07 janvier, 2026

Fiction n°132 – Novembre 1964

Une fois encore, les textes des auteurs anglo-saxons de ce numéro, et bien qu'ils soient de bonne qualité, resteront sans publication ultérieure, que ce soit en recueils ou en anthologies ; à l'exception de celui de Leiber,  repris récemment dans une intégrale concernant "La Guerre Uchronique" chez Mnemos (2020). Côté francophonie, Alain Dorémieux camoufle son privilège d'éditeur sous le masque jetable d'un pseudonyme qui ne lui servira que deux fois. Bref, encore un numéro de raretés pour collectionneurs aguerris !


Qui vous a dit que le schmilblick était un œuf ?

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Sommaire du Numéro 132 :


1 - (non mentionné), Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 8 à 8, bibliographie

NOUVELLES


2 - J. T. McINTOSH, La Planète pauvre (Poor Planet, 1964), pages 9 à 40, nouvelle, trad. Christine RENARD *

3 - Fritz LEIBER, Les Vents de Mars (When the Change-Winds Blow, 1964), pages 41 à 50, nouvelle, trad. Christine RENARD

4 - Edward JESBY, L'Homme de la mer (Sea Wrack, 1964), pages 51 à 68, nouvelle, trad. Christine RENARD *

5 - Allen Kim LANG, Le Loup dans la bergerie (Thaw and Serve, 1964), pages 69 à 77, nouvelle, trad. (non mentionné) *

6 - Paul GREGOR, La Vallée des monstres, pages 78 à 84, nouvelle *

7 - Doris Pitkin BUCK, Naissance d'un jardinier (Birth of a Gardener, 1961), pages 85 à 95, nouvelle, trad. Michèle SANTOIRE *

8 - Gilbert ATLANTE, Chère Salamandre !, pages 96 à 101, nouvelle

9 - J. P. SELLERS, Un message urgent pour Mr. Prosser ( Urgent Message for Mr. Prosser, 1964), pages 102 à 110, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

10 - Rudyard KIPLING, Eux (They, 1904), pages 111 à 134, nouvelle, trad. Arthur AUSTIN-JACKSON & Louis FABULET 

CHRONIQUES


11 - (non mentionné), Mort de Jean Ray, pages 134 à 135, article

12 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 136 à 146, critique(s)

13 - Alain DORÉMIEUX, Jean Ray défiguré, pages 147 à 149, article

14 - Jacques GOIMARD, Notules, pages 149 à 153, article

15 - Jacques SADOUL, Les Comics de science-fiction, pages 154 à 160, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


On aurait pu croire que J. T. McIntosh ne se contente que de maquiller en SF une histoire d'espionnage classique ; mais ce serait oublier qu'il s'agit d'un vieux routard qui maîtrise les ficelles du métier. L'idée principale de La planète pauvre est bien de l'ordre de la science-fiction (même si en l'exprimant ainsi : "n'est pauvre que celui qui ne peut pas épargner", rien ne nous le laisse présager). On se croirait un peu en virée en Corée du Nord. On pourrait peut-être reprocher à McIntosh la condescendance paternaliste de son héros, qu'on pourrait imaginer comme étant celle d'un McIntosh devant ses jeunes pairs. Une nouvelle efficace quoi qu'il en soit.


Les vents de Mars de Fritz Leiber soufflent une poésie en prose post-apocalyptique dans la solitude du sol martien, et diffusent des mirages.


L'homme de la mer de l'inconnu Edward Jesby est un récit proche de ceux de Poul Anderson, sur les peuples des temps de la reconstruction d'après la guerre nucléaire. Le ton y est plus poétique, mais plus évasif aussi, ce qui rend les enjeux un peu flous.


Allen Kim Lang travaille son sujet avec cruauté, et nous rappelle dans Le loup dans la bergerie qu'une utopie - ici celle d'un avenir où les rivages d'une paix universelle sont enfin atteints - ne saurait se maintenir en y agglomérant des éléments étrangers - ici celui d'un criminel de notre temps (ou presque) et condamné à une cryogénisation longue et au réveil dans un avenir incertain. On repensera au film Demolition man, mais vécu du point de vue du "méchant", ou encore à Idiocracy, dans une moindre mesure.


La vallée des monstres est perdue aux fins fonds de la jungle amazonienne, et des êtres y sont condamnés à y vivre une vie éternelle. Le voyageur égaré s'y échouant n'emportera que du mystère.

A propos de l'auteur : Paul Sebescen (1909-1988), dit Paul Gregor, s'était fait connaître dans les milieux ésotériques français par la publication en 1964 d'un étonnant témoignage sur la sorcellerie brésilienne, à savoir la macumba. Il avait été initié dans sa branche dite kwimbanda, celle considérée comme la plus «noire». Une sorcellerie étrange, à mille lieues des conceptions de la modernité occidentale. Né en Yougoslavie en 1909, Paul Gregor a toujours fait preuve d'un éclectisme pour le moins surprenant. D'abord juge d'instruction à Belgrade, il a été imprimeur, professionnel de tennis, chercheur de pierres précieuses, directeur de théâtre, producteur de films, éditeur, attaché de presse auprès de la légation yougoslave à Rio de Janeiro, explorateur, journaliste, camionneur, écrivain, dramaturge, cinéaste, etc. (source : http://bibliomane.free.fr/rec.php?aut=greg1)


Le brillant savant et sa jolie femme un peu simple d'esprit - voilà le cliché que Doris Pitkin Buck nous propose de déconstruire allègrement dans Naissance d'un jardinier, qui emprunte autant au fantastique qu'à la science-fiction, et autant à la sagesse orientale qu'au cartésianisme occidental. 


