14 octobre, 2026

Galaxie (2eme série) n°029 – Septembre 1966

De bons récits de moyennes tailles, donc un petit peu moins nombreux, mais bien diversifiés, nous accompagnent dans divers thèmes pour ce numéro de la fin de l'été 1966. Robert Silverberg d'un côté et Fred Saberhagen de l'autre ont bien trouvé l'astuce pour publier leurs romans dans les magazines américains : des nouvelles reliées entre elles par un enjeu commun.

Tu as vu Ninille ? Ils sont quatre !

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Sommaire du Numéro 29 :


1 - Frederik POHL, Après-guerre (The Waging of the Peace, 1959), pages 4 à 34, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Wallace (Wally) WOOD

2 - Robert SILVERBERG, Les Guerriers de lumière (The Warriors of Light, 1965), pages 35 à 70, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Jack GAUGHAN

3 - George Henry SMITH, Un univers pour Dandor (In the Imagicon, 1966), pages 72 à 79, nouvelle, trad. Frank STRASCHITZ

4 - Robert F. YOUNG, Saint-George et la dragonmotive (St. George and the dragonmotive, 1965), pages 80 à 107, nouvelle, trad. René LATHIÈRE, illustré par Gray MORROW

5 - Fred SABERHAGEN, L'Essaim de pierres (Stone Place, 1965), pages 108 à 152, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Jack GAUGHAN

6 - (non mentionné) , Résultats des référendums sur les n°s 26 et 27, pages 159 à 159, notes (manquant à cet epub).



Une note de la rédaction à propos de Après-guerre, de Frederik Pohl :
 À noter que cette nouvelle, écrite en 1959, constitue une suite à un autre récit de Frederik Pohl précédemment paru dans le numéro 61 de l’ancien Galaxie (décembre 1958), sous le titre Les magiciens de Pung.

Les magiciens de Pung traitait surtout d'obsolescence programmée et de publicité. On retrouve bien ce thème, qui continue d'être exploité par un Pohl toujours acerbe envers l'"american way of life". Mais ici, il s'agit d'une Amérique future par laquelle la guerre est passée en laissant des traces profondes dans la façon de gérer l'industrie. Mais un Président nouvellement élu, Jack Tighe, un peu populiste avouons-le, désire réformer tout cela :

« Te rappelles-tu comment c’était autrefois, avant que Jack Tighe nous ait libérés ? Chaque mois, un nouveau grille-pain éjecteur apparaissait sur le marché. Tantôt il y avait un cadran pour couper les tranches de pain à la dimension souhaitée, tantôt un œil magique s’en chargeait pour vous. La cafetière qu’on achetait au mois de juin utilisait une grosse mouture et celle qu’on achetait en septembre pour la remplacer exigeait une mouture fine. Et maintenant, » s’exclama-t-elle avec ivresse, sa colère passagère oubliée, « et maintenant je me sers des mêmes instruments depuis plus de six mois ! J’ai eu le temps d’apprendre à les utiliser. Je peux les conserver jusqu’à ce qu’ils soient usés. Et quand ils le sont, je peux, si j’en ai envie, retrouver exactement le même modèle ! Oh ! Bill ! » poursuivit-elle, bouleversée, « comment faisions-nous dans le temps, avant Jack Tighe ? »
Car voilà le problème qui se pose Après-guerre : déconstruire les automatisme utilisés pour contrer les effets économiques des conflits armés.
L’usine était une usine automatique. Non seulement elle produirait, mais elle continuerait de produire tant qu’il y aurait de la matière première. Oui. Et il était prévu que des modifications seraient apportées aux modèles car l’introduction d’un facteur de vieillissement du produit fini était un impératif fondamental de la technologie industrielle.

Produire pour produire, donc. Et si certains avaient déjà entraperçu l'absurde de la situation, voici le discours ambiant qui pouvait dominer alors (Pohl s'y amuse un tantinet avec un ton biblique assez réjouissant) : 

Alors, les ingénieurs appuyèrent sur le petit bouton rouge et ils s’éloignèrent.
 
Le premier jour, des milliers de percolateurs sortirent des chaînes.
Puis les machines accélérèrent la cadence. Les percolateurs sortirent par dizaines de mille. Alors, les machines passèrent à l’étape de la production à 100 %.
Un ingénieur toussota. « Hum… Je me demande une chose… Ce petit bouton rouge… Supposons qu’on veuille le mettre à la position « arrêt ». Est-ce possible ? »
Les grands directeurs froncèrent le sourcil. « Ignorez-vous que nous sommes en guerre ? » demandèrent-ils. « Produire : c’est la seule chose qui compte. Quand la guerre sera finie, il sera temps de s’inquiéter et de voir comment arrêter tout cela. Pour le moment, nous ne pouvons pas prendre le risque de laisser les agents ennemis pénétrer à l’intérieur de notre système de défense pour affaiblir notre effort de guerre. En conséquence, le bouton ne fonctionne qu’à sens unique. »

Et nous avons gagné la guerre. Et, oui… Dès lors, on pouvait se faire du souci.
On l'aura compris, il est surtout question dans cette nouvelle de l'automatisation des moyens de production, et de leur autonomie… jusqu'à l'absurde trop-plein des produits manufacturés qu'on n'arrive plus à écouler. Au final, la guerre est déclarée à la machine. Un joli petit conte de "Jihad Butlerien" comme dirait Frank Herbert.

