22 juillet, 2026

Galaxie (2eme série) n°025 – Mai 1966

Immortalité, glissades dans le temps, résurrections et affranchissements plus ou moins accomplis envers la machine, voilà la substance qui circule dans les veines de ce numéro du printemps 1966, dont une bonne partie des nouvelles resteront des publications exclusives

Un glaçon ou deux dans votre scotch, Captain ?

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Sommaire du Numéro 25 :


1 - Robert F. YOUNG, Mars dans un verre de vin (A Glass of Mars, 1965), pages 4 à 34, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE, illustré par Gray MORROW *

2 - Fritz LEIBER, La Grande machine (The Big Engine, 1962), pages 35 à 39, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *

3 - Theodore L. THOMAS, Le Solitaire (The Lonely Man, 1963), pages 40 à 59, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par JACKSON *

4 - C. C. MacAPP, Bienvenue sur Ganymède (A Guest of Ganymede, 1963), pages 60 à 85, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE, illustré par John GIUNTA *

5 - Cordwainer SMITH, Le Jour de la pluie humaine (When the People Fell, 1959), pages 86 à 97, nouvelle, trad. Michel DEMUTH

6 - Frederik POHL & Jack WILLIAMSON, L'Enfant des étoiles (3) (Starchild, 1965), pages 98 à 147, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Gray MORROW

7 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 148 à 149, bibliographie

8 - (non mentionné) , Résultats du référendum sur le n° 23, pages 155 à 155, notes (page manquante dans l'epub proposé ici).

9 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 157 à 160, courrier (pages manquantes dans l'epub proposé ici).


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.



Mars dans un verre de vin nous propose une histoire de glissoire temporelle sur Mars, qui rappellera par son ton les sujets classiques du genre de ceux des épisodes de Twillight Zone. Mais ce qui aurait été simplement charmant est transcendé par la finesse de Robert F. Young, qui nous prévient au passage de nous méfier de l'idéalisme qui se superpose à l'attrait pour l'exotisme d'une situation, d'une autre époque, ou d'une civilisation martienne disparue.

Premier bonus numéro 1 !

Dans La grande machine, Fritz Leiber partage le sentiment d'absurde et de vacuité qui habite le narrateur de ce petit récit ; déploiement d'un point de vue : celui de percevoir le monde et les êtres qui le meuvent comme des mécaniques sans aucun libre-arbitre. On aurait peut-être aimé y trouver quelques contre-exemples et ne pas trouver ce discours aussi désespérant.
Il est à noter que cette nouvelle n'est pas à confondre avec le roman éponyme de Leiber paru chez Casterman en 1978 : "La grande machine" (dont le titre original est "You're all alone", et date de 1950). Nous vous proposons ce roman en Bonus ci-contre, au format epub comme à l'accoutumée, dont vous pouvez vous procurer une copie en cliquant sur la couverture.


Après l'horreur de voir le Monde comme une mécanique sans pensée, les vertus de la pensée mécanistes ! Le solitaire est un chercheur, expert en chimie, qui a découvert un procédé pour rallonger considérablement la vie humaine. Mais ce procédé ne peut se faire que sur une planète colonisée dont l'atmosphère est riche en ozone. On retrouve l'idée déjà développée dans Les Seigneurs de l'Instrumentalité, et qui sera également à la base du célèbre cycle de Dune, d'une planète produisant une substance sur laquelle repose tout l'équilibre du pouvoir. Mais ici, Theodore Thomas va plus loin : qu'advient-il de cette colonie, et de la population engagée presque exclusivement à la production de la substance devenue essentielle, quand son procédé de fabrication devient synthétisable sur Terre… ? Le solitaire en question, ce brillant chimiste mélancolique, un peu à côté de la plaque tant son esprit est monopolisé par ses recherches, cet homme devenu un temps la clé de voûte de toute une civilisation galactique, pour ensuite perdre son exclusif prestige, ne risque-t-il pas de se désaffecter totalement ? Bien documentée, la nouvelle demeure toutefois légère et optimiste, surtout du fait de l'entourage vaillant, volontaire et sympathique de ce pauvre chercheur un peu lunaire.


