06 août, 2025

Fiction n°123 – Février 1964

Fiction inaugure la formule "Numéro spécial" dédié à un auteur - et l'on commence par le représentant de la science-fiction pour ceux qui ne lisent pas de science-fiction : Ray Bradbury. Des articles biographiques accompagnent deux de ses nouvelles, et par conséquent peu d'autres récits, mais offre en revanche une documentation précieuse pour les lecteurs de 1964, qui n'imaginaient pas qu'un jour les données de tous genres se trouveraient au bout du clic.

"La cargaison perdue" - au moins dix de retrouvées… 

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Sommaire du Numéro 123 :

SECTION SPECIALE BRADBURY :


1 - Ray BRADBURY, Phénix (Bright Phoenix, 1963), pages 3 à 10, nouvelle, trad. Christine RENARD

2 - Ray BRADBURY, L'Abîme de Chicago (To the Chicago Abyss, 1963), pages 11 à 21, nouvelle, trad. Christine RENARD

3 - Sam MOSKOWITZ, Qu'est-ce qui fait brûler Bradbury ?, pages 23 à 34, article, trad. Jacques GOIMARD

4 - William Francis NOLAN, Bradbury : un poète en prose à l'âge de l'espace, pages 35 à 47, article, trad. Jacques GOIMARD

5 - (non mentionné), Index général des œuvres de Ray Bradbury, pages 48 à 55, bibliographie


SCIENCE-FICTION :


6 - Nathalie HENNEBERG, Le Rêve minéral, pages 56 à 92, nouvelle

7 - Michel DEMUTH, Les Jardins de Ménastrée, pages 93 à 102, nouvelle

8 - Alfred BESTER, Ces derniers temps (They Don’t Make Life Like They Used To, 1963), pages 103 à 136, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH


RUBRIQUES :


9 - Alfred BESTER, Alfred Bester démoli par Alfred Bester, pages 137 à 139, chronique, trad. Demètre IOAKIMIDIS

10 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 140 à 150, critique(s)

11 - Jacques GOIMARD, Avènement du cinéma maudit, pages 151 à 158, article

12 - (non mentionné), Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 158 à 158, bibliographie


"Fahrenheit 451" se termine sur une communauté de résistants qui se dénomment "hommes-livres". Dans Phénix qui fut le ferment initial de son célèbre roman, Ray Bradbury commence par là, par cette petite ville d'où l'on tente l'auto-da-fé, mais où les lecteurs (ceux de l'histoire, auxquels on peut s'identifier) ont déjà mesuré l'ampleur du désastre et se sont organisés en conséquence. Sans doute un peu naïf, Bradbury imagine toutefois la puissance d'une résistance passive et pacifique.

Après l'effacement de la culture, le fléau - qu'il soit guerre ou catastrophe - vient emporter le reste, la surface des choses, le médiocre toc. Mais que celui qui s'en souvient en perpétue le souvenir, qu'il le dise, et le voilà devenu l'aède, le conteur, celui qui cimentera de nouvelles histoires et une nouvelle culture. L’abîme de Chicago rencontre fort bien la nouvelle précédente, et sera choisie par Ray Bradbury quand il adaptera certaines de ses nouvelles pour le théâtre.

(...) il faudrait vendre beaucoup de textes « publics » aux revues qui payent bien pour gagner l’argent nécessaire. Depuis que je paraissais régulièrement dans les magazines populaires, j’avais peur que les rédacteurs en chef des magazines de grande diffusion ne se formalisent si j’utilisais mon vrai nom. Je ficelai donc trois nouvelles histoires sous le nom de William Elliott – et, en l’espace de trois jours, je reçus trois chèques de Collier’s, de Mademoiselle et de Charm ! (...)  J’écrivis immédiatement aux trois rédacteurs en chef, leur révélant mon véritable nom, et il s’avéra qu’aucun d’entre eux n’avait jamais entendu parler de Ray Bradbury, et qu’ils se feraient un plaisir de restituer mon véritable patronyme. C’était la percée ; le mur était par terre.

(Sur la nécessité des pseudonymes, Propos de Ray Bradbury, rapportés par William F. Nolan in "Bradbury : un poète en prose à l’âge de l’espace" / voir l'intégralité de l'article dans notre page dédiée.) 

(...) les Cristaux sont opaques et pesants ; à leur état originel, ils sont sans voix, sans ouïe, presque privés d’organes. Je crois qu’ils voient, qu’ils perçoivent à travers leur texture. Leur seule faculté extérieure est de rêver – ils communiquent leurs rêves aux Humains qui, alors, sont perdus et se laissent dévorer sans résistance.