La colonisation de l’univers par le genre humain avait déjà commencé plusieurs générations avant que Noël Vorst lance son mouvement. Mars et Vénus avaient été colonisées de façon différente. Aucune des deux planètes n’était vraiment habitable par l’homme. Mars avait donc été modifiée pour permettre à l’homme d’y survivre. Et l’homme avait été lui-même modifié pour survivre sur Vénus. Les deux colonies croissaient rapidement, maintenant. Pourtant, bien peu de choses avaient été faites pour résoudre la crise de la surpopulation.

Pour son second chapitre du Chemin de l'espace, intitulé Les guerriers de lumière, Robert Silverberg expose ainsi de façon très simple l'alternative pantropie / terraformation, soient les deux grandes tendances des colonisations futures… Bien entendu, le problème de fond demeure la surpopulation. Et face à l'injonction de croître et de se multiplier relayée par l'esprit religieux, il devient nécessaire de construire un nouveau sacerdoce, reposant sur des bases scientifiques, et cependant axé lui aussi sur la promesse de vie éternelle, et sur le salut de l'espèce par son expansion dans la galaxie. Après la première partie qui exposait les débuts du culte de Vorster, Silveberg extrapole le devenir de ce culte quelques dizaines d'années plus tard…

Arrivisme, opportunisme, prise de pouvoir, hérésie et espionnage à l'aide d'agents dormants, voici la batterie offensive de ces Guerriers de lumière du culte Vorster devenu puissant et qui semble commencer à s'écrouler sous son propre poids. Car comme toujours, les promesses sont reléguées aux lointains lendemains après un long chemin de calvaires.


Comment un homme pourrait-il apprécier le Ciel à sa juste valeur s’il ne goûtait pas de temps à autre à l’Enfer ? Voici la substance de Un univers pour Dandor, du fugace George Henry Smith, histoire à double lecture, dont les deux sens se valent bien. Placés en positif et négatif, la réalité et l'imaginaire s'y renvoient la balle. Restent le symbolique - qui pourrait être cet Imagicon qui transporte la conscience d'un monde à l'autre - et, bien évidemment, … la fiction.

Cette nouvelle sera reprise dans l'anthologie "Histoires de mirages" (collection La grande anthologie de la science-fiction, Livre de Poche n°3816 - décembre 1984),sous le titre plus conforme à l'original de Dans l'Imagicon.  On pourra y lire :

Avec Dans l’Imagicon, de George H. Smith, de facture plus traditionnelle, une autre inversion du rapport au réel s’instaure : le renversement du désir ; la réalité correspond dangereusement au fantasme idéal et suscite la production du fantasme-cauchemar qui sert, sur un mode infantile, de pare excitations. Nous voyons ici apparaître une de nos prémisses : l’omnipotence n’est pas supportable : l'enfer devient alors l’objet d’un désir secondaire, celui d’échapper à un réel qui satisfait trop bien le désir primaire pour ne pas risquer d’oblitérer le moi. Mais ce réel, justement, où la plupart des rivaux masculins ont disparu et où la disposition des femmes maternantes est illimitée, a toutes les allures d’un fantasme œdipien. Ainsi l’Imagicon permet de fuir un réel qui ressemble à un fantasme dans un fantasme qui ressemble à un réel.

Et à propos de l'auteur :

SMITH (GEORGE HENRY). – NÉ EN 1922, il mène depuis 1953 une activité d’auteur dans un grand nombre de genres, et sous divers pseudonymes. Sa science-fiction comprend notamment un cycle de romans – commencé avec Druid’s World (1967) – qui se déroule dans un univers parallèle régi par la magie, et qui reflète l’intérêt de l’auteur pour les mythologies. Peu soigné à ses débuts – lorsqu’il écrivait surtout pour des éditeurs de second plan –, le style de George H. Smith a évolué vers une forme claire et équilibrée.


" Quand on désire une chose la vie durant et qu’elle reste inaccessible, c’est supportable. Mais quand elle s’offre à vous inopinément, alors tout change. On ne peut plus s’en séparer. On a l’impression que le Destin redouble de cruauté à votre égard."

Un inspecteur des choses temporelles, nommé Saint-George, est envoyé à la chasse aux anachronismes… en l'occurrence : un train à vapeur qui circule en plein VIème Siècle. Pourtant prêt à le détruire tel un dragon, l'engin ravit Saint-George et le transporte (au propre comme au figuré) dans des rêves d'enfant. Robert F. Young nous surprend encore par des rebondissements habiles, et fait de Saint-George et la dragonmotive plus qu'une bluette.