Il est encore question de la quête d'un moyen de devenir immortel dans Bienvenue sur Ganymède. Il s'agit ici d'un virus, inoculé par des Ganymédiens à des fins thérapeutiques (cela soigne à peu près tout) et moyennant finances. Mais le malade ainsi soigné en est "nettoyé" une fois guéri, avant son retour. C'est pour déjouer ces précautions que l'aventurier Murdoch a échafaudé un plan pour voler un échantillon du virus et devenir ainsi le détenteur dans son sang d'une immortalité tant convoitée. Une bonne nouvelle de C. C. MacApp, avec un certain souci du détail qui rappelle les histoires d'arnaques parfaites, où l'on pressent comme toujours que tout ne se passera pas comme prévu.


Un nouveau chapitre du cycle de l'Instrumentalité (on notera d'ailleurs l'adoption définitive du terme dans cette traduction de Demuth), où il est question de la colonisation éclair de Vénus par le Gouvernement chinois, en misant sur l'écrasante supériorité en nombre du "matériel humain" - et l'astuce utilisée par Corwainer Smith d'user de la longévité du narrateur lie subtilement Le jour de la pluie humaine au reste du cycle de cette fascinante histoire de l'avenir de l'espèce humaine.


Bonus Second one !

Boysie Gann le falot reprend un peu de poil de la bête et tente de retrouver son libre-arbitre… Tente seulement. Car les éléments jugés "fantastiques" du début du roman, s'ils trouvent presque tous une justification, n'ont pas vraiment d'explications, et la liberté dont on aimerait les voir jouir, notre héros et toute l'espèce humaine, devient un affranchissement douteux et un ballottement d'une influence à l'autre. Inutile de préciser que les auteurs promettent un festival de supers pouvoirs à la van Vogt… pour un troisième volume - ce troisième opus, L'étoile sauvage, ne sera toutefois jamais repris dans Galaxie.
Comme c'est l'été et que vous êtes sensés avoir plus de temps pour lire, nous vous le proposons en second bonus ! Petits veinards !



Hé bé, vous n'avez pas perdu votre quart d'heure de visite chez nous, dirait-on !
Une petite annonce à présent de la part de notre correcteur venu du Centaure :
Si quelqu'un parmi vous possédait ce n° 25 en papier, et avait en retour la possibilité de nous photographier les pages 148 à 160 de ce numéro, nous ne manquerons pas de vous en remercier chaleureusement et d'augmenter à notre tour cet epub des résultats du referendum sur le n°23, et du Courrier des lecteurs. Faites-vous connaître via les commentaires si c'est le cas !

Pour terminer : grosse affluence chez nous ce mois-ci ; nous venons de dépasser les 140 000 vues ! Merci de votre intérêt (chaleureuses salutations à nos lecteurs vietnamiens et brésiliens) !

15 juillet, 2026

Galaxie (2eme série) n°024 – Avril 1966

Beaucoup de sociologie dans ce numéro, où l'on peut observer des hypothèses de sociétés futures dressées par des auteurs compétents : Brian Aldiss, James Blish, John Brunner (avec des publications françaises exclusives pour ces deux derniers auteurs) ; on poursuit également le feuilleton de Pohl et Williamson, et l'on pourra regretter la sortie de Alfred Coppel, mais saluer l'entrée de C. C. MacApp que l'on retrouvera régulièrement dans les numéros de Galaxie de cette époque charnière qu'est 1966-1974.

Bon c'hiench" bzittcrouic !

