31 juillet, 2024

Fiction n°073 – Décembre 1959

Dernier numéro des années 50 pour le PReFeG et la revue Fiction ; on pourra y lire une critique très particulière du Prix Jules Verne 1959, attribué à Daniel Drode et son roman "Surface de la planète". La dernière partie du roman de Nathalie Henneberg, "An premier ère spatiale" accompagne quelques autres longues nouvelles.

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Sommaire du Numéro 73 :

NOUVELLES

 

1 - Robert F. YOUNG, L'Ascension de l'arbre (To Fell a Tree, 1959), pages 3 à 35, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

2 - Julia VERLANGER, Le Cube, pages 36 à 45, nouvelle

3 - Gordon Rupert DICKSON, Noël sur Cidor (The Christmas Present, 1958), pages 46 à 53, nouvelle, trad. Elisabeth GILLE *

4 - Michel EHRWEIN, Mon ami de loin, pages 54 à 55, nouvelle *

5 - Jay WILLIAMS, Le Moindre mal (Operation Ladybird, 1959), pages 56 à 75, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *

6 - Charles HENNEBERG, An premier, ère spatiale, pages 76 à 117, roman

7 - Michael FESSIER, Une vraie chatte (Bewitched, 1958), pages 118 à 129, nouvelle, trad. Catherine GRÉGOIRE *

 

CHRONIQUES


8 - Alain DORÉMIEUX & INTERIM & Igor B. MASLOWSKI, Ici, on désintègre !, pages 131 à 136, critique(s)

9 - Roland STRAGLIATI, Gaston Leroux au Théâtre Gramont ou Les mystères de la rue Gérando, pages 137 à 139, critique(s)

10 - COLLECTIF, Tribune Libre, pages 141 à 142, article

11 - (non mentionné), Table des récits parus dans "Fiction" - 2e trimestre 1959, pages 144 à 144, index


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

Avec L'ascension de l'arbre, Robert F. Young nous propose une novella sur un sujet très singulier, où la symbiose avec un arbre gigantesque et vénérable pose maintes questions.

Le cube révèle une petite chronique de la haine ordinaire, un peu gratuite cependant, malgré un bon style bien ambiancé de la part de Julia Verlanger

Une petite fable sur le don et sa gratuité qui pourrait être impossible à comprendre pour des espèces extraterrestres : c'est  Noël sur Cidor par un Gordon R. Dickson plus sérieux qu'à l'accoutumée.

Mon ami de loin est une petite histoire de vampire et de son emprise vécue depuis sa victime, transcrite par Michel Ehrwein.

Jusqu'où doit-on respecter le vivant ? Jay Williams propose avec Le moindre mal une nouvelle assez trépidante qui aurait pu être développée davantage.

Nous n'avons pas demandé à naître mutants, la nature nous a doués d'effrayantes facultés ; il est possible que, dans ce monde dévasté, nous soyons la relève d'une humanité mourante. Et vous cherchez à nous détruire, parce que vous avez peur… (An premier, ère spatiale - Chapitre XI, extrait)

Une troisième et dernière partie pour An premier, ère spatialeoù l'action s'avère guidée par un grand désespoir. Toujours du style, mais une fin peut-être un peu bâclée, par une Nathalie Henneberg soucieuse du sort de ses mutants atlantes.

Une vraie chatte, pour finir, est une petite romance drolatique et sans prétention, par Michael Fessier cette fois correctement orthographié dans la revue. 


Nous l'évoquions en préambule, le Prix Jules Verne 1959 décerné à "Surface de la planète" par le nouveau venu Daniel Drode est assez vertement critiqué (désintégré) dans la revue des livres. Nous vous proposons de lire cette critique :

ICI ON DÉSINTÈGRE !

SURFACE DE LA PLANÈTE, par Daniel Drode (Hachette, « Rayon Fantastique »).

 

Clic droit pour votre copie en epub.
Lorsque le lecteur en arrive à la page 254, poussé soit par l'amour de la science-fiction, soit par une névrose quelconque, en général il s'effondre, terrassé.

Cependant, malgré l'ennui profond, malgré la lecture difficultueuse, malgré le style « nouveau » que l'auteur à tenu à infliger au malheureux qui s'est égaré le long des pages, celui-ci ne pourra se défendre d'un certain complexe à l'égard de ce livre et ne saura jamais se libérer d'un doute quant à l'admiration ou à la terreur qu'il doit éprouver en définitive à son égard.

Dans tout jugement de valeur réside une part de subjectivité. Il est dommage que « Surface de la planète » ait obtenu le prix Jules Verne, car il aurait alors pu acquérir les suffrages d'admirateurs qui les lui refusent en raison du label de qualité entraîné par cette distinction.

Le fond de l'œuvre importe peu. Visiblement Daniel Drode est un homme à la mentalité lourdement chargée de pessimisme, ce dont il n'a pas voulu se disculper dans son premier ouvrage ; le visage humain lui est un insupportable affront, son contact lui lève le cœur, et « Surface de la planète » est tout imprégné de cette répulsion ; c'est une misanthropie-fiction.