On pensera à Cthulhu, qui rêve et qui attend, devant cette évocation d'un fléau d'un genre nouveau développé par Nathalie Henneberg, dans Le rêve minéral. Elle se repose sur d'anciens mythes, tels "les nains de pierre des Incas, le Commandeur, la Vénus d’Ille… ", auxquels on peut encore ajouter le Golem et le Monstre de Frankenstein… On repensera aussi beaucoup au personnage du sculpteur - créateur de "La naissance des Dieux" dont on retrouve un avatar. Bref, voici un florilège de tous les grands thèmes de Nathalie Henneberg, toutes ses figures récurrentes et leurs personnalités, dans ce péril minéral qui offre à l'autrice l'occasion de détailler un champ lexical foisonnant. Mais … l'intrigue ne suit pas, comme si elle s'était lassée de son histoire en cherchant à la conclure.

Michel Demuth a certainement lu Ballard et ses jardins du temps pour composer Les jardins de Ménastrée. On en retrouve principalement le motifs du couple aristocratique et contemplatif. Toutefois, Demuth en fait autre chose, poursuivant par l'imagerie fantastique les allégories qui dominent le temps, ici les vampires. 

Un autre couple : deux survivants, un homme et une femme, hantent un New York en ruines. Chacun tente de poursuivre la vie qu'il a toujours connue, sans plus d'imagination que celle dictée par le plaisir. Ils se rencontrent... Qu'est-ce qu'ils se racontent ? Alfred Bester nous emporte avec une bluette douce amère entre deux êtres qui s'efforcent de ne pas penser à l'avenir autrement que dans la poursuite du passé ; mais la marche du monde n'en est pas figée pour autant dans Ces derniers temps.


Pourquoi le genre "bis" doit-il être considéré comme "maudit" ? Il y a peut-être à la base une simple affaire de circonstances, comme nous l'évoque Jacques Goimard dans ce passage :

Fiction, renonçant pour une fois à arriver à la fin de l’engagement et à compter les morts, vous offre en primeur cet exploit mémorable : un compte rendu de film qui précède la sortie en exclusivité !

Profitons de l’occasion pour remarquer que cette démarche, fort naturelle partout ailleurs, est presque toujours impossible dans notre domaine, du simple fait que les films sortent à la sauvette et que les distributeurs n’organisent pas de previews. Dans ces conditions, les comptes rendus les plus vite faits, par le simple jeu des délais d’impression d’une revue mensuelle, sortent toujours après la fin de l’exclusivité, et nos lecteurs parisiens ont les plus grandes difficultés à voir les films que nous leur conseillons (ne parlons pas des lecteurs de province, qui n’ont pratiquement jamais rien à se mettre sous la dent). Sur ce point comme sur les autres, nous avons tout à gagner à un retour à des habitudes plus normales. Et une conversion des distributeurs n’est possible que si le cinéma fantastique cesse d’être un genre maudit en France.


Toujours appréciées car bien circonstanciées et pertinentes, les critiques de Demètre Ioakimidis n'en finissent pas de nous donner l'envie de lire. Nous vous proposons, en Bonus à ce numéro, de lire "Le monde aveugle", et la critique de ce roman de Daniel Galouye, fort peu traduit en France. Comme à l'accoutumée, "enregistrez la cible du lien sous", comme dit le proverbe spécieux.

Daniel F. Galouye : Le monde aveugle

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Il faut bien parler d’abord de la « prière d’insérer », puisqu’il s’agit d’un texte destiné à présenter l’ouvrage à celui qui est sur le point d’en commencer la lecture. Et il faut bien relever la maladresse qui s’y trouve commise : avant d’aborder ce Monde aveugle, on trouve, dans cette « prière d’insérer », la vérité dont l’auteur a minutieusement préparé la révélation dans son roman. On y apprend que la « force psychique incompréhensible », à laquelle le protagoniste se heurte à plusieurs reprises au cours de l’action, est tout simplement la lumière. On y apprend également que les « monstres » qui viennent hanter le monde aveugle où il vit ne sont que des sauveteurs, des humains qui n’ont pas oublié l’usage de la lumière.

Voilà donc un texte de présentation privant gauchement le lecteur d’une chute ; chute qui n’est pas le dénouement lui-même, mais que l’auteur avait préparée avec beaucoup d’adresse, livrant progressivement des indices permettant au lecteur – sans jeu de mots – d’éclairer sa lanterne. Cependant, l’intérêt du roman ne réside pas exclusivement en cette révélation, il s’en faut de beaucoup. Le récit est bâti avec grand soin, et aussi avec suffisamment d’art pour ne jamais sentir l’effort.