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Sommaire du Numéro 24 :


1 - Brian ALDISS, L'Autre jungle (Jungle substitute, 1964), pages 4 à 30, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Jack GAUGHAN

2 - John BRUNNER, Capital jeunesse (Wasted on the Young, 1965), pages 31 à 43, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

3 - C. C. MacAPP, Un cimetière sur toute la Terre (And all the Earth a grave..., 1963), pages 44 à 51, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Jack GAUGHAN

4 - James BLISH, Génies en vrac (The Genius Heap, 1956), pages 52 à 69, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Jack GAUGHAN *

5 - Jack SHARKEY, Échec à la colonie (The Colony That Failed, 1964), pages 70 à 84, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Jack GAUGHAN *

6 - Robert BLOCH, In vino veritas (Sabbatical, 1959), pages 85 à 94, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Virgil FINLAY

7 - Alfred COPPEL, Les Collines de son enfance (The Hills of Home, 1956), pages 95 à 104, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE *

8 - Frederik POHL & Jack WILLIAMSON, L'Enfant des étoiles (2) (Starchild, 1965), pages 105 à 141, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Gray MORROW

9 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 142 à 143, bibliographie

10 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 149 à 153, courrier

11 - (non mentionné) , Résultats du référendum sur le n° 22, pages 157 à 157, notes 


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.



(...) — « Les gens qui sont restés dans cette Cité sont incapables de pensée rationnelle. L’homme de raison l’a quittée depuis six siècles ! Il s’en est évadé quand il s’est aperçu qu’une machine pouvait penser à sa place. Il avait commis une grosse erreur, l’erreur de croire que ses machines étaient efficaces, de croire qu’il pouvait leur accorder plus de confiance qu’à lui-même. »
— « Et il ne le fallait pas ? »
— « Jamais, Robin ! La machine la plus complexe elle-même, le computeur, n’est rien de plus qu’une sorte d’outil spécialisé. Quand les hommes se sont modelés pour s’adapter à un monde placé sous le signe des computeurs, ils sont devenus de parfaits idiots, ils ont sombré dans cette espèce de barbarie urbaine, cet horrible mélange d’automation et de crânes ancestraux ! »

Comme dirait l'autre : "on ne pourra pas dire qu'on ne vous aura pas prévenus". Après Le monde vertBrian Aldiss nous propose L'autre jungle, et y inverse les perspectives généralement induites de cités mécanisées sous la "Surface de la planète", comme disait Daniel Drode. La Cité future de Aldiss, si elle est là encore dominée par des machines qui asservissent les hommes, est une jungle verticale d'acier et de béton qui se projettent dans la verticalité. Mais si les humains sont ignorants et superstitieux dans cet environnement régressé, sujet aux pannes et aux carences d'entretien, il existe d'autres cités ou le rapport de pouvoir humains-robots semble plus équilibré. C'est sur ce point que la nouvelle montre une faiblesse, un manque de développement qui laisse à imaginer qu'il y aura une suite. Bref : la cible est un peu manquée.

Société future d'opulence et de loisirs… on en rêverait presque si John Brunner, avec un ton très personnel, ne nous rappelait pas que "si jeunesses savait et si vieillesse pouvait…", la société jouirait d'une plus grande intelligence pratique. Ici, c'est le Capital jeunesse qui demeure la richesse la plus précieuse. Mais jeunesse ne sait pas et se révèle toujours dispendieuse et indolente, et hypothèque son avenir et sa vieillesse.


C. C. MacAPP est un nouveau "baroudeur" à faire son entrée dans l'écurie de Galaxie, et sera d'ailleurs quasiment exclusivement publié en France dans cette revue (sur ses sept romans, un seul est à ajouter à la liste de ses publications francophones : Les mondes du mur, en Galaxie Bis - n°60, décembre 1978). Il va proposer un ensemble de près d'une dizaine de nouvelles que l'on pourrait intituler : "Le cycle de Gree". Au détour de la réédition, dans l'anthologie Histoires de sociétés futures, de la nouvelle ici présentée, Un cimetière sur toute la Terre, nous pouvons lire : 

MACAPP (C. C.). – Pseudonyme de Carroll M. Capp (1917-1971), qui écrivit de la science-fiction au cours des douze dernières années de sa vie. Les plus notables de ses récits se fondaient sur des variantes ingénieusement développées du thème de l’invasion de la Terre.

Ajoutons à cela que Carroll Mathers Capps (source Wikipedia) fut longtemps champion d'échec à San Francisco.