" Terme d’origine nordique - les berserkers, dans la mythologie Scandinave, étaient une race d’hommes qui n’avaient pas leurs égaux en barbarie et en férocité. En américain moderne, l’expression gone berserk désigne quelqu’un qui est atteint de folie furieuse. (N.D.L.R.) "

Ah, tout de même, il était temps de nous éclairer sur l'origine de ce vocable si étrange ! Merci la Rédaction !

 Une grande bataille attend l'humanité lorsque les berserkers se réunissent aux abords de notre système solaire. Et contre le général en chef qui brigue un pouvoir absolu, les machines, qui n'entendent pourtant rien aux soubresauts de l'esprit vivant, vont user du levier de la guerre psychologique. L'essaim de pierres de Fred Saberhagen est un beau récit, guerrier certes, mais qui nous transporte entre complots et actes héroïques, avec panache.

07 octobre, 2026

Galaxie (2eme série) n°028 – Août 1966

Après le florilège de grosses pointures du numéro précédent, Galaxie nous propose cette fois des auteurs de moindre renommée (mais pas de moindre talent), à commencer par le très diversifié Gordon R. Dickson et le méconnu Jerome Bixby. Mais enfin, tout de même, et sans surprise aucune : "ils ont du Sheckley" comme dirait mon ami Gilbert.

Bonté divine !
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Sommaire du Numéro 28 :


1 - Gordon R. DICKSON, La Montagne du messager (On Messenger Mountain, 1964), pages 4 à 52, nouvelle, trad. Frank STRASCHITZ, illustré par Gray MORROW *

2 - Robert SHECKLEY, Voulez-vous parler avec moi ? (Shall We Have a Little Talk?, 1965), pages 53 à 75, nouvelle, trad. René LATHIÈRE

3 - Jerome BIXBY, Ancien testament (Old Testament, 1964), pages 76 à 83, nouvelle, trad. Frank STRASCHITZ

4 - Keith LAUMER, Le Prince et le pirate (The Prince and the Pirate, 1964), pages 84 à 109, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Norman NODEL *

5 - Robert LORY, Débuts dans le monde (Coming Out Party, 1965), pages 110 à 113, nouvelle, trad. René LATHIÈRE, illustré par Norman NODEL *

6 - Bruce McALLISTER, Chasseurs d'hommes (We Hunters of Men, 1965), pages 114 à 139, nouvelle, trad. Yves HERSANT, illustré par John GIUNTA *

7 - Fred SABERHAGEN, La Vie contre la vie (The Peacemaker / The Life Hater, 1964), pages 140 à 148, nouvelle, trad. Michel DEMUTH

8 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 157 à 159, courrier 


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.



" (…) lorsque deux étrangers se rencontrent dans l’espace, rien n’est connu – et tout est à connaître. Le sort des deux races dépend peut-être de leur première rencontre : celui qui tuera l’autre le premier pour étudier sa carcasse aura peut-être sauvé les siens. Une fois que le contact est pris, il est impossible de revenir en arrière et il est trop tard pour réfléchir. Car ce n’est pas le hasard qui nous a conduits là-bas, pas plus qu’eux, et nos rencontres ne sont pas accidentelles."

A partir de ce contexte, qui rappelle fortement "Premier contact" de Murray Leinster, Gordon R. Dickson tend son ressort dramatique entre deux espèces : la nôtre et une autre très énigmatique quant à sa forme et ses capacités. Jusqu'à ce que des représentants de chacune de ces espèces se retrouvent naufragés sur une planète hostile…

Les amateurs d'escalade comme les alpinistes apprécieront La montagne du messager, où les naufragés doivent gagner les plus hauts sommets pour pouvoir lancer une balise de secours, d'un point situé suffisamment haut pour faciliter sa pénétration dans l'espace. Tout est bien justifié dans ce récit, qui propose une différence notable entre les physiologies des deux espèces en présence, non sans suspens ni adversité. Un bon moment.


Il ne faudrait pas avoir à " éliquer forsiquement les mushkées " dans cette nouvelle de Robert Sheckley intitulée "Voulez-vous parler avec moi ?". Et l'enjeu semble de taille pour ce représentant de l'espèce humaine avide de coloniser une nouvelle planète, et désireux pour cela d'établir un lien durable, voire un asservissement, avec (ou de) la population autochtone.

" On avait fait du chemin sur Terre, depuis l’époque révolue des guerres d’agression. Les livres d’Histoire vous apprenaient comment, jadis, un monarque pouvait tout simplement envoyer ses troupes s’emparer de ce qu’il convoitait. Et si quelqu’un poussait l’audace jusqu’à lui demander le motif de cette guerre, il le faisait décapiter, jeter au fond d’une oubliette, ou coudre dans un sac que l’on balançait ensuite à la mer. Et il n’en éprouvait pas le moindre remords, car il estimait être dans son droit le plus strict.

Ce système, appelé droit du seigneur, était une des principales caractéristiques du laissez-faire capitaliste que connaissaient les anciens.