Chère salamandre ! est une charmante petite fable signée Alain Dorémieux sous le pseudonyme de Gilbert Atlante. On y retrouve l'axolotl, cet animal si étrange déjà célébré par Robert Abernathy (in Fiction n°13) et par Julio Cortazar (in Fiction n°114).

Bien mené, ce témoignage d'un gardien de nuit faisant l'objet de Un message urgent pour Mr. Prosser n'est qu'à peine fantastique et aurait plutôt sa place dans Mystère magazine (bien que Fiction place la nouvelle dans son fourre-tout "Insolite"). Mais on pourra l'apprécier tout de même, par sa vivacité de ton et son sens de l'énigme.


Circonvolutions autour du sens encore, mais cette fois-ci à la façon d'un Henry James, sans secret ni damnation néanmoins, bien que la même circonspection sur les propos rapportés par le narrateur y soient recommandés. Le thème classiquement fantastique de Eux (on se doutera bien vite de leur nature) ne sera jamais nommé, et Rudyard Kipling saura l'orner d'un style charmant et délicat.


Côté rubriques : en plein second souffle dans sa carrière, Jean Ray vient de rendre le dernier. Le précédent numéro de Fiction faisait encore état de sa nouvelle publication, mais la nouvelle tombe comme un couperet. Une note en fait état :

MORT DE JEAN RAY

Nous ne pensions pas, en présentant en mai 1964 notre numéro spécial Jean Ray, que ce serait là un des derniers hommages que celui-ci recevrait de son vivant. Son cœur déjà donnait depuis longtemps des inquiétudes à son entourage, et à plusieurs reprises des crises alarmantes l'avaient frappé. Ces derniers mois, cependant, son état s'était amélioré et ses amis reprenaient espoir. Il eut la très grande joie de tenir entre les mains le numéro que nous lui avons consacré. Il n'aura pas eu celle de voir le film qu'Alain Resnais compte toujours tirer un jour des Aventures d'Harry Dickson. Il s'est éteint doucement, le 16 septembre, dans sa maison de Gand. Il était âgé de 77 ans. Avec lui disparaît une grande figure : sans doute celle du plus grand auteur fantastique européen vivant. Il avait récemment reçu dans notre pays une consécration méritée de longue date. Les éditions Marabout, puis Robert Laffont, avaient entrepris des rééditions dont chaque nouveau titre augmente une liste déjà importante.

 

La place accordée par la presse française à sa mort montre qu'il « existait », désormais, aux yeux des critiques. On regrette qu'il ait dû attendre si tard pour que son talent s'impose en France. D'autant que nous avions été les premiers (dès 1951 dans Mystère-Magazine et 1954 dans Fiction) à le révéler.

 

Nous avions à maintes reprises souligné son importance. Rappelons l'article de Jacques Van Herp dans notre numéro 38 : Jean Ray ou le combat avec les fantômes, ainsi que la liste de ses nouvelles dans les deux revues : 

 

Mystère-Magazine

n° 41 La main de Goetz von Berlichingen

n° 57 Le dernier voyageur

n° 116 Dents d'or

n° 135 Mr. Gless change de direction

n° 142 Je cherche Mr. Pilgrim

 

Fiction

n° 9 La ruelle ténébreuse

n° 18 Le « Psautier de Mayence »

n° 38 Le Grand Nocturne

n° 48 Maison à vendre

n° 51 La choucroute

n° 82 Le cimetière de Marlyweck

n° 85 Le miroir noir

n° 99 Monsieur Wohlmut et Franz Benschneider

n° 100 Dürer, l'idiot

n° 102 La nuit de Pentonville

n° 105 Les noces de Mlle Bonvoisin

n° 108 Irish Whisky

n° 109 Josuah Güllick, prêteur sur gages

n° 110 Les étranges études du Dr. Paukenschläger

n° 126 Bonjour, Mr. Jones !

n° 126 Croquemitaine n'est plus

n° 126 Tête-de-lune

Et invitons nos lecteurs à se reporter à notre numéro spécial de mai dernier, qui contient la meilleure source de renseignements que l'on puisse trouver sur la vie de Jean Ray et son œuvre.

Frédéric de Towarnicki (à gauche) et une rencontre
entre Henri Vernes, Alain Resnais et Jean Ray (à droite).
Deux petites précisions s'imposent ; d'une part les indices biographiques rapportés dans les articles en question se révèleront en grande partie fictionnels (le chercheur flamand Geert Vandamme parle même de "rayalité" pour dénommer ces éléments biographiques imaginés et rapportés par Ray lui-même), d'autre part le film d'Alain Resnais adaptant Harry Dickson pour le cinéma ne verra jamais le jour. Un ouvrage, toutefois, relatant les repérages et les essais scénaristiques en fait état : Le scenario de Frédéric de Towarnicki pour un film (non réalisé) par Alain Resnais (Capricci - 2007). 