Pour ce numéro, en suivant un soupçon de logique, MacCapp imagine que la mode soit aux cercueils, en s'appliquant à y mourir. Un cimetière sur toute la Terre parodie avec bonheur les récits de Fin du monde, et dirige une plaisante attaque en règle contre la société de consommation (en réalité société de production comme le rappellera Jacques Goimard dans l'anthologie Histoires de sociétés futures déjà citée).

Encore une belle proposition sociétale : une retraite organisée pour la crème des artistes et des intellectuels… mais lorsque cette retraite est installée sur un satellite de Jupiter et que ses bénéficiaires y sont momentanément stérilisés, il y a fort à parier que d'autres intentions se cachent derrière ce mécénat apparent. Un peu bavard, Génies en vrac, de James Blish a toutefois l'avantage de questionner en creux la place des artistes dans la société (et d'être une publication exclusive de la revue).


Toujours dans la série des raretés, Echec à la colonie est une nouvelle aventure de Norcriss le xénozoologue qui projette son esprit dans les créatures extraterrestres. Jack Sharkey continue d'explorer les potentiels cas extrêmes ; ici - et sans en dévoiler davantage - on atteint un point culminant. Rapide et concis, l'ensemble se lit avec plaisir, comme toujours chez cet auteur méconnu de notre côté de l'Atlantique.


L'herbe est-elle toujours plus verte ailleurs, et à fortiori si cet ailleurs est une autre époque ? Robert Bloch (qu'on retrouvera régulièrement en cette année 1966) s'en prend un peu aux réflexes réactionnaires qui nous font toujours juger le temps qui passe comme une marche vers la décadence, en comparant dans In vino veritas l'aube des années 60 (à travers un producteur de divertissements télévisés) et la pleine époque des Années Folles d'avant la Crise de 29 (par l'intermédiaire d'un "vieux" voyageur du temps). Et de conclure qu'on n'est finalement jamais aussi bien loti qu'en son propre présent.


Alfred Coppel rend hommage au cycle martien d'Edgar Rice Burroughs dans cette histoire d'un premier astronaute envoyé vers Mars, et qui revit ses émois d'enfant imaginatif et fasciné par les aventures de John Carter. Mais la littérature prépare-t-elle à l'effroi cosmique, bien réel celui-ci ? Les collines de son enfance (la traduction du titre est un peu malheureuse) est la dernière nouvelle que publieront les revues Fiction et Galaxie de cet auteur talentueux et toujours fin dans ses observations psychologiques. Tout juste réédité sporadiquement ensuite dans les volumes de la Grande Anthologie de la science-fiction, Coppel aurait bien mérité son propre recueil.


Un personnage balloté de bout en bout - à l'exception momentanée d'un audacieux combat contre des bêtes cosmiques surpuissantes, mais d'une audace qui frise l'inconscience et qui n'exige aucune ruse qui saurait nous rendre admiratifs… Cette deuxième partie de L'enfant des étoiles renforce l'impression que nous avons à faire avec un anti-héros falot et insipide. Reste à espérer qu'il ne s'agisse pas en vain de cruauté gratuite de la part de Frederik Pohl et Jack Williamson.

08 juillet, 2026

Galaxie (2eme série) n°023 – Mars1966

Galaxie mise toujours autant sur ses piliers, mais les points forts de ce numéro ne sont pas, ou pas encore, les vedettes. On appréciera davantage Philip Dick ou Jack Sharkey que Williamson ou McIntosh, avec tout le respect que nous devons pourtant à ces grands anciens.

Ah, enfin, la voilà cette foutue fusée !