La forme semble être la seule préoccupation de l'auteur. Le style, c'est l'homme, à la lecture, Drode apparaît comme un personnage aux multiples facettes, empruntées aux personnalités de Alain Robbe Grillet, Lewis Carroll, Raymond Queneau…

On ne peut en aucun cas reprocher à un écrivain les influences qu'il a subies au cours de ses lectures précédentes ; il n'est donc pas question de démonter systématiquement la mécanique littéraire de ce livre en accusant son auteur de plagiat. Il est cependant regrettable que Drode n'ait pas su intégrer plus intimement le style des écrivains dont il s'est fait le continuateur et qu'il ne nous ait livré qu'un pénible devoir de vacances, souvent truffé de barbarismes et de solécismes qu'il aurait pu éviter en se traduisant lui-même.

Le héros de l'histoire est le fruit d'une civilisation souterraine que les dirigeants de la Terre ont été amenés à fonder à la suite de la pollution atomique de la surface, civilisation où chaque homme est enfermé dans une cellule, isolé de ses congénères, n'ayant pour toute fenêtre sur l'extérieur que les « visions » – sorte de cinéma sensoriel –, pour tout moyen de communication que le « phone », pour toute nourriture que des tablettes. À la suite du dérèglement progressif du Système, les humains sont amenés à fuir leur prison et à gagner l'air libre dont la radioactivité est maintenant nulle.

Le héros est désormais décanté des contraintes extérieures que lui imposaient une société fondée sur la promiscuité ; il parle un langage concis, débarrassé des miasmes de la métaphore. Un jour, il rencontre un survivant des temps anciens, les deux hommes échangent quelques idées et l'ex-habitant du Système conclut : la nature peut donc souiller l'être humain à tel point qu'il pique son cerveau d'idées fixes et encrasse son langage de termes inutiles…

Par la suite, nous découvrons avec stupéfaction (l'histoire est contée par le héros) un texte farci d'images, quelquefois belles d'ailleurs, sans rapport avec les normes d'un langage basé sur la précision, jusqu'à la fin du livre qui prend la forme d'un poème, avec tous les désordres stylistiques de la confusion mentale que de nos jours ce terme implique.

Certes, « Surface de la planète » représente une tentative intéressante dans le domaine de la science-fiction ; c'est le premier essai d'une symbiose entre ce qu'il est convenu d'appeler la littérature d'avant-garde et le genre qui nous préoccupe. C'est également un ratage au niveau des ambitions de l'auteur. Non seulement ce langage, ce style nouveau, ne convainc pas une seule fois, non seulement son élaboration n'a pas été assez minutieusement préparée, mais le thème même du livre n'offre réellement aucun rapport original. Encore une fois nous assistons, après une brève introduction dans le monde souterrain, à une errance sans but sur la surface de la planète qui se traduit par des descriptions quasi préhistoriques. Les ingrédients qui auraient pu pimenter l'histoire sont extrêmement fades : les mutants, survivants superficiels des explosions nucléaires, n'offrent aucun pittoresque ; les êtres bidimensionnels qui apparaissent à la fin de l'ouvrage en sont rapidement évincés.

Il en est de même pour les problèmes que suggérait « Surface de la planète » ; ils sont escamotés. Et l'on pense en particulier aux relations entre hommes et femmes, aux buts du Système, aux interférences entre les mutants et les hommes, les hommes et les êtres bidimensionnels, etc. L'auteur esquisse des hypothèses, ne se livre jamais à la démonstration et refuse énergiquement de conclure.

Lorsque nous apprenons à la dernière ligne que toute cette histoire n'était que le fruit des « visions », nous comprenons enfin que Daniel Drode vient de rêver le livre qu'il aurait voulu faire et qu'il écrira peut être un jour, du moins nous l'espérons.

Intérim.

Voilà une bien mystérieuse signature (qui paraphera également la recension de la "Ville de sable" de Marcel Brion dans ce même numéro). A ce propos, lors de la réédition dans sa collection "Ailleurs et demain" chez Robert Laffont en 1976, Gérard Klein précisera ceci :

La revue Fiction qui défendait, souvent avec bonheur du reste, dans ses pages critiques, les couleurs de la Science-Fiction, du Fantastique et de l'Insolite, condamna sans réserves l'hérétique. Sans réserves, mais peut-être avec une angoisse teintée de lucidité quant à l'avenir, car le compte rendu qui parut dans le numéro 73, daté de décembre 1959, fut signé Intérim pour la seule fois, croyons-nous, dans l'histoire de Fiction. (…) Il est bien tentant pour l'historien scrupuleux de chercher qui se cacha sous cet Intérim précautionneux. Malgré mes recherches diligentes, je ne suis parvenu à aucun résultat concluant, le plus irritant étant que je l'ai presque certainement su mais que je l'ai complètement oublié. Quant à ceux qui parlent, selon le dicton, ils ne savent rien, et ceux qui savent se taisent.

Qui fut "Interim", nous ne le saurons donc guère. Qui est Daniel Drode ? L'auteur lui-même publiera cette notice autobiographique : 

DANIEL DRODE

Naissance : le 31 octobre 1932, à Cambrai (Nord).

Quelques années plus tard, une découverte dans le grenier : Le Roi de la Cordillère, de Courteville – robots, rayon de la mort, etc. – Le point de départ est là, sans aucun doute.

Survient la guerre, l’exode (ILS arrivent toujours par le Nord).

Retour au grenier, qui contient d’autres merveilles : les Tallandier Bleus. Peu de goût pour les histoires d’Indiens, beaucoup pour La révolte des monstres, Le monde de l’abîme, La conquête de l’étoile…

Ensuite, place aux astronefs et aux dinosaures du Rayon U (et comme il y a Pim Pam Poum au verso, c’est le bonheur complet).