Mais par la suite, dans la lente succession des siècles, des progrès culturels s’accomplirent. Une morale nouvelle s’imposa. Lentement – mais sûrement, le sens de la justice et de la loyauté fut inculqué à la race humaine. Les souverains, les dirigeants furent désignés par vote et durent respecter les désirs des électeurs. Justice, Clémence, Pitié vinrent au premier plan des pensées des hommes, supplantant l’antique droit du plus fort et la fruste brutalité des jours révolus.

Les temps anciens n’étaient plus qu’un triste souvenir. À présent, aucun dirigeant ne pouvait s’emparer purement et simplement d’un autre pays. Les électeurs n’y auraient pas consenti.

Il fallait, pour le faire, une raison valable.

Ainsi, quand un Terrien possédait en bonne et due forme une propriété sur quelque autre planète, il avait nécessairement besoin de l’intervention de l’armée pour protéger sa propre existence, sa maison et ses biens.

Toutefois, il lui fallait d’abord acheter la propriété. En devenir le légitime possesseur, pour se mettre à l’abri des sénateurs au cœur tendre et des journaux toujours prêts à prendre le parti des extraterrestres, lesdits journaux ouvrant invariablement une enquête lorsqu’on prenait une nouvelle planète sous protectorat.

Sheckley, conscient que le thème de la colonisation est un courant majeur de la SF, extrapole son concept et en donne, avec une illusoire assurance de civilisation respectable, une version modernisée. Nul progrès, puisqu'il est toujours question de s'emparer de la terre de l'autre, mais la guerre et la mort y sont simplement moins expéditifs.

C'est surtout l'occasion de mettre le langage au cœur de la machine à coloniser, et surtout d'en rire beaucoup. Pour ce qui est de la traduction, et étonnamment, René Lathière - dont les compétences de traducteur peuvent parfois se révéler limitées - s'amuse beaucoup avec les néologismes et les mots valises farfelus que propose Sheckley, dans cette nouvelle où démonstration est faite que le pouvoir s'exerce principalement à travers le langage. Construite comme une allégorie à la Swift, et d'un humour absurde bien tendu, on ne s'étonnera pas de retrouver ce texte dans les anthologies sur l'auteur qui suivront (Les univers de Robert Sheckley, C.L.A. 1972 ; Le livre d'or de Robert Sheckley, Pocket 1980).


Avec son Ancien testament, Jerome Bixby s'amuse à rendre aussi pragmatiques que possible les histoires que rapportent les textes sacrés. Le crépuscule des idoles et des anciens cultes pourrait n'être (naître) que la conséquence d'une visite extraterrestre impromptue.


Quant à la nouvelle de Keith Laumer Le Prince et le pirate, on y trouvera de l'aventure, certes ; des péripéties, sans doute ; mais pas de la S.F., malgré d'insipides extraterrestres et des vaisseaux qui servent de parloirs. Bref, un bon moment d'ennui.


Fort heureusement suit une bonne petite nouvelle à chute, Débuts dans le monde, où l'on retrouve le goût de Robert Lory pour les jeux de cache-cache avec le langage.



" N’y a-t-il pas place en vous pour le respect des lieux, des personnes et des époques ? "

Voici la question que pose le protagoniste principal de Chasseur d'hommes qui, comme c'était le cas pour "Une étoile pour trois", pourrait faire partie des récits de colonies terriennes dégénérées. Bien que le verbe y soit simple, et la situation initiale assez manichéenne, l'impression que les descriptions de l'intrigue sont tronquées d'une part des informations peut dérouter le lecteur (ceux qui ont lu "Le monde aveugle" de Daniel F. Galouye connaissent ce sentiment). Pour une colonie qui finirait par retrouver sa place dans l'Empire Galactique terrien, cette nouvelle ne lui offre que la perspective de devenir un haut lieu touristique… On se rappellera des propos de Donald Trump à propos de la bande de Gaza dévastée…


" Les berserkers haïssaient l’humanité. Mais contre ces machines de mort, l’homme gardait l’avantage de l’intelligence. " A la lecture de ce pitch, on comprend bien pourquoi les marchand de technologie de la Silicon Valley nous vendent de "l'Intelligence artificielle" - reste à conserver suffisamment d'intelligence naturelle pour n'être pas dupe de l'artifice, et ne pas se délester de son intellect pour devenir un mort-vivant. Dans La vie contre la vie, ainsi, un homme tente de convaincre un vaisseau de guerre berserker de la supériorité de la vie sur la machine. Mais la machine comme le vivant sont tous deux capables de ruse, et pas nécessairement grâce à l'intellect… Un second récit concis du cycle des berserkers par Fred Saberhagen.

30 septembre, 2026

Galaxie (2eme série) n°027 – Juillet 1966

Pas de petit artisan, rien que des valeurs sûres, qu'elles soient établies (vanVogt, Simak ou Clarke) ou en passe de l'être (Silverberg et Cordwainer Smith). Galaxie appuie sur le champignon de la SF à l'américaine, et semble s'être fait un choix définitif de cette ligne, bien que le débat sur la mixité des continents d'origine des auteurs continue de faire vibrer les pages du Courrier des lecteurs.