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Sommaire du Numéro 23 :


1 - Frederik POHL Jack WILLIAMSON, L'Enfant des étoiles (1) (Starchild, 1965), pages 4 à 64, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Gray MORROW

2 - Philip K. DICK, Simulacre (Precious Artifact, 1964), pages 65 à 80, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

3 - Lester DEL REY, Le Dernier Terrien (The Last Earthman, 1965), pages 81 à 89, nouvelle, trad. René LATHIÈRE

4 - J. T. McINTOSH, Fric-frac sur Vokis (No Place for Crime, 1959), pages 90 à 123, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Dick FRANCIS *

5 - Jack SHARKEY, Journal de bord (The Dope on Mars, 1960), pages 124 à 140, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Wallace (Wally) WOOD *

6 - Keith LAUMER, Mort aux vermines ! (A bad day for vermin, 1964), pages 141 à 147, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

7 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 148 à 149, bibliographie

8 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 154 à 155, courrier

9 - (non mentionné) , Résultats du référendum sur le n° 21, pages 159 à 159, notes 


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.



Galaxie en annonce la fin au prochain numéro, mais il reste deux parties encore après cette première ouverture de L'enfant des étoiles. Curiosité de l'édition, ce roman fait suite aux Récifs de l'espace que Galaxie publia dans ses numéros 6, 7 et 8, mais sera le premier publié en volume (Le masque science-fiction n°44 - 1976) ; il faudra attendre 1978 pour voir le premier opus publié en volume, et chez un autre éditeur (Press Pocket), ce qui fera dire à Jean-Pierre Andrevon dans le Fiction n°276 : " … en l'absence du premier volet, l'action décrite dans le second (...) restera tout à fait incompréhensible à qui n'aurait pas eu connaissance du premier. "
En effet, non seulement ce deuxième mouvement reprend les éléments du premier (les décors principaux, les antagonismes entre Machine toute puissante et planificatrice et Rebelles vivant leur utopie collectiviste au-delà de son influence dans les récifs de l'espace), mais encore on ne découvre rien de très nouveau ici - le héros, par exemple, est de nouveau un bleu à déniaiser. Cependant, les auteurs ne se sont pas encombrés à rappeler les éléments d'explication du roman précédent (ce qui aurait alourdi la narration, vive et directe). Mais même avec la souvenance du premier opus, on sera tout de même surpris par l'incursion de quelques éléments d'appartenance plutôt fantastique : revenant, prophétie, apparition - disparition… Pas du meilleur cru, ainsi, pour Frederik Pohl et Jack Williamson, mais le scénario reste somme toute bien ficelé comme une petite série Star Wars ou une plaisante aventure solo de jeu de rôles.


Chaque nouvelle parution d'un récit de Philip K. Dick dans les pages de Galaxie peut aussi laisser ce sentiment de déjà-vu, mais force lui en est d'avoir été constant dans ses thématiques, que nous nous réjouissons de voir s'inventer et se préciser d'une histoire à l'autre sur cette période des années 60.

" (...) je suis sur Terra pour des raisons sérieuses. Mon intention est de démontrer que ce sont en réalité les Proxiens qui ont gagné la guerre et que nous, les quelques Terriens survivants, nous sommes les esclaves de Prox et nous travaillons pour…» Il se tut. Il n'y avait rien à faire. "

On retrouve par exemple dans cet extrait l'un des motifs favoris de Dick, celui-ci sera même l'amorce du Maître du Haut-Château. En voici un autre :
" L'écureuil l'entendit. Il dressa les oreilles ce qui évoqua aussitôt dans l'esprit de l'homme un chat avec lequel il s'amusait jadis, un vieux matou somnolent qui leur avait appartenu, à son frère et à lui, à l'époque où Terra n'était pas encore aussi surpeuplée et où l'on avait le droit de posséder de petits compagnons familiers. "

On retrouve ici l'un des éléments principaux de son célèbre Blade Runner / Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques : le danger de perdre notre rapport aux animaux, et aux petits animaux tout particulièrement, qu'ils soient ou non domestiques (et ce n'est pas notre fidèle Ludo le hérisson - qui fêtait lors de la sortie de ce numéro ses trois ans - qui nous contredira sur ce point, n'est-ce pas Ludo ?).

Enfin, pour faire la jonction avec le précédent extrait :

« Et les animaux terriens ? Ont-ils tous disparu ? Le chien et le chat ? »

Mary jeta un coup d'œil aux deux gardes. Sans avoir besoin de parler, ils se comprirent en un éclair. « Après tout, cela vaut peut-être mieux, » fit-elle.