Là-dessus, les bombes. Le grenier en réchappe de justesse, et son contenu. Nouvelle évacuation en attendant la fin de la guerre.

Cinq ou six ans plus tard, invasion des Insurpassables : les Williamson, les Simak, les Asimov… Une idée : écrire de la S.F., mais pas de la même façon qu’eux. D’où Surface de la planète.

Pas très sérieux, ces histoires de Martiens et de soucoupes volantes. Par contre, la guerre d’Algérie…

Au retour, un peu d’écriture, épisodiquement : quatre nouvelles dans FICTION.

Et puis c’est le grand silence, pendant des années. (Prof d’histoire-géo au Havre).

À présent, plus moyen de dormir, avec le bruit que fait la S.F. dans ce pays, un bruit bien agréable du reste.

Biblio :

— Surface de la planète (RAYON FANTASTIQUE, Hachette), 1959.

— La rose des énervents (nouvelle, FICTION SPÉCIAL 2), 1960.

— Quatre-en-un (nouvelle dans AILLEURS 31, 1960, reprise dans FICTION 88 (mars 1961).

— Dedans (nouvelle, FICTION SPÉCIAL 4), 1963.

— Ce qui vient des profondeurs (nouvelle, FICTION SPÉCIAL 12), 1967.

En outre : articles sur la SF et poèmes, dans AILLEURS principalement. Plus : quelques contes et fantaisies dans des fanzines.

(notice rédigée par Daniel Drode lui-même pour l'anthologie "Retour à la terre" n°2, publiée chez Denoël - Présence du Futur n°216,  par Jean-Pierre Andrevon - 1976)

Dans son numéro 75, Fiction fera paraitre une réaction de Gérard Klein qui sera sans doute le seul à prendre la défense de Drode (et qui d'ailleurs le republiera dans sa collection "Ailleurs et demain").

TRIBUNE LIBRE 

À PROPOS DE « SURFACE DE LA PLANÈTE »

Une mise au point de Gérard Klein

Dans un article paru dans le numéro 73 de « Fiction », un certain Intérim s'en prenait au roman de Daniel Drode, « Surface de la planète », et sous couleur de traiter avec bienveillance ce livre, lui décernait quelques compliments d'une singulière ambiguïté.

Il reprochait notamment, dans la mesure où j'ai pu le comprendre, et son style et son pessimisme, à Daniel Drode. Il lui en voulait parce que son ton n'était point celui auquel Murray Leinster, Jimmy Guieu et Richard-Bessière nous ont habitués à force de prouesses littéraires, parce que son style avait fait quelques emprunts à celui de Raymond Queneau sinon à ce qu'il est convenu d'appeler le néo-roman.

Reproches considérables, on en conviendra. Car, comme chacun sait, les thèmes et le style de la science-fiction doivent être étroitement circonscrits. Il convient que tout roman de science-fiction soit écrit dans le style du XVIIIe siècle français et qu'il ne fasse jamais aucun emprunt à aucune mythologie moderne, sous peine de fatiguer intellectuellement un public épris de platitudes autant que d'habitudes.

Mais, toute ironie mise à part, le problème est grave. Il s'agit de savoir si la science-fiction est une littérature régionaliste comme la littérature provençale ou comme la poésie bretonne (contre lesquelles je n'ai rien), dotée d'un vocabulaire propre et d'un registre de thèmes limités. Il s'agit de savoir si les écrivains de science-fiction ont le droit de tenter certaines expériences, ou s'ils doivent se cantonner dans les voies certes éprouvées mais à coup sur peu glorieuses du roman populaire, ou de l'intrigue sentimentalo-technicienne.

Nous sommes quelques-uns à penser, Pierre Versins et Jacques Van Herp entre autres, que Daniel Drode a pris certains risques, mieux, qu'il a été le premier à les prendre en France. Comme le fait remarquer Stephen Spriel, Daniel Drode est le premier qui ait tenté de faire coïncider des idées et un style d'avant-garde.

Nul parmi les critiques ne considère que sa réussite a été totale. Mais certains, dont je suis, estiment qu'il y a un réel courage dans le fait de sortir des domaines soigneusement défrichés par les autres, et considèrent que ce courage comme l'intelligence dont a fait preuve Daniel Drode méritent, mieux que l'indulgence, une certaine admiration.

Nous vous proposons en bonus "Surface de la planète" au format epub, dans son édition de 1976 revue et corrigée par l'auteur, afin de vous en faire un avis personnel (le sempiternel clic droit sur la couverture située un peu plus haut). Pour notre part, le travail de Drode sur le langage a pu nous paraître un peu dépassé, après les "Orange mécanique" de Burgess ou les récits de J. G. Ballard, mais tous lui sont postérieurs. Pour ce qui est de la vision d'anticipation de ce monde souterrain coupé de la surface, nous vous renvoyons à un texte beaucoup plus ancien, plus court mais tout aussi extralucide : "La machine s'arrête" de E. M. Forster. 



Vous connaissez sans doute "L'ENCYCLOPEDIE DE L'UTOPIE, DES VOYAGES EXTRAORDINAIRES ET DE LA SCIENCE-FICTION", ouvrage monumental du passionné Pierre Versins. Son club de lecteurs, Futopia, en était le premier laboratoire. En témoigne cette note, émouvante à plus d'un titre :

Les activités du Club Futopia. 