Le thème est proche de celui du Pays des aveugles de Wells, à cela près que Daniel Galouye est allé beaucoup plus loin que l’auteur de la Guerre des mondes dans la minutie et la vraisemblance des détails, et que son dénouement est à l’opposé de celui choisi par Wells. Ce Monde aveugle est celui d’un système très étendu de souterrains, où des communautés d’humains ont vécu durant plusieurs générations, ignorant ce qu’est la lumière, et donnant à ce mot lui-même une signification purement mystique. Cette lumière, ils ont appris à s’en passer, puisqu’ils ne la rencontrent que très exceptionnellement. Et, dans de tels cas. Ils ne la reconnaissent pas pour ce qu’elle est ; ils parlent de « silence rugissant », perdus qu’ils sont devant les sensations inhabituelles que leurs nerfs optiques transmettent à leurs cerveaux :

« C’était comme si toute la Radiation se déchaînait dans ma tête. Ce n’était ni un son, ni une odeur, ni une sensation tactile » (p. 23)

Une question, à ce propos, peut être posée à l’auteur : est-ce que, après plusieurs générations passées dans une obscurité totale, l’homme conserverait encore le sens de la vue ? Celui-ci ne s’atrophierait-il pas assez rapidement, faute d’emploi ? On peut cependant accorder à Daniel Galouye le droit de recourir à ce qui est, après tout, une invraisemblance, tant est intéressante la façon dont il présente la redécouverts de ce sens oublié chez son protagoniste.

Car, comme tous les habitants du monde aveugle, Jared a été habitué à se servir de son odorat, de son toucher et surtout de son ouïe pour accomplir les actes qui, chez nous, mettent en jeu les yeux. Il utilise, pour se guider dans des couloirs inconnus, des pierres qu’il fait se choquer, l’écho de ce bruit le renseignant sur la structure du sol, les coudes des galeries ou l’allure des êtres qui sont en face de lui. Tous ses actes sont guidés par les messages qui lui parviennent ainsi. Daniel Galouye a su imaginer un système de société et des coutumes de « bon usage » en fonction de la limitation imposée à ses personnages. Tel est, par exemple, le rite des « dix Souches de familiarisation », par lequel deux nouvelles connaissances se manifestent leur confiance réciproque, et apprennent à s’identifier pour leurs rencontres ultérieures.

Daniel Galouye a également pris le soin de repenser le langage qu’utiliserait une telle société. Nous sommes heureusement très loin des effets de ponctuation arbitraire et des néologismes aussi laborieux que gratuits par lesquels certains voulaient suggérer le passage du temps. Puisque ce monde, étant « aveugle », ignore la lumière, ses habitants ont remplacé, dans les tournures courantes de leur langage, le verbe voir par le verbe entendre. La façon de compter le temps s’en trouve modifiée : on ne l’évalue pas en années, puisque l’apparence du ciel et les variations saisonnières du temps sont également inconnues, mais on parle de gestations. Il n’est pas question d’hier, mais de la période précédente, avant le sommeil. Sur ce point, le lapsus calami qui fait précisément apparaître ce mot de hier dans la bouche du Penseur, au début du chapitre VII, est dû au traducteur et non à l’auteur.

Celui-ci a pensé à la subsistance de ses « aveugles » : il les a fait disposer de plantes qui, au lieu de se nourrir de la chaleur du soleil, utilisent celle de sources chaudes, et servent de pâture à un bétail qui a suivi les hommes sous terre. La possibilité de réactions différentes des organismes humains en face de ces conditions anormales a également été envisagée. L’habileté à détecter par le son est évidemment variable selon les individus, mais il est aussi question de mutations. Certains de ces « aveugles » sentent les rayons infra-rouges, et peuvent donc se guider par la chaleur ; ils sont naturellement considérés comme anormaux par ceux qui n’ont pas ce pouvoir. On rencontre également des télépathes, des chauves-souris géantes, pour lesquelles le traducteur a conservé le terme anglais de soubats, et ces « monstres », dont Daniel Galouye révèle la nature moins promptement que ne le fait l’anonyme auteur de la « prière d’insérer ». Il y a tout un monde, dont les habitants sont évoqués avec minutie et vraisemblance, dans leurs actes quotidiens aussi bien que dans leurs croyances. La nature de celles-ci suggère assez clairement quelle a pu être la cause de cette retraite sous la surface de notre globe.

Précisément, le protagoniste, Jared, se demande quelle est l’essence de ces divinités que sont « les Démons Jumeaux Cobalt et Strontium, les Deux « U », Deux-Cent Trente Cinq et Deux-Cent Trente Huit, Plutonium du Niveau Deux-Cent Trente Neuf, et cet habitant immense et malfaisant de l’Abîme Thermonucléaire, Hydrogène…» Jared est un aventurier, et non un génie. Il possède des atouts appréciables sur le plan physique – sa maîtrise dans l’usage des pierres à échos n’est pas le moindre de ceux-ci – mais il n’a pas de ces intuitions, géniales et peu vraisemblables qui caractérisent bien des héros de romans. Au contraire, sa simplicité est assez proche de la naïveté, et elle ne devient attachante que grâce à la décision qui l’anime : Jared veut apprendre ce qu’il y a derrière les légendes, derrière le mot lumière, et c’est le récit de ses découvertes qui constitue la substance du roman. C’est à travers la quête de Jared que le lecteur découvre les particularités de ce monde aveugle, que l’auteur a voulu beaucoup plus étrange qu’effrayant. La crainte de l’obscurité, en tant qu’instinct, a naturellement disparu chez des hommes qui s’y trouvent continuellement plongés.