"For Sure, it's a right click on a mouse !"

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Sommaire du Numéro 27 :


1 - James Henry SCHMITZ & Alfred Elton VAN VOGT, Point Oméga (Research Alpha, 1965), pages 5 à 69, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Jack GAUGHAN

2 - Clifford D. SIMAK, Du petit gibier (Small Deer, 1965), pages 70 à 83, nouvelle, trad. Frank STRASCHITZ

3 - Robert SILVERBERG, Le Feu bleu (Blue Fire, 1965), pages 84 à 112, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM, illustré par Jack GAUGHAN

4 - Arthur C. CLARKE, Le Chien de lune (Moondog / Dog Star, 1962), pages 113 à 120, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE, illustré par Dick FRANCIS

5 - Cordwainer SMITH, Une étoile pour trois (Three to a Given Star, 1965), pages 121 à 147, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Gray MORROW

6 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 148 à 153, courrier

7 - (non mentionné) , Résultats des référendums sur les n°s 24 et 25, pages 159 à 159, notes (manque à l'epub).




" Elle vit les gens tels qu'ils étaient en réalité… d'un côté les dupes, les simulateurs et les êtres sans caractère ; de l'autre, les forcenés et les dépravés, les habiles et les cyniques. Elle reconnaissait qu'il y avait de par le monde des individus forts, animés de bonnes intentions, mais, en cet instant, c'était surtout aux destructeurs qu'elle était sensible… à la multitude des filous et des parjures – qui avaient tous bonne conscience, elle le voyait maintenant. Mais elle se rendait également compte qu'ils se trompaient sur leur amère expérience. Parce qu'ils étaient cupides et sensuels ; parce qu'ils avaient perdu la crainte du châtiment en ce monde ou en l'autre ; parce qu'ils n'admettaient pas que soient contrecarrés leurs plus futiles caprices ; parce que…
Un souvenir personnel qu'elle avait oublié fulgura dans sa mémoire, celui d'un petit chef de service qui l'avait mise à la porte – c'était son premier emploi – parce qu'elle avait refusé d'aller chez lui.
Toute sa vie, on lui avait appris à ne pas s'apercevoir de ce genre de choses et elle avait essayé de suivre cet enseignement. Mais, à présent, elle laissait le computeur qui fonctionnait quelque part dans son subconscient calculer toutes ces données qui venaient alimenter sa lucidité. "

On pourrait bien entendu apprécier ce passage de "Point Oméga" de Alfred Elton van Vogt et James Henry Schmitz, ne serait-ce que parce qu'un héros ne le devient que lorsqu'il prend conscience de la primauté de la vertu en ce bas monde. Mais ici, ce sursaut qui n'en appelle finalement qu'à la morale (et un tantinet à la crainte du Dies Irae) n'est pas le fruit d'un jeu de situations ou d'expériences, mais est lié à un saut évolutif… artificiel et provoqué en accéléré par un expédient chimique (un peu comme la souris Algernon dans le roman de Daniel Keyes). Les auteurs considèrent bien ce saut comme une progression, mais le plus, au final, est assimilé au travail que ferait un "computer". Voici encore un exemple de la fascination pour cette mécanisation :
"Elle savait que c'était une chose que ce nouveau mécanisme cérébral devait chercher à atteindre en vertu de sa programmation interne."
Bref, pour les amateurs d'histoires de super-mutants évolutifs, comme vanVogt sait les écrire et reproduire à merci, peut-être ce récit sera-t-il distrayant. Mais comme le chemin vers un stade supérieur de l'être humain (tant au niveau de la pensée que de ses capacités physiques) n'est ici que mécanisme, on n'en tire finalement, une fois l'attrait et la curiosité passés, aucun enseignement, avant que l'histoire s'annule d'elle-même. Ennuyeux.

Toujours avec les vieux de la vieille, Clifford D. Simak nous propose par contre un bon petit récit, Du petit gibier, en style direct, sur l'extinction des dinosaures vu par un voyageur amateur dans le temps. Et une fin à la Wells qui pourrait faire frémir.


Kirby se demandait bien où chercher. Une communicabine se présenta au coin de la rue suivante ; il s'y engouffra, opacifiant les écrans. Il enfonça sa plaque d'identité dans la fente et appela la Sûreté des N.U.

Ah, les joies des cabines téléphoniques !… Sans que Robert Silverberg le sache lui-même, Le feu bleu - racontant comment un agent terrien reçoit un "ambassadeur" martien avide de goûter aux paradis artificiels de la Terre - cette histoire, donc, aurait perdu tout le sel de ses péripéties si nos protagonistes avaient eu chacun sur eux un bon vieux smartphone… 