Sous le titre de : « Les marges (fictions conjecturales d'expression française) » le Club Futopia commence la publication d'une Bio-bibliographie de la littérature fantastique française (comprenant toutes les formes du fantastique, y compris la science fiction et les œuvres préhistoriques). 

Cette bibliographie comportera mention détaillée de toutes les éditions de chaque œuvre (ceci s'appliquant aussi à chaque nouvelle parue en volume), les pseudonymes, des articles sur les collections et périodiques où a paru un pourcentage important d'œuvres intéressant le domaine envisagé, et sera suivie d'un Index par titres. 

Elle paraîtra sous forme de cahiers ronéotypés au format 29,5 X 21, chaque cahier étant affecté à une lettre de l'alphabet. La lettre A sortira en janvier 1960. Au fur et à mesure de la publication des lettres suivantes, paraîtront des Suppléments qui tiendront le lecteur au courant des dernières éditions, et comporteront les addenda et corrections inévitables. 

L'ensemble, étalé sur plusieurs années, formera un volume dont l'épaisseur est imprévisible, mais dont le prix, pour les membres du Club, ne dépassera pas : F suisses 25. – (F français 3 000 F.), chaque fascicule revenant à F suisse 1, – (F français 120.) Ce prix est doublé pour les non-membres. 

Les paiements s'effectueront à réception de chaque fascicule. On peut déjà s'inscrire sans aucuns frais, uniquement par carte postale adressée à Pierre Versins, Primerose 38, Lausanne (Suisse).

Oui, vous l'aurez compris, en cette fin d'année 1959, Versins prépare déjà son encyclopédie qui paraîtra en... 1972 !

24 juillet, 2024

Fiction n°072 – Novembre 1959

Parité respectée pour ce numéro qui accueille autant d'autrices que d'auteurs, bien que Nathalie Henneberg signasse toujours sous le nom de son défunt mari (pour le moment...). Un très bonne qualité d'ensemble, avec des récits très bien élaborés.

 

Clic droit selon un angle impeccable, Captain !

Sommaire du Numéro 72 :


NOUVELLES

 

1 - Charles HENNEBERG, An premier, ère spatiale, pages 3 à 45, roman

2 - Carol EMSHWILLER, Un jour à la plage (Day at the beach, 1959), pages 46 à 54, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *

3 - Howard FAST, Ad vitam aeternam (The cold, cold box, 1959), pages 55 à 65, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

4 - BELEN, Quarante siècles nous contemplent, pages 66 à 68, nouvelle

5 - Damon KNIGHT, Tout avoir... (A for Anything, 1957), pages 69 à 103, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE

6 - Mildred CLINGERMAN, Le Manteau couleur du temps (The day of the green velvet cloak, 1958), pages 104 à 114, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

7 - Raymond E. BANKS, L'Homme sans squelette (Rabbits to the Moon, 1959), pages 115 à 127, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *

 

CHRONIQUES


8 - Jean JACQUES, Espace et Temps, pages 128 à 131, article

9 - Michel EHRWEIN, Un opéra de l'espace, pages 132 à 134, article

10 - Jacques BERGIER & Igor B. MASLOWSKI, Ici, on désintègre !, pages 136 à 139, critique(s)

11 - COLLECTIF, Le Conseil des spécialistes, pages 140 à 141, critique(s)

12 - F. HODA, Amérique, année zéro, pages 143 à 144, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

On bascule dans une enquête au huis-clos du vaisseau en route pour Andromède ; de l'action et des rebondissements pour cette seconde partie plaisante de An premier, ère spatiale, par Nathalie Henneberg.

Avec sa vision de la vie quotidienne post-apocalyptique, Un jour à la plage propose un sujet terrible et presque désespéré. Par Carol Emshwiller.

On retrouve Howard Fast dans Ad vitam aeternam, où un prédateur libéral, affairiste et insatiable, est pris au piège de sa volonté d'être seul au sommet. Sans en dévoiler davantage que ne le fait déjà Fiction dans son texte de présentation, on se surprend à rêver, avec la même naïveté (feinte) que Howard Fast, à un pouvoir centralisé et absolu qui lutterait contre la famine, la misère, la guerre et la mort.

Illustration de Milan Trenc : "A night at the museum" (1993)
 Une nuit au musée, l'album pour enfants de Milan Trenc, n'a pas d'autre postulat que de prêter une âme aux objets inanimés. L'enjeu n'est alors pas de les réanimer pour le prouver (et l'on rejoint ici la nouvelle précédente d'Howard Fast), mais d'être tenté de rejoindre l'inanimé sans y perdre son âme (équivalant dans Quarante siècles nous contemplent, proposé par Belenà la capacité d'aimer).




Damon Knight développe dans Tout avoir... l'idée du réplicateur de matière, et surtout les implications et les transformations sociales qu'entraîne sa diffusion gratuite, pour le meilleur sur un plan théorique, et le pire sur le plan pratique. Glaçant.

Le manteau couleur du temps est une très belle romance d'émancipation d'une femme et de relativité du temps, celui du lecteur comme celui d'une époque, sur un tempo fort bien mené par Mildred Clingerman.

Après le réplicateur, L’homme sans squelette se révèle être une sympathique nouvelle sur le thème du transmetteur de matière, par Raymond E. Banks.

