1964 touche à sa fin, ainsi que la première moitié des années 60, avec cette publication bien équilibrée entre textes français et anglo-saxons. On appréciera vraiment le texte mis en vedette de Theodore Sturgeon, auteur toujours aussi étonnant dans son traitement si personnel du genre science-fiction. Les autres textes, quasiment tous des raretés, maintiennent un bon niveau d'ensemble. Mais notons surtout - signe d'une époque qui cherche sans doute à se renouveler - que c'est aussi le dernier numéro à publier des auteurs, parmi nos baroudeurs et baroudeuses, tels que Jacques Sternberg, avec des textes brefs restés en majorité inédits depuis, Maurice Renard, avec une somptueuse œuvre de jeunesse, et Jane Roberts la grinçante mais méconnue de notre côté européen de l'Atlantique.
![]() |
| Charmante miniature de Philippe Jean |
Comme pour toutes nos publications, un clic droit sur la couverture
Sommaire du Numéro 133 :
1 - (non mentionné), Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 6 à 7, bibliographie
2 - Theodore STURGEON, L'Amour et la mort (When you care, when you love, 1962), pages 8 à 46, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE
3 - Gilbert ATLANTE, Cauchemar vert, pages 47 à 52, nouvelle
4 - Avram DAVIDSON, L'Évasion (The Certificate, 1959), pages 53 à 57, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE *
5 - Pierre VERSINS, Lionel Storm, pages 58 à 60, nouvelle *
6 - Jane ROBERTS, Nettoyage en profondeur (Three Times Around, 1964), pages 61 à 66, nouvelle, trad. Christine RENARD *
7 - Roland TOPOR, Preuve par l'absurde, pages 67 à 71, nouvelle *
8 - Jacques STERNBERG, La Géométrie dans l'impensable, pages 72 à 78, nouvelle *
9 - Kit REED, Le Tigre automate (Automatic Tiger, 1964), pages 79 à 92, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
10 - Maurice RENARD, Le Lapidaire, pages 93 à 127, nouvelle
CHRONIQUES
11 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 128 à 135, critique(s)
12 - (non mentionné), Biblio-bref / Le rayon des nouveautés, pages 136 à 137, article
13 - COLLECTIF, Le Conseil des spécialistes, pages 138 à 139, critique(s)
14 - Bertrand TAVERNIER, Monsters, Chillers et Spookatons, pages 141 à 145, article
15 - Alain DORÉMIEUX & Jacques GOIMARD, Deux héros retrouvés : Mandrake et Flash Gordon, pages 147 à 158, critique(s)
16 - (non mentionné), Table des récits parus dans « Fiction » : deuxième semestre 1964, pages 159 à 160, index
* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.
Immanquablement, ce serait déflorer le sel de cette belle nouvelle que de dire que L'amour et la mort pourrait être la source d'inspiration de (spoiler) ces films que sont The Truman Show ou Synecdoche New-York. Les va-et-vient de l'intrigue pour présenter les différents protagonistes de l'histoire nous rappelleront quant à eux le style de Kurt Vonnegut, ainsi que la famille Wyke si proche dans sa folie douce et sa mégalomanie de la famille Rumfoord des Sirènes de Titan (1959) du même Vonnegut. Et doit-on rappeler que l'alter ego de Vonnegut, son "moi en mieux", se nomme Kilgore Trout (truite) et qu'il aurait été inspiré à Vonnegut par Sturgeon (esturgeon) ? Quoi qu'il en soit, voilà une fois encore une magnifique nouvelle de Theodore Sturgeon.
A noter qu'Alain Dorémieux en proposera une nouvelle traduction dans son anthologie "Symboles secrets" consacrée à Theodore Sturgeon (Casterman, 1980, repris en Omnibus, 2005).
Ce même Alain Dorémieux qui avoue revisiter dans Cauchemar vert la Shambleau de Catherine L. Moore. En effet, mais c'est aussi une planète piège qu'il évoque, tandis que nous retrouvons, malgré le couvert du pseudonyme de Gilbert Atlante, cette obsession des rapports des hommes avec des femmes toujours un peu mantes religieuses.
L'envahisseur qui a asservi l'humanité ne peut que se conduire en nazi… ou en bureaucrate. Avram Davidson fait état d'une existence d'esclave privée de sens, des corps machine et des esprits inhibés par la peur; mais où subsiste encore un désir : L'évasion. Mais pour aller où ?
Lionel Storm est une petite nouvelle sur une spéculation scientifique, comme Pierre Versins sait si bien les faire. Ici : magnétisme et décollage vers l'espace.
Tout comme dans la nouvelle précédente de Avram Davidson, la modernité peut révéler quelque motivation terrifiante dans ses aspirations à l'efficacité, à l'échelon industriel de ses capacités, à la mécanisation de ses compétences, ou à ses velléités de pureté. Jane Roberts - le devinera-t-on en révélant le titre : Nettoyage en profondeur ? - évoque ici l'enfer des … laveries automatiques.
Dans Preuve par l'absurde, qui témoigne d'une certaine vie parisienne, Roland Topor se moque gentiment des occultistes à la petite semaine qui se nourrissent d'explications tautologiques et sont "abonnés à Planète" - la revue ésotérico scientifique de Pauwels et Bergier fondée après le succès controversé de leur essai Le matin des magiciens. Il faut dire aussi que le mouvement Panique de Topor, Arrabal, Sternberg et Jodorowsky aurait lui plutôt tendance à provoquer du scandale plutôt que de créer du mystère.