Dans ce même numéro de Fiction, on pourra lire la critique très acerbe que Alain Dorémieux fait du film de Jean-Pierre Mocky, La grande frousse, adaptation co-signée par Mocky et Gérard Klein de "La cité de l'indicible peur". Resnais, qui sait, aurait peut-être été plus inspiré, du moins aux yeux de Dorémieux, qui n'en est pas là à sa première séance gentiment pugilistique avec Klein (que, poliment, Dorémieux évite de nommer).



Le fait notable de la publication de la Chronique Les Comics de science-fiction n'est pas qu'elle aurait pu marquer les débuts d'une rubrique plus régulière, mais bien la trace assez rare de son auteur, qui vient à peine d'entrer dans l'équipe des Editions Opta : Jacques Sadoul. Nous reviendrons plus longuement sur cette signature - importante dans le monde de l'édition de la SF en France des années à venir - à l'occasion du Galaxie n°12 et de la publication du premier volume au "Club du Livre d'Anticipation" (CLA) des Editions OPTA.

01 janvier, 2026

Hommage à Pierre Bordage (1955 - 2025)

Les guerriers du silence Tome 1
 Décédé brutalement le 26 décembre dernier à l'âge de 70 ans, Pierre Bordage est l'un des fers de lance de la science-fiction française actuelle, d'aucun diraient un grand homme - qui mesurait près d'un mètre quatre-vingt dix. Propulsé par son roman fleuve "Les guerriers du silence", paru en 1993 mais écrit huit ans plus tôt, il fera les choux gras de la maison d'édition L'Atalante.

Immédiatement reconnue comme une œuvre majeure de la science-fiction, initialement écrite en six mois et en un volume, l'Atalante le publiera en trois tomes. On y retrouve la spiritualité sans religion chère à cet écrivain d'une sensibilité rare, et un sens moderne du space opera conçu comme une aventure de l'Humanité.

Nous vous proposons le premier tome de ces Guerriers du silence au format epub pour votre plaisir de découvrir cette œuvre magistrale. Comme pour toutes nos publications, un clic droit sur la couverture vous invitera à télécharger le livre au format epub. ("Enregistrer la cible du lien sous…", ou "Enregistrer le lien sous...") Un simple clic suffit sur les liseuses.

31 décembre, 2025

Fiction n°131 – Octobre 1964

Beaucoup de récits courts permettent à la rédaction de multiplier les styles et les auteurs de ce numéro, dont seuls les auteurs anglo-saxons resteront sans publication ultérieure à ce numéro. C'est l'occasion de découvrir de belles raretés de Mack Reynolds, de Joanna Russ ou de Avram Davidson, pour ne citer que les principaux. Les auteurs français s'en tirent honorablement, avec les inévitables Demuth, et Dorémieux sous pseudonyme.

René Laloux signe cette couverture
de proto Planète Sauvage.

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Sommaire du Numéro 131 :


1 - (non mentionné), Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 6 à 6, bibliographie

NOUVELLES


2 - Mack REYNOLDS, Les Pacifistes (Pacifist, 1964), pages 7 à 25, nouvelle, trad. Christine RENARD *

3 - Doris Pitkin BUCK, Le Monde des illusions (Come Where My Love Lies Dreaming, 1964), pages 26 à 40, nouvelle, trad. Christine RENARD *

4 - Miriam Allen DEFORD, Chaque chose en son temps (All in Good Time, 1960), pages 41 à 49, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

5 - Luc VIGAN, L'Objet de l'amour, pages 50 à 65, nouvelle

6 - James RANSOM, Le Rat qui savait (Fred One, 1964), pages 66 à 77, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

7 - Michel DEMUTH, L'Empereur, le Servile et l'Enfer, pages 78 à 83, nouvelle

8 - Joanna RUSS, Il est une autre rive... (There Is Another Shore, You Know, Upon the Other Side, 1963), pages 84 à 97, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

9 - Avram DAVIDSON, Nigra Sum (Negra Sum, 1957), pages 98 à 106, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

10 - T. P. CARAVAN, La Cour de Tartarie (The Court of Tartary, 1963), pages 107 à 113, nouvelle, trad. Michèle SANTOIRE *

11 - Roland TOPOR, Le Spectacle est permanent, pages 114 à 116, nouvelle

12 - Jack SHARKEY, La Fin du rêve (Survival of the fittest, 1964), pages 117 à 125, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

13 - Jacques LOB, Humour : Lob, pages 127 à 129, bande dessinée

CHRONIQUES


14 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 130 à 141, critique(s)

15 - COLLECTIF, L'Écran à quatre dimensions, pages 142 à 151, article

16 - Anne TRONCHE, Rétrospective du surréalisme, pages 153 à 155, critique(s)

17 - Demètre IOAKIMIDIS & Pierre STRINATI, Science-fiction à Trieste, pages 156 à 158, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


— « Je représente les Pacifistes, sénateur. Il y a environ une heure, votre fils a été enlevé. Vous êtes une personnalité de première importance. Vous réalisez certainement ce que cela implique. »
— « Fredric ! Vous avez tué un petit garçon de neuf ans ! »
— « J'ai tué beaucoup de petits garçons de neuf ans, » dit Casey, la voix morne.
— « Vous êtes un monstre ! »
— « J'ai été pilote de bombardier, sénateur. »

Mack Reynolds nous propose avec Les pacifistes une bonne nouvelle concernant l'adage "la fin justifie les moyens". Ici, une organisation criminelle autoproclamée "pacifiste" tue les "méchants" qui menacent la paix dans le monde. Mais la soumission à la menace est-elle plus efficace qu'une démonstration ou qu'un débat ? On ne tyrannise pas un tyran si l'on veut libérer un peuple, semble-t-il.