17 juillet, 2024

Fiction n°071 – Octobre 1959

Une grosse majorité de textes restés inédits depuis (dont un de Poul Anderson) accompagnent la première partie d'un roman de Nathalie Henneberg, "An premier ère spatiale", qui paraîtra à l'avenir sous le titre "Le mur de la lumière" en 1974.

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Sommaire du Numéro 71 :


NOUVELLES
 


1 - Charles HENNEBERG, An premier, ère spatiale, pages 3 à 58, roman

2 - Lester DEL REY, La Déesse vierge (Seat of Judgment, 1957), pages 59 à 77, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *

3 - Marcel BATTIN, Le Lépreux, pages 78 à 80, nouvelle

4 - Poul ANDERSON, Triste victoire (Cold Victory, 1957), pages 81 à 96, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE *

5 - Julia VERLANGER, La Fille interdite, pages 97 à 98, nouvelle *

6 - Mildred CLINGERMAN, Un jour où soufflait comme un vent d'adieu (A day for waving, 1957), pages 99 à 109, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

7 - Michael FESSIER, Le Crack aux yeux bleus (The blue-eyed horse, 1958), pages 110 à 123, nouvelle, trad. Roger DURAND *

8 - Mark VAN DOREN, Le Nez à la fenêtre (A great deal of weather, 1957), pages 124 à 128, nouvelle, trad. Roger DURAND *

CHRONIQUES


9 - Jacques BERGIER & Alain DORÉMIEUX & Gérard KLEIN, Ici, on désintègre !, pages 131 à 137, critique(s)

10 - F. HODA, Deux navets et un nouveau Frankenstein, pages 138 à 140, article

11 - COLLECTIF, Tribune libre, pages 141 à 144, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

 

" Pendant des nuits, je fis de la musique que j'essayai de vendre et un bouquin de souvenirs sur la Ceinture Astrale. J'adoptai l'onde particulière d'Andromède et l'enregistrai, telle qu'elle était, avec l'angoisse pesant sur son globe, son isolement, la lutte des hommes perdus dans le néant, leurs désirs démesurés et leurs défaillances. C'était dur et cru, c'était un lambeau de chair, vivant, arraché à l'humanité. Le manuscrit fut, naturellement, refusé par une centaine d'éditeurs. « On n'a jamais écrit ça ! » – « De telles choses ne sont pas possibles – c'est trop réaliste, trop affreux ! » – « C'est trop romancé ! » Je demandai les comptes rendus des comités de lecture et fis une collection d'inepties ahurissantes.

Chez le cinquantième éditeur, un lecteur blanchi sous le harnais et qui avait composé jadis un « Manuel de savoir-vivre sur les planètes » me proposa carrément d'apporter quelques retouches à mon manuscrit. « Nous signerions ensemble. Moi le premier, bien sûr, j'ai un nom – vous en retrait, mais vous signeriez aussi…»

J'avais quinze ans, je refusai. Je m'en suis repentie plus d'une fois. D'autres propositions furent plus directes…

Et partout la même antienne : « Vous dites que vous avez écrit cela ? Toute seule ? C'est impossible – voyons…»

Je participai à un concours qui garantissait l'anonymat des candidats, pour un drame stellaire. Le prix était d'un million de crédits… Un beau matin, je faillis m'évanouir de joie en achetant un journal : mon manuscrit était primé, son style évoquant celui d'une sommité mondiale avait induit en erreur le jury. Mais le même soir, les jurés avaient appris leur bévue et ils se ravisaient : je ne reçus rien du tout. Un secrétaire caustique, qui fut chargé de m'éconduire, m'expliqua très bien la chose. « Vous comprenez, dit-il, si vous commencez à fabriquer du Shakespeare ou du Faulkner, vous êtes un danger public. Nous ne pouvons pas nous permettre des chefs-d'œuvre par fournée. D'ailleurs, vous êtes trop jeune, la réussite parfaite est le propre des vieux ou des morts. » "

Nathalie Henneberg in "An premier, ère spatiale" - CHAPITRE IV « CES TERRIENS SI BONS…»

Nathalie Henneberg, dans cet extrait, s'inspire d'un élément autobiographique. Il ne s'agit pas de la publication, sous le pseudonyme de son mari Charles, du roman primé "La naissance des dieux", mais d'une tentative autobiographique passée, relatant sa fuite de Russie alors qu'elle n'était encore qu'une jeune enfant.

An premier, ère spatiale, dont nous découvrons ici la première partie sur trois, et dans la droite ligne des "pêcheurs de lune" publié dans le Fiction spécial n°1, est considéré comme le chef d'œuvre de Nathalie Henneberg, nonobstant qu'elle signe encore sous le pseudonyme de son défunt mari subitement disparu en cette année 1959. Le style est en effet moins ampoulé tout en conservant son souffle épique. Quant à l'histoire proprement dite, elle parait calquée sur les nombreux exils et le mariage rapide de Nathalie Henneberg elle-même, très singulière autrice ayant fait de la langue française son terrain de jeu. 


Il faut demeurer attentif dans sa lecture pour suivre La déesse vierge, et les méandres d'une histoire très bien ficelée, aux références transparentes en surface, mais en surface seulement. Car Lester Del Rey a su aussi semer des allusions qui méritent une lecture plus fouillée. 