Le récit est mené sur un rythme varié, l’action alternant avec les moments de réflexion de Jared et de sa compagne Délia – dont il ne comprend pas le mystérieux pouvoir – lesquels s’efforcent d’ordonner progressivement en un ensemble cohérent ce qu’ils apprennent. Mais Daniel Galouye est trop habile pour découvrir tout son jeu d’un seul coup : à une énigme résolue succède un nouveau problème, et les pièces du puzzle ne se groupent pas toutes à la fois. C’est pourquoi la maladresse de la « prière d’insérer » est moins grave qu’on pourrait le penser de prime abord.

Au point de vue purement narratif, on peut reprocher à l’auteur d’avoir notablement ralenti son action vers la fin de son roman. Après la découverte de la lumière, Jared piétine, recule même, et son accoutumance au monde nouveau sur lequel sa quête a débouché se déroule de façon hésitante, les points étant mis assez laborieusement sur les i. Cela est probablement dû à un scrupule de vraisemblance, louable en soi d’ailleurs : l’auteur tient à présenter l’« explication » selon la même perspective qui avait été utilisée pour l’« énigme ». Le rapprochement avec un roman policier n’est pas fortuit, ce passage de l’obscurité à la lumière pouvant évidemment être symboliquement interprété comme la recherche de la vérité derrière les « apparences » – c’est-à-dire derrière les messages des sens. Comme un auteur policier qui tient à soigner la vraisemblance de son récit, Daniel Galouye refuse d’escamoter, ou même d’abréger, les dernières phases de celui-ci. Lorsque le roman s’achève, Jared a déjà fait le pas décisif, il accepte d’entrer dans cette communauté nouvelle, qui vit en pleine lumière. À la recherche matérielle, l’auteur a tenu à ajouter l’avance psychologique.

La traduction de Frank Straschitz est bonne, consciencieuse, et elle respecte le texte aussi bien que le rythme : ce que devrait en principe faire toute traduction. Comme cette généralité est très loin de correspondre à la réalité, il est juste de rendre hommage à un traducteur qui prend la peine de lire et de comprendre ce qu’il est chargé de rendre en français.

Ce roman est le premier qu’ait signé Daniel Galouye. À la convention mondiale de science-fiction de 1962, il remporta la seconde place parmi les meilleurs romans de l’année, suivant immédiatement Stranger in a strange land de Robert A. Heinlein. Il y a gros à parier qu’il supportera le passage des années mieux que le roman de Heinlein, surchargé de fastidieux sermons. Ce Monde aveugle possède une homogénéité, une cohérence de structure et une netteté de narration qui lui confèrent cette qualité de vie qui marque la meilleure science-fiction. Daniel Galouye sait être minutieux sans devenir fastidieux.

Demètre IOAKIMIDIS

Terminons ce tour d'horizon  d'un numéro plus varié qu'il n'y paraîtrait (du fait de sa "spécialité"), et voyons du côté de Jean Ray ce que la sortie du premier volume de ses "œuvres complètes" (sic), chez Robert Laffont, a pu susciter chez son admirateur de toujours, Jacques Van Herp :

Portrait d’une page dans Match, interview à Lectures pour Tous et dans Les Lettres Françaises, un film en projet sur Harry Dickson, un autre sur La Cité de l’indicible peur, présentation à la Maison des Écrivains Belges, ce bastion académique, N. Henneberg. citant Jean Ray comme voyant, et prophète dans Le sang des astres, Béjart montant La bague, ballet tiré des Contes du Whisky, c’est la gloire et méritée. Une chose me gêne dans ce concert, on n’y souffle mot de Mystère-Magazine ou de Fiction, revues sans lesquelles rien de ceci ne serait arrivé, car le public de Jean Ray fut créé, imposé par elles, ce dont tous ses amis les remercient.

On comprend bien que Van Herp puisse se sentir spolié. Cela ne l'empêche pas de lâcher l'air de rien ce qui n'est plus un secret pour personne, mais qu'il aura su dévoiler peu à peu : "Nous aurons droit à un échantillon de Harry Dickson, mais de John Flanders". Etrangeté éditoriale, vu que Ray n'a jamais signé ses Harry Dickson (pourquoi donc les rééditer sous le pseudonyme de Flanders ?). Plus loin encore : "Pas trace non plus de ces contes publiés en 1931 dans Weird Tales, et directement écrits en anglais". Là, il y a de quoi bondir de sa chaise, et nous faisons solennellement appel aux spécialistes pour éclairer notre lanterne sourde. Et enfin :

Cette veine réaliste est bien dans la ligne de l’auteur, qui l’épancha librement dans les récits signés John Flanders, imprimés par des moines, et dont des fragments sont passés dans La cité, comme un conte du n°168 de Harry Dickson, L’ombre de minuit quarante-cinq. Car Jean Ray, sous ses multiples masques, marque tout de sa griffe.