Comme l'écrit la rédaction de la revue en présentant Le monde des illusions : "une société entière aux coutumes régies par l'usage de drogues à illusions qui s'y trouve évoquée." On le verra dans les années à venir, c'est là même le terreau des récits de Philip K. Dick. Mais Doris Pitkin Buck emprunte elle-même certaines idées à d'autres, comme celle-ci : "Même les 1.500 kms de hauts-fonds pris sous l'Atlantique l'été précédent n'avaient pas arrangé les choses. La Terre grouillait de monde. Un jour, pensa-t-elle, il y aurait des parcs Nationaux sur Vénus et ce serait toujours ça. " On retrouve le sujet de "Planète à gogos" de Frederick Pohl et Cyril M. Kornbluth.

Il y avait beaucoup à apprendre de ce monde d'avant l'homme. Le monde d'aujourd'hui pourrait peut-être redevenir vivable si quelque chose sélectionnait… Elle ne poursuivit pas l'idée plus loin.

Surpopulation, manque d'intimité, désintérêt pour l'autre, puis pour la réalité… Oublier ses propres enfants comme un dinosaure se détourne de ses propres œufs… D. P. Buck nous dresse un tableau sordide de la vie sans but ni passion d'une société qui dénie ses problèmes à coup d'illusions chimiques et s'abrutit davantage génération après génération. On repensera aussi au Congrès de futurologie de Stanislas Lem.


Sous une forme originale (le cours de Droit d'un professeur d'université), Chaque chose en son temps est une sympathique petite nouvelle de Miriam Allen DeFord sur un type de paradoxe temporel particulier.


Alain Dorémieux explore comme une obsession, sous le pseudonyme de Luc Vigan, encore et toujours les rapports étranges et morbides avec d'autres formes de vies, dans L'objet de l'amour. On se rappellera La Vana, mais ici l'état étranger est celui de la mort, une cataplexie façon Madeline Usher tout du moins. On retrouvera Luc Vigan dans un futur numéro de Fiction, mais cette fois-ci pour faire la planque à... Gérard Klein.


On se prend de pitié pour les pauvres animaux de laboratoire au taux de mortalité plus élevé que leurs homologues sauvages. Inévitablement, on pourra évoquer "Des fleurs pour Algernon", mais Le rat qui savait prend un autre point de vue tout aussi pathétique, sous la plume de James Ransom, inconnu au bataillon.


Dans L'Empereur, le Servile et l'Enfer, Michel Demuth nous propose une forme contée, un peu allégorique, que la rédaction nous présente comme un défi nouveau de la SF. Mais ce serait oublier un peu vite d'autres œuvres comme celles, de la même époque, de Cordwainer Smith par exemple, et pour n'en citer qu'un. L'histoire contée toutefois est plaisante et bien proportionnée. Plus tard, ce sera Andreas Esbach qui nous étonnera avec cette forme dans "Des milliards de tapis de cheveux".


Après "Chère Emily", Joanna Russ lorgne toujours du côté des sœurs Brönte et propose le portrait d'une jeune femme singulière et attachante, qu'on découvre avec cela fantasque car fantastique. On pourrait s'attendre à la fin, mais le voyage dessiné dans Il est une autre rive… est plus important que la chute.


Encore une fois, Avram Davidson met à profit une érudition mâtinée de fiction pour justifier habilement les enchantements et les mystères. Cette fois-ci, dans Nigra Sum, c'est avec encore plus de concision et de discrétion qu'il nous guide au milieu de ressentis manipulés par le surnaturel.


La cour de Tartarie évoque l'incapacité à se faire comprendre de plus "bête" que soi. On y assiste à la détresse d'un professeur d'université transformé en bœuf. Ça grince, bien évidemment, pour cette nouvelle de Charles Munoz sous le pseudonyme de T. P. Caravan.


Roland Topor déroule son personnage narrateur plus lucide que la masse des autres, et qui en fait par nature un bouc-émissaire tout désigné. L'absurde de moyens dénués d'une fin, une fois de plus chez Topor, nous invite à questionner la portée de nos actes sociaux ou sacrés, ici dans Le spectacle est permanent.


"La vie et le monde étaient comme dépendants de moi", écrivait Dostoievski dans "Le rêve d'un homme ridicule". Jack Sharkey nous propose une histoire d'escamotage, La fin du rêve, celle-ci axée sur les distinctions entre le rêve et la réalité, et l'angoisse de faire disparaître un monde en regagnant l'autre.



En complément au Fiction Spécial n°6 "Science-Fiction italienne" que nous vous proposions la semaine dernière pour Noël, ce numéro brosse une petite rétrospective de la convention de science-fiction qui venait de se tenir à Trieste.