Voici pour suivre un paragraphe typique regroupant les thèmes qu'explorera avec prédilection Silverberg par la suite. On y retrouve aussi les tentatives de spiritualisme moderne propre aux années 60, avec leurs syncrétismes théosophiques, qui fera le ferment de la vague New Age dans les années suivantes.
" Kirby ne savait pas au juste si le culte vorster était une ineptie, une sinistre conspiration contre le bien-être général, ou encore une croyance profonde et sincèrement idéaliste, à moins que ce ne fût un peu des trois.
Il pensait avoir compris l'idée générale. Vorst avait combiné une religion éclectique, empruntant au catholicisme le système du confessionnal, adoptant une partie de l'athéisme de l'ur-bouddhisme, ajoutant une dose de réincarnation hindoue, et assaisonnant le tout à la sauce moderne, avec des réacteurs nucléaires à chaque autel et une quantité de boniments sur l'électron sacré. Mais il était aussi question de capter les âmes des espers pour donner l'énergie nécessaire à une course aux astres ; d'une communion même des esprits non espers et – ce qui était le plus étonnant de tout, la grande idée de l'affaire – d'immortalité personnelle, non pas de réincarnation ; non pas l'espérance du Nirvana mais la vie éternelle pour tous les vivants. Étant donné la surpopulation de la Terre, l'immortalité était loin d'être la préoccupation première de tout homme sain d'esprit. L'immortalité des autres en tout cas ; on est toujours disposé à envisager la prolongation de sa propre vie, n'est-ce pas ? Vorst prêchait la vie éternelle du corps, et les gens marchaient. En huit ans, le culte avait passé d'une cellule à un millier, de cinquante adeptes à des millions. Les vieilles religions faisaient faillite. Vorst distribuait des pièces de bel or brillant, et si ce n'étaient que des pièces factices ses fidèles mettraient un certain temps à s'en apercevoir. "
Voilà donc une nouvelle bien menée par un jeune Silverberg qui commence à aguerrir ses thèmes et son style. La nouvelle ouvre un cycle de cinq récits, qui seront à l'avenir réunies dans le roman "Le chemin de l'espace" (J'ai Lu - 1983).

Arthur C. Clarke nous propose de son côté une tendre histoire d'amitié d'un astronome et de son chien, Le chien de lune ; petite nouvelle plaisante et sans prétention sur un ton assez proche de celui de Simak.


Pour conclure, l'infaillible Instrumentalité envoie ses créations interstellaires, en fait des pilotes humains fondus en leurs vaisseaux de guerre, pour répandre la terreur de l'Homme et coloniser en paix la galaxie. On sent toutefois derrière la grande naïveté du ton d'Une étoile pour trois une ironie douce-amère, parcimonieusement semée par Cordwainer Smith.



Un petit mot pour conclure : nous notons un record absolu de fréquentation du PReFeG en ce mois de Septembre 2026 (plus de 25 000 vues, soit plus de 10 % des consultations totales !). Les Etats-Unis, le Brésil, Singapour, tiennent le haut du pavé. Nous espérons que ce n'est pas là le signe d'une vidange clandestine, d'une récupération éhontée et commerciale, ou d'un algorithme de synthèse qui ferait ses courses (bien qu'il les fasse quoi qu'on en dise, et avec ce que l'on en dit aussi…). Nous saluons donc avec optimisme nos lecteurs américains du nord et du sud, et nos lecteurs d'Asie du sud-est. Faites nous signe via les commentaires !


23 septembre, 2026

Galaxie (2eme série) n°026 – Juin 1966

Un numéro bien campé ! Trentième pilier de notre panthéon, Fred Saberhagen fait son entrée avec son célèbre cycle des Berserkers, à l'histoire éditoriale française, on le verra, assez mouvementée. A sa droite, Isaac Asimov qui s'éclipsera ensuite quelques années de la revue, et à sa gauche, l'hyper productif Robert Sheckley avec une novella dont la traduction de Michel Demuth (pourtant bonne) sera ensuite évincée par celle de Guy Abadia dans ses futures éditions françaises.


"Mais où ai-je mis ma crème solaire ?"


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Sommaire du Numéro 26 :


1 - Fred SABERHAGEN, Les Prisonniers de la machine (Goodlife, 1963), pages 4 à 27, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par COWELS

2 - Isaac ASIMOV, Le Père d'un monde (Founding Father, 1965), pages 28 à 35, nouvelle, trad. René LATHIÈRE

3 - Arthur Bertram CHANDLER, Les Baguettes sidérales (The Long Way, 1964), pages 36 à 49, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE, illustré par Norman NODEL *

4 - Jerome BIXBY, Le Défenseur (Guardian, 1964), pages 50 à 58, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE

5 - Robert SHECKLEY Transfert stellaire (Mindswap, 1965), pages 59 à 148, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Gray MORROW

6 - (non mentionné) , Table des récits parus dans « Galaxie » : janvier-juin 1966 (nos 21 à 26), pages 155 à 155, index

 


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.



Fred Saberhagen est surtout connu pour la série des Bersekers, des machines de destruction, reliques d'un conflit passé, qui passe pour avoir inspiré la franchise "Terminator" au cinéma. Il a aussi développé une série sur Dracula, une autre sur Sherlock Holmes.