Le conte en question ("L'ombre de minuit quarante-cinq") sera repris dans le volume 19 de l'intégrale chez NéO.

Le prochain numéro de Fiction consacré à un auteur ne tardera pas : il s'agira du numéro 126, de mai 1964, consacré à … Jean RAY !

30 juillet, 2025

Fiction n°122 – Janvier 1964

Beaucoup de nouveaux venus, le plus souvent comme étoiles filantes, mais de vrais talents pour accompagner la douce lucidité de Zenna Henderson qui nous propose un nouvel épisode de son "Peuple". On appréciera aussi un texte demeuré inédit depuis de Marion Zimmer Bradley, très en avance sur son époque puisqu'il y est question de transition sexuelle.

Utopie quand tu nous tiens…

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Sommaire du Numéro 122 :


1 - (non mentionné), Nouvelles des auteurs de ce numéro, pages 2 à 2, bibliographie


NOUVELLES

2 - Zenna HENDERSON, Le Départ (Jordan, 1959), pages 3 à 34, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

3 - Fritz LEIBER, Amitié à haute tension (The Man Who Made Friends with Electricity, 1962), pages 35 à 43, nouvelle, trad. Michèle SANTOIRE

4 - Michel DEMUTH, La Bataille d'Ophiuchus, pages 44 à 63, nouvelle

5 - Paul SEABURY, L'Historionaute (The Histronaut, 1963), pages 64 à 72, nouvelle, trad. Michel DEMUTH *

6 - Marion Zimmer BRADLEY & John Jay WELLS, Tu engendreras dans la douleur... (Another Rib, 1963), pages 73 à 93, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

7 - Avram DAVIDSON, Gloire à Diane (Great is Diana, 1958), pages 94 à 102, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

8 - Monique DORIAN, Félinement vôtre, pages 103 à 106, nouvelle

9 - John Anthony WEST, La Fin d'un homme (George, 1961), pages 107 à 123, nouvelle, trad. Christine RENARD *

10 - Sophie CATHALA, Un gentil petit bled, pages 124 à 130, nouvelle

11 - Allen DRURY, Quelque chose (Something, 1960), pages 131 à 137, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

CHRONIQUES

12 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 139 à 156, critique(s)

13 - Bertrand TAVERNIER, Tribune libre, pages 156 à 157, courrier

14 - Maxim JAKUBOWSKI, Une exposition Michel Jakubowicz, pages 158 à 158, critique(s)

15 - (non mentionné), En bref, pages 159 à 159, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Le Peuple, extraterrestres échoués et dispersés sur Terre, est secouru par ses pairs. Et l'on organise Le départ. Mais après des années et des générations passées à se reconstruire dans l'exil, est-ce si nécessaire de traverser de nouveau le Jourdain qui mène à la Terre Promise ? L'allégorie ici est à peine voilée (mais a dû échapper au traducteur René Lathière toujours aussi brutal avec les titres), et si les dons surnaturels du Peuple pourraient lasser, si le risque de faire du Peuple une armée de super-héros (mais ça n'est pas encore la mode…), on apprécie qu'ils soient tendus vers un seul résultat : la contemplation béate des merveilles du monde. Zenna Henderson habile et toujours délicate.

Dans  Amitié à haute tension, il est question de la nature de l'électricité, mais plus encore d'une conscience "artificielle". Comme plus tard dans le roman "Colossus" (de D. F. Jones - 1966) - où deux super-ordinateurs des blocs de l'Est et de l'Ouest s'allient pour protéger l'espèce humaine d'elle-même et de la destruction - c'est la même sensation d'être infantilisés par nos propres créations qui gouverne ces deux histoires. On ne parle pas encore de "point de singularité", mais Fritz Leiber en imagine déjà la venue.

Concernant La bataille d’Ophiuchus, et en fait de bataille, Michel Demuth nous en décrit plutôt la périphérie. Suivant le paradoxe de Langevin, il n'y a pas d'escale possible ni de port provisoire qui tienne et soit régulier pour les combattants, liés à la temporalité de l'espace. Voici l'histoire d'un amour brisé par la cruauté de la guerre et les singularités des rapports de l'espace avec le temps - bref, tout ce que l'imagerie de Star Wars évacuera sans scrupule une petite quinzaine d'années plus tard.

On se rappelle la Patrouille du temps décrite par Poul Anderson. Mais comment s'est construite cette nécessité de surveiller les événements historique et de leur conserver leur intégrité ? C'est ce que nous propose de découvrir L’historionaute, nouvelle concise et d'un humour mordant.