25 décembre, 2025

Cadeau bonus : Fiction spécial n° 6 : Anthologie de la science-fiction italienne (Novembre 1964)

Décembre 1962 : "The magazine of fantasy and science fiction" voit naître sa franchise italienne (l'équivalent de "Fiction" en France). Mai 1963 : une revue essentiellement italienne démarre : "Futuro", avec la possibilité pour les auteurs italiens de voir publiés leurs récits de SF. "Fiction" emboîte le pas à la revue "Lunatique" qui avait publié un article de Piero Prosperi dans son numéro 6 de février 1964 : "La science-fiction en Italie". Ajoutons aussi que la présence de Roland Stragliati dans l'équipe de traducteurs et de critiques à la rédaction a sans doute grandement contribué à la menée de ce numéro spécial. Bref, c'est dans une soudaine effervescence transalpine que "Fiction" publie ce numéro spécial consacré à la SF italienne - ce qui est grandement justifié d'autant que le vœu de développer une SF exclusivement européenne a déjà été formulé dans le Fiction Spécial n°5.


Sommaire du Fiction Spécial n°6 :


1 - Roland STRAGLIATI, Avant-Propos, pages 4 à 4, introduction

2 - Roland STRAGLIATI, Les Auteurs de ce numéro, pages 5 à 6, dictionnaire d'auteurs

3 - Lino ALDANI, Bonne nuit, Sophia (Buonanotte, Sofia, 1963), pages 7 à 29, nouvelle, trad. Roland STRAGLIATI

4 - Lino ALDANI, Un harem dans une valise (Harem nella valiglia, 1963), pages 30 à 41, nouvelle, trad. Roland STRAGLIATI

5 - Lino ALDANI, 37° centigrades (Trentasette centigradi, 1963), pages 42 à 75, nouvelle, trad. Roland STRAGLIATI

6 - Gianfranco DE TURRIS, Séduction (Seduzione), pages 76 à 84, nouvelle, trad. Sciuto G. GIOVANNI *

7 - Tiberio GUERRINI, Les Vagues de la mer (L'onda del mare, 1963), pages 85 à 96, nouvelle, trad. Sciuto G. GIOVANNI *

8 - Massimo LO JACONO, Le Journal intime (Il diario), pages 97 à 134, nouvelle, trad. Roland STRAGLIATI *

9 - Piero PROSPERI, Un prototype de cauchemar (Prototipo d'incubo, 1963), pages 135 à 144, nouvelle, trad. Sylvie PÉZARD *

10 - Piero PROSPERI, Le Capitaine Disraeli (Il capitano Disraeli, 1963), pages 145 à 152, nouvelle, trad. Romain DENIS *

11 - Giulio RAIOLA, Le Retour de l'aube (Il ritorno dell'alba, 1963), pages 153 à 180, nouvelle, trad. Sciuto G. GIOVANNI *

12 - Sandro SANDRELLI, La Forêt obscure (La selva oscura, 1964), pages 181 à 189, nouvelle, trad. Roland STRAGLIATI *

13 - Sandro SANDRELLI, Un homme vraiment bon (Joe il buono, 1964), pages 190 à 194, nouvelle, trad. Roland STRAGLIATI *

14 - Sandro SANDRELLI, La Faux (La falce, 1964), pages 195 à 206, nouvelle, trad. Roland STRAGLIATI *

15 - Gianfranco DE TURRIS, La Science-fiction en Italie, pages 207 à 221, article, trad. Roland STRAGLIATI


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Note éditoriale du Fiction Spécial n°6 :

La présentation de notre dernier numéro hors série (spécial no 5), consacré à la science-fiction française, s’achevait par ces mots : « L’histoire de la S.F. s’écrit maintenant aussi à l’échelon européen. »

Cette anthologie de la science-fiction italienne – la première du genre publiée en France – en sera, nous l’espérons, une confirmation de qualité.

Nous aurions souhaité y voir figurer un plus grand nombre d’auteurs. Ils ne manquent pas. Mais nous n’avons point eu la possibilité de tout lire. Et puis l’étiquette « S.F. » recouvre, au-delà des Alpes, tant de textes qui ne sont seulement que fantastiques, étranges ou insolites qu’il nous a fallu renoncer à certains récits au reste fort bons. D’autres encore, souvent assez abstraits, ont été écartés car ils se présentaient davantage comme des jeux intellectuels ou poétiques que comme de vraies nouvelles. C’est aussi un peu pour ces mêmes raisons, mais surtout parce qu’ils étaient excellents, que nous avons été amenés à donner plusieurs récits d’un même auteur. Nous croyons que le lecteur ne s’en plaindra pas.

Par ailleurs, on trouvera – pour la première fois – en fin de numéro, une étude documentaire : il s’agit naturellement en l’occurrence d’un panorama de la science-fiction transalpine. Et il nous semble bien qu’il vient opportunément combler une lacune.

On verra, à la lecture des notices biographiques des différents auteurs représentés, que deux générations nettement distinctes – celles des « vingt ans » et des « trente à quarante ans » – se partagent la totalité des pages qui suivent. Ces deux mêmes générations dominent également chez nos auteurs nationaux. Et cela, qui peut surprendre, prouve au moins qu’en Europe la science-fiction est l’une des formes d’expression les plus authentiquement jeunes.