Dans Le lépreux, on a l'impression que Marcel Battin veut signifier quelque chose de singulier, sans bien comprendre quoi, peut-être par excès de concision ou de simplicité.


Poul Anderson joue les professeurs d'Histoire avec Triste victoirenouvelle bavarde et docte, mais qui manque un peu de passion. 


La fille interdite, par Julia Verlanger est comme pour celle de Battin une histoire concise et simple, mais un peu plus univoque aussi.


Un jour ou soufflait comme un vent d’adieu bénéficie d'une ambiance particulière, entre les rêveries de l'enfance et les solitudes figées des cimetières, et du savoir-faire de Mildred Clingerman.


Le crack aux yeux bleus, de Michael Fessier, orthographié dans la revue "Fesser", est une sympathique nouvelle baignant dans l'absurde d'une métamorphose (ici en cheval de course).


Sorcellerie et enfance, comme pour sa précédente nouvelle, Mark Van Doren nous emmène Le nez à la fenêtre dans des régions faites de décalages et de mystères. On aurait aimé en découvrir davantage de cet auteur, qui ne publiera que ces deux nouvelles dans la revue.

10 juillet, 2024

Fiction n°070 – Septembre 1959

Beaucoup d'histoires de couples dans ce numéro, vieux couples ou couples en formation, ou promis à un destin tragique, des Alices et des phénomènes inexpliqués… avec une magnifique couverture de Jean-Claude Forest pour agrémenter le tout.

Clic droit à l'aveuglette pour Alice !

Sommaire du Numéro 70 :


NOUVELLES

 

1 - Ilka LEGRAND, Le Rire dans la maison, pages 3 à 20, nouvelle *

2 - Frederik POHL, Voir une autre montagne (To See Another Mountain, 1959), pages 21 à 39, nouvelle, trad. Roger DURAND

3 - Isaac ASIMOV, Alice au pays des hormones (The Up-to-Date Sorcerer, 1958), pages 40 à 53, nouvelle, trad. René LATHIÈRE

4 - Paul JANVIER, Les Invisibles (And then she found him…, 1957), pages 54 à 70, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

5 - Jean-Jacques OLIVIER, L'Œil de Bouddha, pages 67 à 111, nouvelle *

6 - Charles FINNEY, Le Vieil homme et le désert (The Iowan's Curse, 1958), pages 71 à 85, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

7 - Howard FAST, Le Nœud (Of Time and Cats, 1959), pages 86 à 96, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM

8 - James BLISH, Cette Terre dont les heures sont comptées (This Earth of Hours, 1959), pages 112 à 130, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH 

CHRONIQUES


9 - Gérard KLEIN, James Blish, l'intellectuel de la S.F., pages 131 à 139, article *

10 - Jacques BERGIER, La Science à l'assaut des univers parallèles, pages 141 à 142, article

11 - Albert VAN HAGELAND, Un auteur flamand de S.F., pages 143 à 143, article

12 - Jacques BERGIER, Aux frontières du possible, pages 144 à 144, chronique


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

Une nouvelle histoire d'emprise par Ilka LegrandLe rire dans la maisondont la victime n'a de goût que pour le superficiel. Une critique un peu légère sur les caractères centrés sur eux-mêmes, "selfish" comme on dit en anglais, rattrapés finalement par les désirs plus profonds d'autrui. 

Voir une autre montagne est une étonnante nouvelle de Frederik Pohl, d'un ton nouveau pour cet auteur accoutumé au sarcasme et à la critique sociale. On y voit poindre, dans cette histoire de cerveau rendu fou par son intelligence, les prémices du formidable romancier qu'il sera par la suite.

Dans Alice au pays des des hormones, une fois exposée la possibilité d'induire chimiquement un comportement amoureux - et la drogue dite "des violeurs" n'a pas un procédé différent… - on peut s'ennuyer un peu avec les intrigues comiques d'Isaac Asimov, plus doué en matière de spéculation scientifique qu'en humoriste.

Une nouvelle signée Algis Budrys sous le pseudonyme de Paul Janvier, Les invisibles est malheureusement éventée par le résumé qu'en fait Fiction, quant à son sujet. Enfonçons le clou (attention : divulgachage) : les mutants sont parmi nous, forment une communauté, et ont la particularité d'être aussi discrets pour leur entourage que des caméléons. Mais quand une autre sorte de particularité est débusquée, comment réagit cette communauté secrète ? Roland C. Wagner reprendra cette idée d'un détective privé mutant et quasi invisible dans sa série de SF des "Futurs mystères de Paris." 

On retrouve cette ambiance de voisinage hypocrite et d'Amérique un brin attardée, mâtinée de superstitions malsaines, dans Le vieil homme et le désert, par Charles G. Finney. Ici, c'est le désert de la Sonora et la frontière mexicaine qui lui sert de décor.

Le nœud est une bonne petite histoire de paradoxe temporel, par le grand littérateur qu'est Howard Fast. Fort appréciable.

Un combat de sorciers en quête d'un bijou fabuleux. Dans L’œil de Bouddhapar Jean-Jacques Olivieron se croirait dans un film tant les images y sont précises et simples… Il y aurait de quoi en faire un petit roman d'aventures, complètement gratuit mais inepte, toutefois, sans autre intérêt que de faire s'évader un peu l'imaginaire du lecteur.