Son auteur, Paul Seabury, historien et diplomate, a notamment été conseiller consultatif sur le renseignement étranger sous Ronald Reagan - ceci pour situer l'homme…

Tu engendreras dans la douleur…  modernise (malgré son titre biblique concocté par René Lathière) le thème du pantropisme hérité de James Blish, moins de dix ans après sa mise en théorie.

" Ne serait-ce pas plus propre de disparaître comme nous sommes, avec nos corps tels qu’ils furent créés, plutôt que de les voir changés en une… une parodie obscène de… Non, tout cela est contre nature ! »
— « Au même titre que la présence de votre race sur cette planète. » [répondit l'extraterrestre Fanu] (...)
Everett fixait sur Fanu un regard sombre – ses préjugés de Terrien luttant toujours contre son intelligence. "

Le système solaire est détruit, et seuls subsistent de la Terre une poignée d'hommes - mâles s'entend - hébergés sur une autre planète par une espèce vieillissante elle aussi en voie d'extinction. A partir de cette situation, nous suivons le parcours moral de l'ancien commandant Everett et de ses préjugés sur l'homosexualité, et sur la nécessité d'une forme de pantropisme qui n'est pas encore dénommé "transition sexuelle".

Des autrices (l'une se cache sous un pseudonyme masculin), on ne connait, en 1963, encore que peu Marion Zimmer Bradley en France. Elle n'a pas non plus encore épousé en secondes noces le mari qui sera accusé plus tard de pédophilie (ainsi qu'elle le sera elle-même) par sa fille Moira. Son succès français, elle le devra à la sortie des "Brumes d'Avalon" chez Pygmalion (1986) - traduction qui tronquait pourtant ses deux premiers opus de plusieurs chapitres.

John Jay Wells, pseudonyme de Juanita Coulson, est une autrice américaine, bien connue comme autrice-compositrice-interprète dans les milieux de la "Filk music". La Filk est une parodie de la folk, où le jeu consiste à pasticher les paroles de "protest songs" pour en faire des histoires de S.F.. Karen Anderson, femme de Poul Anderson, s'est prêté à l'exercice pour la presse amateure allemande en 1953. Les soirées "filk" agrémentent souvent les convention de S.F., et des conventions lui sont même dédiées. (Source : Wikipedia).

Toujours aussi farceur quand il s'agit d'inventer des événements historiques pour justifier ses fictions fantastiques, Avram Davidson nous régale avec un cocktail fort alléchant et une évocation d'un voyageur hors-pair du 18ème Siècle. Cette Gloire à Diane est légère et nourrissante comme du petit lait.

Pour sa dernière nouvelle parue dans Fiction, Monique Dorian continue son exploration schizophrène et le dédoublement de personnalité dans un texte sensuel et Félinement vôtre, écrit comme à la hâte et d'un style direct, massif même, qui en amplifie le chant des perceptions volontairement déréglées.

On croirait à du Topor à la lecture de La fin d’un homme. Voyez par exemple comment Marjorie s'adresse à son mari George :

" Ce qui est le plus affreux, c’est d’être là à regarder le mal gagner sans pouvoir rien faire. Ce serait moins pénible, je crois, si je revenais d’un film et que je te trouve comme ça. Mais ça ! Te voir mourir millimètre par millimètre ! "

Le déroulé se fait sans grande surprise et pourtant, par un curieux sens de l'humour qui nous fait nous sentir supérieurs au couple de la nouvelle, on suit l'ensemble avec un mélange d'effroi et de jubilation. Christine Renard a dû se régaler à traduire ce style simple et bien tempéré; le dosage du concret et de l'allégorie est subtil, et il faut même parfois se secouer soi-même pour ne pas oublier de quoi il s'agit : l'anesthésie de l'être fasciné par l'écran.

Son auteur, John Anthony West, est aussi un spécialiste des Dogons, peuple à la culture très singulière de la Falaise de Bandiagara, au Mali - une des plus imposante formation géologique d'Afrique de l'Ouest.

Un homme affairé, pressé, en proie à la tension de la nécessité, voit son univers tomber en panne dans Un gentil petit bled… On pourrait s'attendre à un cauchemar absurde, mais finalement, Sophie Cathala nous offre une image qui résout allégoriquement bien des contradictions qui, sans elle, pourrait rendre fou. A moins que la folie soit l'abandon de la tension ?

Les lieux hantés s'accommodent généralement mieux de la nuit ; ici, Quelque chose invisible et sans doute malveillant ne s'encombre pas de l'heure qu'il est pour sévir. Et la terreur demeure. Un bon effet de style de l'auteur de romans à thèses politique Allen Drury, pour une histoire somme toute gratuite.