Malgré qu’on puisse encore parfois lui reprocher un certain américanisme de surface (dans les noms de personnages et de lieux), la science-fiction italienne commence, elle aussi, à ne plus devoir grand-chose aux archétypes d’outre-Atlantique et à « vivre sa vie ». Elle y apporte, avec une ardeur, une fantaisie toutes latines, une personnalité qui, déjà, n’appartient qu’à elle.

Et Fiction a pensé qu’on ne pouvait plus l’ignorer.

Roland STRAGLIATI


" (...) toute une armée d’hallucinés, de gens qui ne travaillaient que trois heures par jour, dévorés d’angoisse et aspirant désespérément au silence de leur taudis : une chambre, un amplex, un casque. Et des bobines, des bobines d’onirofilm ; des millions de « rêves » d’amour, de puissance et de gloire."

Très similaire dans sa construction et son dénouement à "Surface de la planète" de Daniel Drode - sans ses néologismes toutefois - Bonne nuit, Sophia traite du spectacle envahissant et de la société qui se construit tout autour, décadente, délaissée, dans "l'ultra moderne solitude" comme l'écrit Alain Souchon. Ici, il nous est permis de l'observer depuis le point de vue de ceux qui la construisent, rêve après rêve, car il s'agit de cela : une société qui fabrique à la chaîne jusqu'aux rêves pour des citoyens laissés hagards et sous hypnose extatique. "J'me pose devant Netflix", comme le chante le poète Tristan de Launay. Mais Lino Aldani y parle aussi d'un épuisement du désir, comme l'évoque l'extrait suivant.

" Au vrai, depuis près d’un siècle, les hommes et les femmes observaient une chasteté physique presque totale. L’isolement, la pénombre, quatre misérables murs, et un fauteuil avec amplex incorporé : l’humanité n’en demandait pas davantage. Les attraits transcendants du « rêve » avaient vaincu les ambitions ; celles de posséder un appartement confortable, d’être bien habillé, d’avoir un hélicar et toutes sortes d’autres commodités. Pourquoi s’exténuer à tenter d’atteindre des objectifs réels, quand, avec un onirofilm d’un prix dérisoire, on pouvait vivre toute une heure comme un nabab, entouré de femmes merveilleuses, admiré, servi, honoré ? " 

L'AUTEUR tel que présenté dans ce numéro :

Lino ALDANI

Lino ALDANI. – Né en 1926. Vit à Rome, où il est professeur de mathématiques. A écrit, jusqu’à ces derniers temps, sous le pseudonyme de N. L. Janda. Ses récits ont été publiés par le magazine Oltre il cielo et dans l’édition italienne de Galaxy. Il a également collaboré aux cahiers d’Interplanet et à la revue Futuro, à la création de laquelle il a activement participé. Il continue au reste à lui donner des nouvelles et des critiques. On connaît de lui deux ouvrages : un petit livre, La fantascienza (La science-fiction, 1961), qui a fait grand bruit dans les milieux italiens spécialisés, et un excellent recueil personnel, Quarta dimensione (Quatrième dimension), où figure Bonne nuit, Sophia, qu’on pourra lire dans la présente anthologie. La Radiodiffusion suisse a retenu l’un de ses récits, Gli ordini non si discutono (Les ordres ne se discutent pas), pour l’émission de Pierre Versins Passeport pour l’inconnu. Aldani – qui prépare actuellement un roman et de nombreuses nouvelles – dit devoir beaucoup à Conrad, à Stevenson et, surtout, à Sartre dont Le mur et La chambre lui ont suggéré le point de départ de deux de ses récits. Pour ce qui est de la science-fiction proprement dite, il ne fait point mystère d’admirer Bradbury, non plus que d’avoir une prédilection pour le thème de la société de demain, – ainsi qu’en témoigne éloquemment 37° centigrades. Nous n’ajouterons pas qu’il a du talent : c’est l’évidence même. 

 

Dans Un harem dans une valiseet toujours sur le thème des rapports hommes-femmes et l'étrange esseulement que des rapports hypocrites font naître, Lino Aldani nous propose un petit constat sur ce qui pourrait nous pousser à préférer l'ersatz plutôt que l'original.


" Traite-les d’abrutis, si tu veux, disait Nico entre deux bouchées. N’empêche qu’ils vivent toujours à l’ancienne mode, eux. En plein air. Et ils savent ce qu’ils mangent et ce qu’ils boivent. C’est nous, oui, qui sommes de fichus crétins à vivre dans des villes, au milieu de la puanteur et du bruit. "

Sur le sujet de 37° centigrades, on repensera à"Sous le caducée" de l'excellent Ward Moore, où l'on retrouve la même "esculapocratie" ; rendre la prophylaxie obligatoire et faire de l'hygiénisme la Table des Lois peut devenir la base d'un monde cauchemardesque, et plus précisément peut laisser penser à ses citoyens que le monde hors des contraintes du "zéro risque sanitaire" est un enfer. Mais Lino Aldani va un peu plus loin ; la loi sanitaire ne s'applique qu'à ses "abonnés" qui paient le droit, comme pour une mutuelle, à la protection sanitaire gratuite, et sont mis à l'amende s'ils ne respectent pas les conditions prophylactiques de base. On pourra se rappeler du "port du masque obligatoire", mais dans 37°... réside aussi une profonde hypocrisie du pouvoir sanitaire : pousser à la tentation les citoyens pour s'enrichir d'un côté du budget de leur consommation débridée (ici les véhicules volants) et de l'autre du paiement d'amendes aux prix exorbitant. Un unique Léviathan distille ses injonctions paradoxales et plutôt qu'exercer un réel pouvoir sur la santé publique, infantilise les citoyens sous sa coupe et les laisse apeurés et bridés dans une crasse ignorance.