Voici pour ce numéro une introduction à la série Berserker, dont c'est ici la première publication en France. Une bonne manne pour Galaxie qui publiera les nouvelles de cette série de façon quasi-mensuelle en cette année 1966. Elles ne seront reprises en recueil qu'en 1980, dans la collection éphémère Le masque de l'avenir, collection dirigée par Michel Demuth au Editions du Masque sans doute pour (eh oui !) faire concurrence au Club du Livre d'Anticipation des éditions OPTA. Cette édition de Berserker, avec ses somptueuses illustrations de Bilal, est malheureusement une rareté quasi mythique, car ses exemplaires sont passés au pilon par décision de justice (la collection ayant été jugée comme copie du CLA). La collection ne connaîtra ainsi pas de suite. Ce livre est ainsi jugé par certains comme "le plus mythique de la SF française." La nouvelle Les prisonniers de la machine, quant à elle, est bien représentative de la série : de la bonne SF classique, au manichéisme toujours remis à l'ouvrage, malgré un style un peu simple. On y rencontre des machines extraterrestres dont la mission est d'éradiquer la vie, toute vie.

Avec Le père d'un monde, on ressent tout le ton professoral d'Isaac Asimov, qui fait sa leçon de biochimie en utilisant ses personnages comme des allégories de l'humanité échouée dans un monde hostile. Une humanité pugnace, qui n'hésiterait pas à faire des sacrifices pour terraformer un monde hostile au bénéfice des temps futurs.


Les baguettes sidérales sont avant tout des baguettes de sourcier, mais certaines conditions les font non pas trouver des sources, mais remonter vers elles. Le comble de tout cela : la Terre elle-même pourrait être une planète piège. Une fin un peu sèche pour cette nouvelle tout de même agréable d'Arthur Bertram Chandler.


Jerome Bixby maîtrise très sûrement ses effets pour instiller la peur, dans Le défenseur, histoire de premiers terriens atteignant Mars, et ne trouvant rien de mieux à faire que de piller un temple. La collection des motifs de l'effroi colle aux basques de Pym (!) et de Adams : vision fragmentaire d'un temple sombre et mystérieux, dialogue conjectural sur la célébration qu'il représente, crainte du châtiment et actes impies qui se superposent, environnement à l'apparence fragile recouvrant d'autres périls endormis, le tout dans un suspens grandissant à mesure que sont semés par l'auteur les indices de ce qui va advenir… Un très bon texte digne d'anthologies. Michel Demuth ne s'y trompera pas en reprenant Le défenseur, sous une nouvelle traduction de Jacques Potot, dans sa série Marginal (Anthologie de l'imaginaire que l'on pourrait dénommer aussi : "les trésors de Galaxie") .

Elon Musk aurait-il lu Robert Sheckley ? On peut se le demander à la lecture des lignes suivantes de Transfert stellaire :
Seul un multimillionnaire pouvait s'offrir le luxe de voyager en personne à travers les étoiles. Mais seul un imbécile pouvait se résoudre à utiliser le Transfert !
Le Transfert est une technique permettant d'échanger deux esprits, l'un passant dans le corps de l'autre, de façon quasi instantannée et quelle que soit la distance qui sépare les deux. De là naissent tout une variété de situations, et Sheckley en explore quelques unes, non sans jouer d'un certain humour parfois tautologique :
Il se retrouva dans une petite pièce qui semblait sortie tout droit des pages d'un vieux roman historique. Les blocs vénérables de calculateurs électroniques anciens mais solides apparaissaient contre le mur. Près de la porte, il y avait un des premiers modèles de traducteur psychotype. Les fauteuils avaient la forme abrupte et le revêtement de plastique pastel d'une époque plus tranquille. Il ne manquait à la pièce qu'une réplique massive de Moraeny pour qu'elle fût une réplique parfaite d'une scène tirée des pages de Sheckley ou de quelque autre ancien poète de l'Âge de la Transmission. 
On comprend vite qu'un marché s'ouvre avec le transfert : celui des corps disponibles :
Il lui fallait trouver un esprit pour habiter son corps durant son absence. Mais ceci n'était pas trop difficile. Il y a beaucoup trop d'esprits dans la galaxie et pas assez de corps. (Comment la chose était possible, nul ne le savait vraiment. ! Après tout, chacun avait donné un corps pour commencer. Mais il y a toujours des gens qui finissent avec plus que ce dont ils ont besoin, que ce soit de l'argent, du pouvoir ou des corps, et d'autres qui finissent avec moins.) 
Pour nous autoriser une digression, les joueurs de jeux de rôles n'ont sans doute pas oublié ces deux psychoses si particulières qui pouvaient faire tout le piment de parties de L'appel de Cthulhu, le pançaïsme et le donquichottisme. Un pançaïste face aux Grands Anciens leur est un ennemi redoutable. En voici une explication au détour de la novella de Sheckley :