Une nouvelle recrue au sein de l'équipe critique de Fiction fait son entrée, comme le fit Jacques Goimard, par la Tribune Libre, en la personne respectable de Bertrand Tavernier, qui signera un bon nombre de critiques dans la Revue des films.

Après l'entrée, la sortie ; la rubrique en bref fait l'annonce d'un chant du cygne, qui ne sera pas sans conséquence sur l'univers éditorial de la S.F. française :

Interruption du Rayon Fantastique

Après onze ans d’existence et plus de 110 volumes parus, le Rayon Fantastique va cesser sa carrière. On regrettera d’autant plus cette disparition qu’elle n’est pas même due à un insuccès commercial mais à des raisons d’ordre administratif. La collection était en effet éditée en commun par Hachette et Gallimard, et c’est un désaccord entre ces deux maisons qui amène aujourd’hui sa suppression. Plusieurs volumes déjà sous presse paraîtront encore en 1964, notamment La couronne de lumière de Sprague de Camp, Les revenants des étoiles de A. et B. Strougatski et L’étoile de fer de John Taine. Nous publierons ultérieurement un historique et une étude de la collection, ainsi que les résultats d’un référendum sur ses meilleurs titres. Il faut souhaiter que la place qu’elle laissera vide soit comblée.


Il s'agit tout de même de la première collection française dédiée au genre qui s'arrête là. Ce vide mettra  quelques années à se combler : le Club du Livre d'Anticipation - chez les infatigables éditions Opta - naîtra bien en 1965, et Ailleurs et Demain, collection dirigée par Gérard Klein chez Robert Laffont sera créée en 1969, mais il ne s'agit pas de collections de poche. Ce sera Jacques Sadoul, transfuge des éditions Opta, qui lancera pour la S.F. une nouvelle collection de poche au sein des jeunes éditions J'ai Lu en 1970. Les Editions des Champs-Elysées lanceront quant à elles la collection Le masque science-fiction, dirigée par Jacques Van Herp, en 1974. Jacques Goimard ne sera pas en reste et initiera la collection SF-Fantasy chez Pocket à partir de 1977. On pourra aussi citer le bon travail des éditions belges Gérard et la collection Marabout qui existait déjà en 1964, mais il s'agit de parutions plus sporadiques, et de titres pas vraiment réunis au sein d'une collection dédiée à la S.F.

On le constate sans peine, Michel Demuth, Alain Dorémieux, Jacques Goimard, Demètre Ioakimidis, Gérard Klein, Jacques Van Herp … - des noms bien connus des lecteurs de Fiction, ce qui témoigne bien de l'importance de cette revue dans le champ éditorial de la science-fiction en France- ces amoureux de la première heure abattront un travail de titans pour multiplier les collections et la reconnaissance de la S.F. chez tous les grands éditeurs. Plus tard viendront encore le belge transfuge de Marabout Jean-Baptiste Baronian, ou encore l'iconoclaste Bernard Blanc, mais n'anticipons pas trop (bien que nous aimions tous l'anticipation…).

Le prochain numéro de Fiction sera un "Spécial Bradbury", inaugurant une suite de quelques numéros spéciaux. Même si cette formule ne prendra pas, on ne peut que louer cette initiative de se consacrer plus particulièrement à un auteur, et qui fera l'intérêt principal (et qui sait la longévité) de la revue Bifrost … mais à partir de 1996 !

23 juillet, 2025

Fiction n°121 – Décembre 1963

Mettons-nous à la place d'un autre, dusse-t-il être plus barbare, ou dans le temps des autres, celui de l'avenir tant qu'à faire. Les leçons sont bonnes à prendre, encore faut-il ne pas vendre sa peau ni son entendement pour autant. Un choix honnorable de nouvelles courtes agrémentent la fin de ce bon roman de Sheckley - L'Amérique utopique, qui n'en finira jamais d'utopiquer !

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Sommaire du Numéro 121 :


1 - (non mentionné), Nouvelles des auteurs de ce numéro, pages 2 à 2, bibliographie


NOUVELLES


2 - Robert SHECKLEY, L'Amérique utopique (suite et fin) (Journey Beyond Tomorrow / The Journey of Joenes, 1962), pages 4 à 64, nouvelle, trad. Elisabeth GILLE

3 - Marcel BATTIN & Michel EHRWEIN, La Mer, le temps et les étoiles, pages 65 à 72, nouvelle

4 - Gordon R. DICKSON, Les Toits d'argent (Roofs of Silver, 1962), pages 73 à 97, nouvelle, trad. Christine RENARD *

5 - André RUELLAN, Le Terme, pages 98 à 104, nouvelle

6 - William IRISH, Changement de peau (Somebody's Clothes - Somebody's Life, 1958), pages 105 à 121, théâtre, trad. René LATHIÈRE *

7 - Odette RAVEL, La Grande grève, pages 122 à 126, nouvelle *

 