— « Qu'est-ce qui vaut mieux ? »

— « Que vous voyiez. Nous ne pensions pas que vous tiendriez aussi bien le coup. Vous avez le droit de voir. » Elle ajouta : « Oui, Milt, le chien et le chat ont survécu. Ils se sont réfugiés dans les ruines. Venez avec moi. »

Il la suivit, le cerveau en ébullition. Mary ne se trompait-elle pas pour la première fois ? Avait-il vraiment envie de voir ? Pourrait-il supporter le spectacle réel de ce qu'on avait cru bon, jusque-là, de lui épargner ? 

Dick, on le voit, est très alerte pour illustrer les mouvement pendulaires de la paranoïa. Dans cette nouvelle intitulée Simulacre (ce terme sera grandement utilisé par les traducteurs de Dick, qui use ici du mot plus trouble d'artefact (artifact) et ne dévoile pas autant l'aspect mimétique des choses ainsi définies), on explore avec lui toute la complexité de la reconstruction d'une Terre dévastée non pas d'un point de vue technique, mais sur le plan psychologique. La motivation d'aller de l'avant repose sur des espoirs : métissage des cultures l'une à l'autre étrangères, survivance de quelques espèces animales qu'on pourrait conserver dans des réserves, compagnonnage et instinct de protection, et surtout : avoir à faire avec des êtres vivants et non point des robots. Bien entendu, la mélancolie qui accompagne ces espoirs n'est pas absente mais ne s'articule pas sur de la nostalgie - le "retour de la douleur" dans son sens premier - mais sur un espoir plus vaste qu'un nouveau monde vivant surgira de cette reconstruction - dusse-t-il dépendre à sa base d'un mensonge, mais un mensonge structurant. C'est toute la problématique du territoire américain souffrant du génocide amérindien, ou celle du territoire européen restructuré par les promesses d'abondance du Plan Marshall qui sont ici évoquées, peut-être inconsciemment chez Dick, mais qui témoignent tout de même de la sensibilité et de la lucidité rares dont nous fait profiter ce grand auteur.

Le dernier terrien de Lester del Rey est une jolie petite nouvelle qui nous démontre gentiment la préciosité de notre planète mère. Concis et émouvant.



On retrouve J. T. McINTOSH dans Fric-frac sur Vokis, une histoire policière d'arnaque et de vol, sur une planète dont l'opulence attire les escrocs, mais aux méthodes policières réputées infaillibles. Le plan du vol parfait est un peu alambiqué et repose sur une mutation psi (la téléportation), mais l'ensemble n'est finalement que peu SF.


Vient ensuite un Journal de bord tenu par un reporter chargé de couvrir la première expédition sur Mars ; on y découvre les martiens (et on retrouve le goût de Jack Sharkey pour les métabolismes extraterrestres), et l'on rit de la naïveté du ton, des mésaventures de l'équipage et de la grogne permanente qui sévit entre ses membres dont chacun méprise la spécialité de l'autre. 

Dans Mort aux vermines !, une délibération de justice doit faire état du statut de criminel ou non de l'homme qui a assassiné le premier extraterrestre venu visiter la Terre - et que son assassin a considéré comme "une vermine". Keith Laumer joue avec une cascade de dominos qui ébranlent tout le système pénal.



Dans le Courrier des lecteurs, nous retrouvons le fidèle Henri Michaux de Versailles (le poète vivait, lui, à Paris, mais sait-on jamais...). C'est toutefois en réponse à un autre lecteur que nous pouvons lire cette petite note de la rédaction qui nous éclaire sur les rapports entretenus entre Galaxie et Fiction (dont les équipes rédactionnelles sont sensiblement clonées) :

Nous l'avons déjà dit à plusieurs reprises : nos deux revues sont complémentaires. Les chroniques qui donnent un « ton » à Fiction seraient déplacées dans Galaxie. Fiction se veut plus sérieux, Galaxie plus distrayant. Mais l'une et l'autre des revues nous semblent faites pour satisfaire à la fois tout amateur de science-fiction un tant toit peu éclectique.