Séduction manque un peu de tenue dans le maintien du style et de l'intrigue. Dommage pour Gianfranco De Turris, car l'histoire aurait pu déployer de la poésie comme celle des histoires d'amants destinés l'un à l'autre que propose souvent Nathalie Henneberg.

L'AUTEUR tel que présenté dans ce numéro :

Gianfranco DE TURRIS
Gianfranco DE TURRIS. – Né à Rome en 1944. Fréquente actuellement la Faculté de Droit de sa ville natale, après avoir achevé des études classiques. Rêve de devenir journaliste. En attendant, il collabore déjà à diverses publications, comme le quotidien romain Il Tempo et le magazine Oltre il cielo qui accepta en 1961 son premier essai de science-fiction, et dont il assuma le secrétariat de rédaction en 1962 et 1963. Il écrit évidemment des récits, mais principalement des portraits d’auteurs et des critiques parfois assez vives, ayant tous trait à la science-fiction. Une grande partie en a été rédigée avec la collaboration de son ami Sebastiano Fusco. Et c’est également avec lui et, surtout, avec Sandro Sandrelli qu’il a participé au choix des textes de science-fiction européens présentés dans l’un des récents cahiers d’Interplanet (Interplanet 5 Europa). Dernier détail : De Turris et Fusco ont constitué de concert d’importantes archives communes de la science-fiction italiennes, constamment tenues à jour.

Les vagues de la mer de Tiberio Guerrini propose une planète piège de plus, le thème est connu, mais on y suit avec intérêt les tâtonnements de ce piège marin qui se construit en s'adaptant à ses proies.

L'AUTEUR tel que présenté dans ce numéro :

Tiberio GUERRINI
Tiberio GUERRINI. – Né à Rome en 1943. Études classiques. Suit présentement les cours de la Faculté de Droit de la capitale italienne. Ayant vécu dès l’enfance dans un milieu d’artistes et d’intellectuels – son père est à la fois architecte et peintre, sa mère s’occupe de littérature – il s’est d’abord essayé à la peinture. Mais il n’a pas tardé à s’apercevoir que la poésie et la nouvelle, surtout fantastique, lui permettaient de mieux s’exprimer encore. Il adore la « grande musique ». En littérature, ses préférences vont au classicisme, au romantisme et, plus particulièrement, au décadentisme – ce frère transalpin du symbolisme – dans lequel il voit, audacieusement, une synthèse de ces deux tendances. Tout ce qui est mythe, mystère, insolite, l’attire. Et c’est pourquoi il s’est mis, depuis quelque temps, à écrire des récits où il s’efforce de faire revivre, sur d’autres planètes que la nôtre, le monde merveilleux des légendes anciennes.

"Une société statique est une société dans laquelle un employé de septième classe le restera sa vie durant, tout en s’imaginant toujours avoir de l’avancement de six mois en six mois."

Dans Le journal intime, qui évoquera tour à tour Borgès, Bioy Casarès, Kafka ou encore Stanislas Lem, il est question de la permanence du pouvoir, de sa volonté de perdurer et de mettre fin à l'Histoire. On y évoque l’infaillibilité des machins, ainsi que la mise en scène d'une épidémie.

  « Tous les six mois, on est soumis à la vaccination obligatoire. On fait courir le bruit qu’une terrible épidémie s’est abattue sur le pays. Quel en est le virus ? C’est un détail, et peut-être bien qu’il s’agit toujours du même. Quoi qu’il en soit, après avoir été vacciné, personne ne se souvient plus de rien. Du moins pour ce qui concerne ce qu’ “ils” veulent qu’on oublie. Je crois… »

Le style nous fait vaciller sans cesse entre l'homme et son double, créé par l'amnésie partielle, ou par le jeu d'échanges d'identités consentis. Vertigineux exercice de voltige de Massimo Lo Jacono.

L'AUTEUR tel que présenté dans ce numéro :

Massimo LO JACONO

Massimo LO JACONO. – Né à Rome en 1937. Docteur en droit. A exercé diverses professions : chroniqueur, critique littéraire, employé de banque, avocat stagiaire, agent d’assurance, etc. Dirige aujourd’hui Futuro, la meilleure et la plus « italienne » des revues transalpines de science-fiction. A collaboré à différents quotidiens et revues. Ses récits, publiés par la plupart des magazines italiens spécialisés, l’ont presque tous été sous le pseudonyme – maintenant abandonné – de L. J. Maurizius. Admirateur de Jorge Luis Borges, il s’est essayé avec bonheur, dans L’ultima finzione di Basilide (La dernière fiction de Basilide) – signée cette fois Guido Altieri –, à recréer l’univers du maître argentin. La subtilité de ses inventions et son art du suspense font assurément de Lo Jacono l’un des chefs de file de la jeune science-fiction italienne. Notons, pour la petite histoire, qu’il pratique le tennis, le football et l’athlétisme.