Avec Cette Terre dont les heures sont comptées, James Blish avance l'hypothèse que l'organisation des espèces obéit à des règles différentes selon qu'elles se développent au cœur ou en périphérie d'une galaxie. Mais aussi, en allant plus loin dans son propos, on constate que l'humanité en croyant développer sa foi en l'individu, n'échappe pas à l'effet d'organisation en ruche. Intéressant, bien qu'uniquement spéculatif.

Côté rubriques, on remarquera avec la Chronique scientifique une très intéressante note sur la possibilité scientifique des univers parallèles. 

La chronique littéraire met en lumière l'œuvre de James Blish. Dès l'introduction, son auteur, Gérard Klein, digère sa récente déception envers Bradbury :

JAMES BLISH, L’INTELLECTUEL DE LA S. F. - par GÉRARD KLEIN

" La science-fiction est, on l’a dit et redit, une littérature collective. Les uns et les autres apportent et empruntent à cette mer d’idées. Et comme les idées précisément importent plus que leur traitement, il se crée rapidement une sorte de communauté de langage, ou plutôt une absence de style. On admire certes les trouvailles ingénieuses de nombreux auteurs, mais mises à part quelques rares exceptions, il est impossible ou presque, en matière de science-fiction, de reconnaître un écrivain au vu d’un texte. Pour une fois, la forêt masque les arbres.

Le problème est donc de savoir si une personnalité littéraire est compatible avec la vraie science-fiction, lourde d’idées et de thèmes scientifiques, brassant les mondes et les réalisations des hommes ou de leurs rivaux en un chaos qui n’est pas sans grandeur. Les écrivains que l’on oppose traditionnellement aux critiques qui font cette remarque sont loin d’être entièrement satisfaisants sous ce rapport, car ils négligent pour la plupart l’inspiration de la science, au profit de leur personnalité propre. C’est le cas de Bradbury et même de Sturgeon, par exemple. Ils se rapprochent de la littérature à mesure précisément qu’ils semblent s’éloigner de la science. Clarke n’a pu se décider tout à fait pour l’une ou pour l’autre. De là son manque de vigueur qui n’empêche pas ses réelles qualités de se manifester.

Au total, les histoires les mieux traitées sont aussi, en général, celles dont la pauvreté thématique est la plus grande. Tout se passe comme si la richesse du contenant variait en fonction inverse de celle du contenu. Qui n’a été écœuré de trouver gâchée en quelques pages une fort belle idée ? Inversement, les histoires de Bradbury par exemple, dont le talent est incontestable, témoignent en général, dans une perspective de thématique science-fictionniste, d’une grave carence imaginative.

Cela vient sans doute de ce qu’une belle idée, une idée solide, ne se laisse pas manier aussi facilement qu’un sujet rebattu, à peine transcrit en un autre langage. Une idée forme un ensemble cohérent qui ne se laisse pas facilement imposer des effets. Il est plus facile de bâtir une intrigue à partir d’un certain nombre d’effets que l’on souhaite obtenir, que de dégager les prolongements les plus spectaculaires de deux lignes extraites d’un journal scientifique.

La cause, cependant, ne paraît pas perdue. Mais elle exige une manière de culture en matière de science-fiction, c’est-à-dire une façon de penser, empruntée à d’autres, aux prédécesseurs, et qui soit devenue comme une seconde nature."

Plus loin, on notera que Klein pressent déjà ce que sera la SF des années 60.

" (…) il se peut tout simplement que nous soyons en train de passer d’une littérature à fleur de peau, à fleur de nerfs, qui a sombré déjà dans la recette ou dans la facilité, à une littérature plus fine, plus construite, plus pensée et repensée, non pas forcément logique, mais consciente, et dont le piment essentiel tienne aux idées.

Des œuvres comme celles de Blish sont peut-être les signes avant-coureurs d’une révolution déjà faite, mais dont tout le monde, même de l’autre côté de l’océan, même dans le domaine limité de la science-fiction, est en train de prendre brusquement conscience."

03 juillet, 2024

Fiction n°069 – Août 1959

Le célèbre "Des fleurs pour Algernon" dans sa première et plus courte version, et de bons et méconnus auteurs français qui tiennent la dragée haute à l'irremplaçable Cyril Kornbluth ou Damon Knight, voilà de quoi se réjouir !

On clique droit avec les doigts
pour que ça reste de la SF (ou du passé)…

Sommaire du Numéro 69 :


NOUVELLES

 

1 - Daniel KEYES, Des fleurs pour Algernon (Flowers for Algernon, 1959), pages 3 à 28, nouvelle, trad. Roger DURAND

2 - Cyril M. KORNBLUTH, Fin de non-concevoir (The Education of Tigress Macardle, 1957), pages 29 à 39, nouvelle, trad. René LATHIÈRE

3 - Jean-Claude PASSEGAND, Envoie tes cavaliers..., pages 40 à 49, nouvelle *

4 - Theodore R. COGSWELL, La Pouponnière (The Cabbage Patch, 1957), pages 50 à 53, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

5 - Gali NOSEK, Les Comédiens, pages 54 à 62, nouvelle *

6 - August DERLETH, Le Petit garçon perdu (The Dark Boy, 1957), pages 63 à 76, nouvelle, trad. René LATHIÈRE

7 - Damon KNIGHT, La Nuit des mensonges (The Night of Lies, 1958), pages 77 à 80, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE

8 - Mark VAN DOREN, La Sorcière aux marrons (The witch of Ramoth, 1958), pages 81 à 86, nouvelle, trad. Roger DURAND *