Marvin acquiesça d'un air pensif. « Et quoi d'autre ? »
— « Rien qui vaille la peine d'être mentionné. Seulement de la paperasserie, des actes d'abandon des droits et immunités, toutes ces choses. Et, bien sûr, l'avertissement habituel que je dois vous faire concernant la déformation métaphorique. »
— « D'accord, » dit Marvin. « J'aimerais que vous m'en parliez. »
— « Je viens de le faire, » dit Blanders. « Mais je vais répéter : attention à la déformation métaphorique. » 
— « D'accord, » dit Marvin. « Mais j'ignore de quoi il s'agit. »
— « C'est vraiment très simple, » dit Blanders. « Vous devez la considérer comme une forme de folie situationnelle. Voyez-vous, votre capacité d'assimilation de l'inhabituel est limitée et ces limites sont rapidement atteintes et dépassées lorsque l'on voyage vers d'autres planètes. Nous affrontons alors trop de choses nouvelles. Cela devient insupportable et notre esprit cherche un soulagement dans le processus de compensation par analogie. Il crée un pont entre la réalité acceptée et l'inconnu refusé, ramenant cet inconnu intolérable au familier désirable. Alors, incapable de répondre au flot de renseignements par le processus normal de l'analogie de conception, le sujet devient victime de l'analogie de perception. Ce processus est également connu sous le nom de Pançaïsme. Cela est-il clair ? »
— « Non, » dit Marvin. « Pourquoi l'appelle-t-on Pançaïsme ? »
— « Le concept s'explique de lui-même, » dit Blankers. « Don Quichotte croyait que les moulins à vent étaient des géants alors que Sancho Pança croyait que les géants étaient des moulins. Le Quichottisme peut être défini comme la perception des choses ordinaires sous la forme d'entités rares. Son contraire est le Pançaïsme qui est la perception des choses rares sous une forme ordinaire. »
— « Voulez-vous dire, » demanda Marvin, « que je peux croire que je vois une vache alors qu'il s'agit en vérité d'un Altaïrien ? »
— « Exactement, » dit Blanders. « C'est assez simple, lorsque vous vous appliquez. Signez ici et là et nous en aurons fini. »
Et toujours à propos de L'appel de Cthulhu, Sheckley ne se prive pas de reprendre à sa sauce le démon créé par Lovecraft :
Une fois hors de tout danger immédiat, Marvin reprit brusquement ses esprits. Les effets de la déformation métaphorique disparurent pendant un instant et il connut une rémission dans sa perception. Il était maintenant tristement évident que le « cow-boy » était en fait un grand coléoptère parasite de l'espèce S. Cthulu. Il ne pouvait s'y tromper, étant donné que le Cthulu est caractérisé par un second canal salivaire situé vers le bas et légèrement à gauche du ganglion subœsophagal.
Ces coléoptères se nourrissaient des émotions secrètes, les leurs étant depuis longtemps atrophiées. D'habitude, ils attendaient dans les endroits sombres le Celsien insouciant qui viendrait à passer à portée de leurs segments maxillaires. C'est ce qui était arrivé à Marvin.

On trouve aussi d'autres idées à foison, dont celle-ci qui pourrait fort bien avoir inspiré Roger Zelazny pour son cycle des Princes d'Ambre (1970) :
De tous les royaumes de probabilité possibles dans le Monde Tordu, l'un peut être exactement comme notre Monde. Et un autre peut être comme notre monde à un détail près. Et un autre à deux détails près, et ainsi de suite. Et aussi… il peut en exister un qui soit complètement différent de notre monde à part un détail, et ainsi de suite.
 
Assez proche de L'univers en folie de Fredric Brown, ce court roman de Sheckley sera réédité en volume dans une version rallongée et une nouvelle traduction sous le titre Echange standard (traduction Guy Abadia, collection Ailleurs et demain - Robert Laffont 1973, publié avec La dimension des miracles.) Chez Sheckley, comme l'écrira Andrevon dans la recension du n°236, "l'univers est illisible", et rend dingue celui qui prétend "quitter sa banlieue solaire" (sauf ou surtout s'il a recours au pançaïsme). En prenant pour acquis la possibilité de dissocier le corps et l'esprit, on peut admettre la potentialité non plus fantastique de la métempsychose, mais scientifictionnelle du "mindswap", du transfert d'esprit. Sheckley ne nous dupe pas avec des progrès extraordinaires et fait grincer ses rouages : une telle potentialité régie par une efficacité scientifique crée inévitablement, on l'a vu, un marché.. Là où Sheckley s'en tire avec un mouvement "brownien", c'est avec la notion que tout esprit plongé dans un corps étranger exerce une poussée sur la perception de ce qui l'environne pour ne pas raison perdre. Nous voilà au seuil d'un paradoxe à la Lewis Carroll : s'en remettre à la psychose pour ne pas devenir fou.




MISE A JOUR DU 26/09/2026 :
Quelques petits détails de mise en page dans l'epub, qui ne se sont pas montrés satisfaisants, ont été revus (les illustrations pleines pages notamment). Le lien proposé en début de billet ouvre sur le bon epub "perfectionné". Merci.

Bon, puisque vous avez été bien sages, vous avez gagné les images extraites du "livre le plus mythique de la SF en France", à savoir les illustrations de Enki Bilal pour l'édition pilonnée des Berserker :

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