CHRONIQUES


8 - Philippe CURVAL, Robert Sheckley ou l'enchanteur paranoïaque, pages 127 à 131, préface

9 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 132 à 149, critique(s)

10 - COLLECTIF, Le Conseil des spécialistes, pages 150 à 151, critique(s)

11 - F. HODA, Jerry Lewis à la puissance deux, pages 153 à 155, article

12 - (non mentionné), En bref, pages 156 à 157, article

13 - (non mentionné), Table des récits parus dans "Fiction". Onzième année (deuxième semestre 1963 : Nos 116 à 121), pages 158 à 159, index


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Après les avanies locales, le voyage de Joenes le mène à l'international ; dans les réseaux de contre-espionnage tout d'abord (où le chapitre "L'explication du cartographe" fait fortement penser à l'ambiance et au propos de "Mémoires trouvées dans une baignoire" de Stanislas Lem), et ensuite chez les adversaires russes bien occupés à freiner l'expansion chinoise ; c'est enfin, la dernière guerre, absurde, qui précipite le retour de Joenes en Polynésie, où il assiste à la fin d'un monde et la naissance du suivant, plus pondéré. L'Amérique utopique est un roman très bien mené, drôle et profond, pas vraiment S.F., mais très captivant, et fidèle au métier de Robert Sheckley, qui gagne au passage sa page dédiée avec l'article de fond que Phillipe Curval lui consacre.

On pourra penser au Goncourt "L'anomalie" de Hervé Le Tellier avec cet histoire qui expliquerait la disparition des aviateurs Nungesser et Coli, tous deux disparus en vol au-dessus de l'Atlantique le 08 mai 1927. Nous voilà dans un 2021 qui a fini de conquérir le système solaire (et l'on sourira devant l'optimisme qu'inspirait la conquête spatiale). Un brin léger, tout de même, face à ce que les auteurs Marcel Battin et Michel Ehrwein auraient pu développer à quatre mains, surtout concernant des matières aussi fluides que La mer, le temps, et les étoiles.

Par le biais d'un appareil, le psychographe, Gordon R. Dickson imagine que l'on puisse mesurer le taux de civilisation des espèces autochtones colonisées. Bien évidemment, la mécanisation statistique ne laisse place à aucune nuance. Cela devient plus problématique quand la lecture d'un tel appareil décide ou non les colons à mettre en place un plan de stérilisation des populations colonisées, voire un génocide. Les toits d’argent est un récit émouvant sur les "transfuges d'espèces". 

André Ruellan imagine les conséquences dramatiques de l'augmentation exponentielle des loyers, accompagnées d'une désertion totale de la loi, et surtout du code moral. Le jour de payer Le terme, la ville devient une jungle où même les alliances de couples sont aussi superficielles qu'intéressées. Sinistre.

L'aridité du ton de Changement de peau est celui d'un synopsis. Mais plus que le ton, l'histoire elle-même, signée du pourtant bon scénariste William Irish, manque d'épaisseur et ne fait qu'aligner les clichés. On passera.

Le sentiment d'étrangeté fait irruption dans le quotidien d'un homme qui se pense plus lucide que ses semblables, bien qu'il ne sache rien de La grande grève qui a l'air de paralyser ses pairs depuis des siècles. Peu à peu son sentiment bascule vers l'acceptation et le retour au troupeau. Un brin kafkaien, une nouvelle au style maîtrisé par Odette Ravel.


Côté rubriques, on  notera dans la Revue des livres, à propos de la traduction de Denise Rousset de "Tous les pièges de la Terre" de Clifford D. Simak chez Denoël :

"Nous ne cessions de critiquer les méthodes en honneur à Galaxie au temps où cette revue existait ; depuis qu’elle a disparu, nous ne cessons de la regretter : ainsi va la vie. Quoi qu’il en soit de Galaxie, il est paradoxal que les traductions en revue soient plus soignées que les traductions en volume, mais le fait tend à devenir traditionnel, et semble prouver que la politique des éditeurs à cet égard est à revoir une bonne fois (notamment sous l’angle financier, mais aussi sous l’angle du choix des traducteurs et du contrôle du travail), sous peine de voir se perpétuer la cascade d’absurdités que nous avons essuyée depuis deux ans."

Ainsi parlait Jacques Goimard, rarement traducteur lui-même. Si les éditions Denoël et la collection "Présence du futur" se fait régulièrement désintégrer (on n'est sévère finalement qu'avec ce qu'on aime bien), on peut supposer que ce n'est pas Goimard qui supervise les traductions de la revue Fiction elle-même, surtout celles de René Lathière (orthographié d'ailleurs "Latière" à la fin de sa traduction de la nouvelle de William Irish). Appelons cela "le paradoxe de la paille et de la poutre", et laissons le temps balayer les seuils des chapelles, des hôpitaux, et de la charité.

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