Nous voilà avoir dépassé ce mois de juin 2026 le cap des 130 000 vues. Nous ne sommes pas peu fiers d'être suivis par de si nombreux visiteurs. A vous toutes et tous : MERCI de votre intérêt.

01 juillet, 2026

Galaxie (2eme série) n°022 – Février 1966

De l'aventure trépidante et des imbroglios diplomatiques entre les mondes, où se questionnent les partenariats et leur degré d'ingérence dans les affaires souvent liées à la vieille Terre, quand ce n'est pas la Terre toute jeune encore quand le temps lui-même était jeune… Un numéro fort agréable à lire, qui mise une fois encore sur les grandes pointures de la SF outre-Atlantique.

Le primitif est la grande quête
de la modernité!

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Sommaire du Numéro 22 :


1 - (non mentionné) , A nos lecteurs, pages 2 à 2, éditorial

2 - Robert F. YOUNG, Aux premiers âges (When Time Was New, 1964), pages 4 à 41, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Gray MORROW

3 - Philip K. DICK, Si Cemoli n'existait pas... (If There Were No Benny Cemoli, 1963), pages 42 à 62, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

4 - Jack SHARKEY, Le Talon d'Achille (The Business, as Usual, 1960), pages 63 à 71, nouvelle, trad. Frank STRASCHITZ *

5 - Keith LAUMER, Le Gouverneur de Glave (The governor of Glave, 1963), pages 72 à 101, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Jack GAUGHAN *

6 - Poul ANDERSON, Interdiction de séjour (My Object All Sublime..., 1961), pages 102 à 112, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

7 - Jack VANCE, Le Papillon de lune (The Moon Moth, 1961), pages 113 à 148, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

8 - (non mentionné), Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 151 à 151, bibliographie

9 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 152 à 154, courrier

10 - (non mentionné) , Résultats du référendum sur le n° 20, pages 159 à 159, notes (page manquante dans l'epub proposé ici).


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.



Aux premiers âges est une charmante histoire avec son lot de péripéties et de rebondissements. Robert F. Young y laisse de côté son goût habituel pour la poésie et la littérature au bénéfice d'une fraîcheur enfantine qui ne manque pas d'intelligence. Et si l'on y regarde de plus près, une deuxième lecture, un peu sardonique et presque subliminale, y est possible, impliquant la chute d'une civilisation martienne durant notre ère jurassique.

Si Cémoli n'existait pas…  de Philip K. Dick porte en elle les germes de son œuvre à venir, et demeure fascinante par sa concision. On pourra aussi y apprécier le ton déjà politiquement incorrect de Dick, notamment dans cet extrait :

" Le Bureau Centaurien de Renouveau Urbain était une entreprise de bienfaisance intersystèmes dont, malheureusement, l'autorité était immense. Il avait été informé de l'Accident de 2170 et s'était rué dans l'espace comme un organisme phototropique sensible à la simple lumière physique engendrée par l'explosion des bombes à hydrogène. Mais LeConte savait à quoi s'en tenir. En fait, les autorités centauriennes connaissaient de nombreux détails de la tragédie parce qu'elles avaient été en contact par radio avec d'autres planètes du système de Sol. Peu de races terrestres indigènes avaient survécu. LeConte lui-même était venu de Mars. Il était arrivé sur Terre sept ans plus tôt à la tête d'une mission de secours et avait décidé de rester car, les conditions étant ce qu'elles étaient, il y avait des occasions magnifiques à saisir…
Tout cela est vraiment compliqué, songeait-il en attendant que la voiture chauffe. C'est nous qui sommes arrivés les premiers mais il faut regarder la triste vérité en face : le B.C.R.U. nous dame le pion. À mon sens, nous avons fait du bon travail du point de vue de la reconstruction. Bien sûr, ce n'est pas comme avant… mais dix ans, ce n'est pas long. Qu'on nous donne encore vingt ans et les trains rouleront à nouveau. Et puis l'emprunt pour les routes a parfaitement marché. Il a même rapporté plus que prévu. "