Un prototype de cauchemar, signée Piero Prosperi, permettant de voyager à certaines vitesses qui pourraient nous amener à changer d'univers, voilà en quoi consiste cette nouvelle bon enfant.

L'AUTEUR tel que présenté dans ce numéro :

Piero PROSPERI

Piero PROSPERI. – Toscan, il est né à Arezzo en 1945. D’une insatiable curiosité intellectuelle, il s’est récemment inscrit à la section d’architecture de l’Académie des Beaux-Arts de Florence. Il explique ce choix en affirmant que des statisticiens soutiennent que l’architecte et le passionné de science-fiction appartiennent à une même catégorie d’esprits qui ne parviennent que difficilement à s’insérer dans notre société. Dès l’âge de quatorze ans, il s’intéresse déjà à la science-fiction et en écrit. Mais ce n’est que deux ans plus tard, en 1961, qu’il réussit à publier un premier récit dans Oltre il cielo. Trente autres le suivent en trois ans, aussi bien dans les pages des revues italiennes les plus réputées que dans diverses anthologies, dont Futuro et Interplanet. Bien qu’il soit encore très jeune, ses récits ingénieux et habiles témoignent d’une surprenante maturité. Et Prosperi est aujourd’hui l’un des écrivains italiens de science-fiction les plus appréciés et les plus prolifiques. Ses auteurs préférés sont Bradbury et Scheckley. Une seconde passion l’habite, pour le moins aussi impérieuse que l’est la science-fiction : la passion de l’automobile.


Piero Prosperi peine un peu à trouver de l'enjeu auquel le lecteur puisse s'intéresser, et l'on suit de loin la montée de dégoût et la démission d'un chef de guerre nommé Le Capitaine Disraeli.


Avec Le retour de l'aube, Giulio Raiola prend son temps pour dépeindre l'histoire du retour sur la Terre d'un astronaute, après des années d'emprisonnement sur un autre monde ; sur la Terre … ou plutôt dessous. Seul avec quelques uns de sa génération, il assiste à la métamorphose en ruche de ces villes enfouies qui ont servi d'abri. On repensera encore une fois à Daniel Drode, ou à Thx1138 de George Lucas, ou encore au célèbre mythe de la caverne…
Giulio RAIOLA

L'AUTEUR tel que présenté dans ce numéro :

Giulio RAIOLA. – Né en 1926. Journaliste, et partant envoyé spécial quand l’occasion s’en présente. Collabore régulièrement à deux importantes revues : Lo specchio et Il borghese. Enthousiaste, croyant fermement à tout ce qu’il entreprend, il a pratiquement créé à lui seul le Festival de Science-Fiction de Trieste. On a dit de certains de ses récits qu’ils faisaient un peu penser à Bradbury. C’est sans doute vrai quant à la chaleur humaine et à la tendresse, parfois ironique, qui s’en dégage ; mais cela, quoique flatteur, n’empêche cependant pas Raiola d’être avant tout un écrivain foncièrement original.


"Foutu pour foutu", dit une expression triviale. Sandro Sandrelli propose dans La forêt obscure  le versant lumineux du désespoir, quand il n'y a plus rien d'autre à espérer que le recours à l'imagination. 

L'AUTEUR tel que présenté dans ce numéro :
Sandro SANDRELLI
Sandro SANDRELLI. – Né en 1926 à Venise, où il vit. Diplôme de chimie industrielle. Journaliste. En dix-sept ans de carrière, il a donné des milliers d’articles de vulgarisation scientifique. Pionnier de la science-fiction italienne d’aujourd’hui, il y occupe une place fort importante. Son premier essai dans ce genre a été publié en 1949. Il dirige les cahiers d’Interplanet, qui sont de copieuses et intéressantes anthologies de science-fiction principalement transalpine. Après l’avoir souvent lu, entre autres, dans Galassia et dans Oltre il cielo, on retrouve maintenant Sandrelli au sommaire de Futuro. On lui doit deux recueils : I ritorni di Cameron Mac Clure (Les retours de Cameron Mac Clure) et, surtout, Caino dello spazio (Cain de l’espace), où un pathétique profondément humain s’allie avec bonheur à un humour parfois noir et à un sentiment poétique très personnel. C’est au reste de ce dernier ouvrage, dont beaucoup de récits sont de tout premier ordre, qu’ont été tirés ceux qui figurent dans le présent numéro spécial.

"L'homme est-il bon ?" se demandera le dessinateur Moebius, qui avait peut-être Un homme vraiment bon en tête, comme d'autres que nous tairons ici de peur d'en divulgâcher davantage. Concis et efficace récit de Sandro Sandrelli.


Une planète aux confins de la galaxie, jadis colonisés par des naufragés, se révèle vide de tout habitant, mais continue d'être animée par les machines construites alors. L'énigme est posée, et rappelle celle du vaisseau "La Marie Céleste" ; dans un même temps, Sandro Sandrelli pose la question de la perfection mécanique. Un ton acerbe et une chute qui tombe comme un couperet, La faux clôt ce recueil.
 

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