du métro, Harrison reprend cette idée à son compte, et en fait presque le bras armé d'une justice immanente, s'en prenant aux orgueilleux, aux vaniteux et aux ingrats. Quoi qu'il en soit, ça donne envie de s'éloigner de la bordure du quai.

Retour de la Rubrique " Banc d'essai ", avec La femme truquée de Jean Demas. La fille qui s'y effeuille aurait pu s'appeler Marguerite, mais ce strip-tease organique aurait mérité davantage de sensualité.


Anatomie - Anna Tommy ! - toujours, avec La jambeOn reconnait bien le style de Bernard Haller, qui s'essayait encore à cette époque à faire carrière en tant que chansonnier (nous dirions maintenant stand-up). On le retrouvera quelques années plus tard dans un numéro similaire à cette nouvelle comme agent de contrôle dans "Je sais rien mais je dirai tout" de Pierre Richard.


Après la jambe, la main ; la vie végétale devient, en acquérant la mobilité, un agent persécuteur et assassin, dans L'arbre main, de Marcelle Provens. Ce que l'on y jugera étrange ou insolite, c'est l'absence de bascule quand on passe de la séduction à la persécution.


En 1965, et en réalité pendant une bonne vingtaine d'année encore, les numéros de téléphone ne comportait que 7 chiffres, les trois premiers servant d'indicatif local (et correspondant aux trois premières lettres d'une ville, d'un quartier ou d'une rue). La dernière nouvelle du numéro signée Jean-Claude Piguet, propose d'expliquer La règle du jeu, la procédure à suivre, sur le mode des guides pratiques qui fleurissaient à tout sujet en ces années 60, pour contacter Le Fondateur, soit Dieu... au téléphone. Amusant.


On n'a pas fini de voir se lever Le matin des magiciens, mais en l'absence de Jacques Bergier dans la revue pour défendre son co-auteur, Gérard Klein cloue allègrement Louis Pauwels au pilori. En témoigne ce petit extrait de la Revue des livres :

Le propre d'un concept est de renvoyer à autre chose qu'à une collection arbitraire d'objets ou d'œuvres, et il me semble parfaitement évident que la notion de réalisme fantastique a précisément failli, au moins pour l'instant, à cette tâche. Elle s'élève néanmoins à la dignité d'une ronflante platitude qui dispense à l'occasion le critique et son lecteur des fatigues de l'analyse.

Ouch !




Pour terminer ce tour d'horizon du numéro 140, on appréciera de voir Pierre Versins nous dispenser déjà les premiers jets de sa future Encyclopédie de l'Utopie, des voyages extraordinaires et de la science-fiction, avec cet article en deux partie sur les voyages dans le temps : Une porte peut-être ouverte et fermée. L'article est même peut-être plus développé que l'article "Temps" de l'Encyclopédie.

    Rapport du Centaurien pour le PReFeG (Avril 2026)
  • Relecture
  • Corrections orthographiques et grammaticales
  • Refonte du sommaire
  • Vérification des casses et remise en forme des pages de titre
  • Mise en forme des titres présentés in "Revue des livres"
  • Ajout de la Table des "Nouvelles des auteurs de ce numéro" telle qu'évoquée dans le sommaire sur NooSFere mais n'apparaissant pas dans le epub d'origine.
  • Ajout de la page "Au sommaire du prochain Galaxie"
  • Ajout du 4ème de couverture
  • Note (10) augmentée
  • Vérification et mise à jour des liens internes
  • Mise au propre et noms des fichiers html
  • Mise à jour de la Table des matières
  • Mise à jour des métadonnées (auteurs, résumé, date d'édition, série, collection, étiquettes)

En cliquant sur les noms des auteurs de ce numéro

retrouvez les bibliographies complètes de leurs parutions dans Fiction et Galaxie !


Prochaine publication prévue pour le mercredi 15 avril 2026 : Galaxie n°16.


Fiction présente le Galaxie n°16 :

Au prochain sommaire de “Galaxie"

Le grand JACK WILLIAMSON, auteur des Humanoïdes et de La légion de l'espace, fait sa rentrée dans les pages de GALAXIE. Le long récit de lui qui est en vedette dans le prochain numéro s'intitule Une planète à piller. Cette planète, c'est la Terre ; et les pillards en puissance, ce sont les représentants de toutes les races galactiques qui s'apprêtent à décider de son sort. Une histoire dans la grande tradition.

Au prochain sommaire de GALAXIE, on trouvera également les noms de WILLIAM TENN et J.T. McINTOSH. Le premier, dans Un monde en chocolat, se livre à l'exploration d'un univers mental farfelu (et aussi savoureux que peut l'indiquer le titre de la nouvelle) ; le second dans Grand-mère la Terre, fait le portrait de notre planète à un âge avancé, dans un état voisin de la décadence, mais ceci sur un ton malgré tout optimiste !

Enfin, l'irremplaçable ROBERT SHECKLEY sera encore présent dans ce numéro, avec un important récit : Les quatre éléments, où une personnalité humaine dispersée dans plusieurs corps a bien du mal à assurer son unité.

Ce numéro — qui, bien entendu, vous passionnera — sera mis en vente le 16 juillet (1965).




 

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