On continue avec les "paniques" : les "textes brefs" de Jacques Sternberg (comme la rédaction de Fiction nommait depuis plusieurs mois leur parution annoncée) jouent sur une idée souvent métaphysique et distille l'essence d'une angoisse sourde et qui ne se révèle jamais jusqu'au bout, laissant le lecteur se dépatouiller avec une délicieuse étrangeté. La géométrie dans l'impensable tient bien cette promesse. On savait que l'auteur se faisait rares dans les pages de Fiction, que ses appétits le menaient vers d'autres formes et d'autres univers littéraires. Ces textes brefs de La géométrie dans l'impensable seront les derniers publiés dans la revue, bien que Sternberg ne quittât pas pour autant la science-fiction ni le fantastique par la suite.
Notons que parmi ces textes brefs, seule "La créature" sera reprise dans son recueil "Univers zéro" (Marabout, 1970).
Celui qui possède le tigre détient le pouvoir, mais seul le tigre est puissant. Voilà en substance le contenu de Le tigre automate, fable morale de Kit Reed un peu cousue de fil blanc mais fort agréable à suivre dans l'évolution des sensations qu'elle procure.
Côté "Classiques", on notera que le fantastique n'intervient qu'à la toute fin de Le lapidaire, nouvelle au style chatoyant et finement ciselé. Certes, l'enjeu est ténu et les circonstances longuement détaillées, mais le verbe de Maurice Renard (c'est l'une de ses primes histoires parues en 1905 sous le pseudonyme de Vincent Saint-Vincent) sait déjà illuminer et charmer.
Dans la rubrique des films, Bertrand Tavernier ouvre son compte-rendu sur le cinéma de SF aux USA par un bon instantané de l'époque. :
Monsters, Chillers et SpookatonsLa science-fiction enterrée ? Le fantastique en voie de disparition ? Allons donc ! Il suffit de faire un petit tour du côté de New York ou de Los Angeles pour s'apercevoir de la fausseté de ces affirmations.Ces deux genres, au contraire, sont en train de reconquérir un vaste public, tant par le biais des livres et des revues que des films et de la télévision. Il est vrai que l'Américain moyen est déjà conditionné par le contexte dans lequel il vit, extraordinaire tremplin pour l'imagination : villes aux constructions fabuleuses, mythiques, qui sans arrêt se transforment, changent de visage. En quelques mois, nous affirmait Roger Corman, des immeubles entiers disparaissent, sans cesse remplacés. Il n'est pas rare de voir des gens errer à la recherche d'un pâté de maisons qui n'existe plus ou qui s'est transformé en gratte-ciel futuriste… Asimov n'est pas si loin.Le public, on essaye de le prendre maintenant dès le plus jeune âge, en lui donnant, à la place des panoplies d'indiens, des scaphandres et des armes atomiques lui permettant d'affronter – frisson nouveau – des monstres mécaniques tenant le milieu entre Godzilla et Dinosaurus : un tour de clé et les voilà qui saccagent une ville miniature ou des rampes de fusées, détruisent le train électrique avant de se heurter au cosmonaute qui les stoppe grâce à son armement ultra-moderne.
- Relecture
- Rares corrections orthographiques et grammaticales
- Refonte du sommaire
- Vérification des casses et remise en forme des pages de titre
- Mise en forme des titres présentés in "Revue des livres"
- Ajout de la Table des "Nouvelles des auteurs de ce numéro" telle qu'évoquée dans le sommaire sur NooSFere mais n'apparaissant pas dans le epub d'origine.
- Ajouts des pages "Au prochain sommaire de Galaxie", "Au prochain sommaire de Fiction", et "Le rayon des nouveautés"
- Ajout de la page d'offre d'abonnement à le revue italienne "Futuro"
- Ajout de l'annonce du changement d'adresse de la Librairie "La mandragore"
- Ajout de la page "Table des récits" telle qu'évoquée dans le sommaire sur NooSFere mais n'apparaissant pas dans le epub d'origine.
- Notes (1b), (1c), (2b), (5b), (5c) et (5d) ajoutées.
- Vérification et mise à jour des liens internes
- Mise au propre et noms des fichiers html
- Mise à jour de la Table des matières
- Mise à jour des métadonnées (auteurs, résumé, date d'édition, série, collection, étiquettes)

Rapport du Centaurien pour le PReFeG (Janvier 2026)
En cliquant sur les noms des auteurs de ce numéro
retrouvez les bibliographies complètes de leurs parutions dans Fiction et Galaxie !
Prochaine publication prévue pour le mercredi 21 janvier 2026 : Fiction n°134.
FICTION présente son numéro 134 :
Au prochain sommaire de “Fiction”
Pour la fin de l'année 1964, FICTION présentera le mois prochain un numéro qui aura deux caractéristiques exceptionnelles :
— Rien que des nouvelles américaines.
— Rien que des auteurs consacrés.
Ce numéro constitue une expérience qui sera, nous l'espérons, appréciée de nombreux lecteurs. Le sommaire, sauf modifications de dernière heure, comportera les nouvelles suivantes : Le plus dur des combats par JAMES E. GUNN, Quand on est du métier par EDMOND HAMILTON, Eve et les vingt-trois Adams par ROBERT SILVERBERG, Double jeu par J.T. McINTOSH, Dans quelle caverne profonde ? par ROBERT F. YOUNG, Une fille sur mesure par DAMON KNIGHT, L'union parfaite par ALAN E. NOURSE.
Date de parution : le 23 décembre.











Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Merci pour votre commentaire, il sera rapidement publié après examen par notre Centaurien (promis !)