Nous le constatons, il est notable qu'un américain comme Dick ait, en ce début des années 60, un discours pour une fois sans patelinage sur les plans de reconstruction - comme le Plan Marshall. Car en effet, il y a fort à gagner pour les reconstructeurs, qui passent le plus souvent comme généreux et désintéressés.
La bonne trouvaille de Dick dans cette nouvelle devenue classique, c'est l'homéojournalL'homéojournal, ou Journal homéostasique joue allègrement avec plusieurs des tropismes de Dick : quelle est la convention qu'on appelle réalité ? La machine douée d'un esprit de synthèse y est-elle sensible au point d'en trouver les mécanismes inconnus avant l'humanité ? Une réalité immanente, comme celle qui mobilise l'esprit religieux du messianisme, n'en profiterait-elle pas pour advenir et surgir dans notre réalité ? La machine en rêve-t-elle ? A moins que tout cela ne soit qu'une vaste escroquerie pointant notre propre insuffisance à prendre notre destinée en mains.

Le talon d'Achille est une bonne petite blague sur la Guerre Froide. Jack Sharkey y parvient à se moquer des deux camps sans discrimination.

On notera pour ce récit l'arrivée d'un nouveau traducteur, Frank Straschitz, dans l'équipe de Galaxie. On aura pu déjà le remarquer pour sa traduction du Monde aveugle de Daniel F. Galouye ; il traduira Moorcock pour la version française de la saga d'Elric le Nécromancien, Philip K. Dick pour Loterie solaire, Heinlein dans son Histoire du futur, Pavane de Keith Roberts, L'orbite déchiquetée de John Brunner, et un certain nombre de Stephen King, de Peter Straub, de Ann Rice…

Hormis l'aplomb sans faille du héros, le négociateur Retief qu'on retrouve après Ces féroces Qornts (in Galaxie n°18), on ne garde pas grand chose de la nouvelle Le gouverneur de Glave, plaisante mais un peu creuse. Et la SF que déploit ici Keith Laumer n'y sert toutefois que de décor.


Que cela vous plaise ou non, m'asséna-t-il, nous sommes au milieu du XXe siècle et la production de masse est un fait définitivement acquis. Un centre collectif n'est pas forcément laid parce qu'il est fabriqué en série. Au contraire, cela peut en réalité lui conférer une unité esthétique. "

Voilà bien le type d'arguments qui rendent toute discussion inutile au nom de la modernité. C'est ici le comble de ce "Il faut vivre avec son temps", puisque la nouvelle Interdiction de séjour est de Poul Anderson, et que le Temps est bien son sujet de prédilection (à défaut de prédiction). Il y est question, dans un récit pour une fois court mais percutant, d'exil dans un repli du passé provoqué comme un châtiment.


Jack Vance reprend, dans Le papillon de lune, le ressort des Princes Démon : comment débusquer un assassin quand on ignore tout de son identité ? Ici, il l'agrémente d'une société extraterrestre où chacun porte un masque lié à son rang et son humeur du jour, et où l'on ne s'exprime qu'en chantant en s'accompagnants de petits instruments, dont l'usage est codifié par un protocole complexe. Bien entendu, le protagoniste principal est un consul étranger qui s'évertue de se familiariser avec toutes ces étiquettes. Humour, péripéties, danger, exotisme… Tout est au rendez-vous !



Et maintenant pour quelque chose complètement différent…

Comme pour le n°17 de Galaxie, nous faisons appel à d'éventuels possesseurs de ce numéro 22 au format papier. En effet, dans les différents exemplaires scannés et mis au format epub que nous avons trouvés, n'apparait jamais la page 159 relative aux résultats du référendum sur le numéro 20.

Si vous vous sentez concernés par cet appel et si vous possédez ledit numéro, nous serons heureux que vous nous contactiez via les commentaires, pour nous délivrer ne serait-ce qu'une photo de cette page 159.

Merci à vous, chers lecteurs !


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