9 - Murray LEINSTER, Mission anthropologique (Anthropological Note, 1957), pages 87 à 107, nouvelle, trad. Roger DURAND *

10 - Bruno VINCENT, Mon oncle, pages 108 à 120, nouvelle 

CHRONIQUES


11 - Pierre GUÉRIN, Quelques réflexions sur la vie dans l'univers, pages 121 à 123, article

12 - Alla ARFEL, Comment peut-on être martien ?, pages 124 à 129, article

13 - Jacques BERGIER & Gérard KLEIN & Igor B. MASLOWSKI, Ici, on désintègre !, pages 130 à 133, critique(s)

14 - F. HODA, De Jules Verna à l'homme H, pages 134 à 135, article

15 - Jacques BERGIER & Alain DORÉMIEUX, Aux frontières du possible, pages 136 à 138, chronique

16 - COLLECTIF, Tribune libre, pages 139 à 142, article

17 - (non mentionné), Notre référendum, pages 143 à 144, chronique


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.



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pour obtenir l'epub !

Même un faible d’esprit aspire à être semblable aux autres.

Un enfant peut ne pas savoir comment se nourrir, ni ce qu’il lui faut manger, et cependant il connaît la faim.

Un challenge pour le traducteur (Roger Durand infatigable) et une nouvelle très touchante, Des fleurs pour Algernon aura sa consécration lorsque Daniel Keyes la développera pour en faire un court roman, qui saura attirer à la SF un bon nombre de lecteurs de littérature aussi blanche qu'une souris. (Nous vous en proposons une version au format epub en cliquant sur la couverture ci-contre). 



Spectre de la surpopulation contre réarmement démographique. Cyril M. Kornbluth articule ce dilemne avec beaucoup d'humour dans Fin de non-concevoir

 

Jean-Claude Passegand a certainement lu dans les pages de Fiction les nouvelles de Zenna Henderson sur la diaspora d'un peuple extraterrestre et télépathe perdu sur la Terre. Envoie tes cavaliers… est une nouvelle élégante et d'un style fin et sans fioritures. 


Theodore R. Cogswell anthropomorphise le cycle de reproduction de certains insectes. L'effet d'étrangeté fonctionne bien dans La pouponnière, même s'il demeure un peu gratuit.


Un monde fait d'illusions et Les comédiens pour enchanteurs… Il semble même que Gali Nosek n'ait jamais entendu parler d'androïdes…


On est bien loin du Mythe de Cthulhu dans Le petit garçon perdu, histoire de fantômes un peu prévisible composée par August Derleth (l'exécuteur testamentaire autoproclamé de l'œuvre de Lovecraft). Une bonne ambiance toutefois de campagne perdue au bout du monde, et surtout de solitude. 


La nuit des mensonges ressemblerait à un court épisode de Twillight Zone, scénarisé par Damon Knight… malheureusement éventée par la sinistre couverture de P. J. Izabelle, aussi traducteur. 


Tour de passe-passe de sorcière inattendu, et un effroi d'enfants à la clé, dans La sorcière aux marrons par Mark Van Doren.


Pour la première fois, nous accueillons dans les pages de « Fiction » le père de la science-fiction moderne. On peut dire en effet que William Fitzgerald Jenkins, connu sous le pseudonyme de Murray Leinster, créa la science-fiction moderne en 1917, date à laquelle il écrivit deux nouvelles intitulées « Ténèbres sur la 5e Avenue » et « L’homme qui éteignit le soleil ». Ces nouvelles attirèrent l’attention de Bob Davis, qui dirigeait à l’époque l’hebdomadaire « Argosy ». Il voulut obtenir d’autres œuvres de ce genre, et les publia, avant même que le terme de science-fiction existât, sous la dénomination « Récits différents ». Depuis, Leinster a fait une inépuisable carrière et aujourd’hui, quarante-deux ans après, il reste parmi les plus célèbres auteurs de S.F. aux États-Unis. Il faut bien dire que son œuvre abondante est inégale et porte souvent la marque de l’âge. Néanmoins, à côté de space-operas archaïques et assez infantiles, la fécondité de Leinster a su aussi lui inspirer d’excellents romans. Son dernier en date, « The strange invasion », non traduit en français, est un des rares ouvrages soutenant la comparaison avec « La guerre des mondes », de Wells. En France, Leinster n’est connu que par des romans plutôt faibles : « Assassinat des États-Unis » (signé Will Jenkins) et « Le dernier astronef » au Rayon Fantastique, « La galaxie noire » au Club Satellite, « Les voleurs de cerveaux » et plusieurs autres au Fleuve Noir. 

Moderne en son temps comme pu l'être l'anthropologie, Mission anthropologique, par Murray Leinster, n'évite pas l'écueil de l'anthropomorphisme et des parallèles avec les peuplades colonisées de la Terre. Un peu longuet pour un développement sans surprise. 


Par contre, Mon oncle est une très bonne nouvelle, eut égard à ses péripéties nombreuses et jamais lassante. Bruno Vincent aurait fort bien pu devenir un pilier de la littérature de genre en France. Les anthologistes ne s'y tromperont pas en le rééditant (avec de magnifiques illustrations de Serge Bihannic pour Folio Junior SF). Deux autres de ses nouvelles paraitront en 1960 et 1961, mais ça sera hélas tout.

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