08 juillet, 2026

Galaxie (2eme série) n°023 – Mars1966

Galaxie mise toujours autant sur ses piliers, mais les points forts de ce numéro ne sont pas, ou pas encore, les vedettes. On appréciera davantage Philip Dick ou Jack Sharkey que Williamson ou McIntosh, avec tout le respect que nous devons pourtant à ces grands anciens.

Ah, enfin, la voilà cette foutue fusée !

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Sommaire du Numéro 23 :


1 - Frederik POHL Jack WILLIAMSON, L'Enfant des étoiles (1) (Starchild, 1965), pages 4 à 64, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Gray MORROW

2 - Philip K. DICK, Simulacre (Precious Artifact, 1964), pages 65 à 80, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

3 - Lester DEL REY, Le Dernier Terrien (The Last Earthman, 1965), pages 81 à 89, nouvelle, trad. René LATHIÈRE

4 - J. T. McINTOSH, Fric-frac sur Vokis (No Place for Crime, 1959), pages 90 à 123, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Dick FRANCIS *

5 - Jack SHARKEY, Journal de bord (The Dope on Mars, 1960), pages 124 à 140, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Wallace (Wally) WOOD *

6 - Keith LAUMER, Mort aux vermines ! (A bad day for vermin, 1964), pages 141 à 147, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

7 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 148 à 149, bibliographie

8 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 154 à 155, courrier

9 - (non mentionné) , Résultats du référendum sur le n° 21, pages 159 à 159, notes 


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.



Galaxie en annonce la fin au prochain numéro, mais il reste deux parties encore après cette première ouverture de L'enfant des étoiles. Curiosité de l'édition, ce roman fait suite aux Récifs de l'espace que Galaxie publia dans ses numéros 6, 7 et 8, mais sera le premier publié en volume (Le masque science-fiction n°44 - 1976) ; il faudra attendre 1978 pour voir le premier opus publié en volume, et chez un autre éditeur (Press Pocket), ce qui fera dire à Jean-Pierre Andrevon dans le Fiction n°276 : " … en l'absence du premier volet, l'action décrite dans le second (...) restera tout à fait incompréhensible à qui n'aurait pas eu connaissance du premier. "
En effet, non seulement ce deuxième mouvement reprend les éléments du premier (les décors principaux, les antagonismes entre Machine toute puissante et planificatrice et Rebelles vivant leur utopie collectiviste au-delà de son influence dans les récifs de l'espace), mais encore on ne découvre rien de très nouveau ici - le héros, par exemple, est de nouveau un bleu à déniaiser. Cependant, les auteurs ne se sont pas encombrés à rappeler les éléments d'explication du roman précédent (ce qui aurait alourdi la narration, vive et directe). Mais même avec la souvenance du premier opus, on sera tout de même surpris par l'incursion de quelques éléments d'appartenance plutôt fantastique : revenant, prophétie, apparition - disparition… Pas du meilleur cru, ainsi, pour Frederik Pohl et Jack Williamson, mais le scénario reste somme toute bien ficelé comme une petite série Star Wars ou une plaisante aventure solo de jeu de rôles.


Chaque nouvelle parution d'un récit de Philip K. Dick dans les pages de Galaxie peut aussi laisser ce sentiment de déjà-vu, mais force lui en est d'avoir été constant dans ses thématiques, que nous nous réjouissons de voir s'inventer et se préciser d'une histoire à l'autre sur cette période des années 60.

" (...) je suis sur Terra pour des raisons sérieuses. Mon intention est de démontrer que ce sont en réalité les Proxiens qui ont gagné la guerre et que nous, les quelques Terriens survivants, nous sommes les esclaves de Prox et nous travaillons pour…» Il se tut. Il n'y avait rien à faire. "

On retrouve par exemple dans cet extrait l'un des motifs favoris de Dick, celui-ci sera même l'amorce du Maître du Haut-Château. En voici un autre :
" L'écureuil l'entendit. Il dressa les oreilles ce qui évoqua aussitôt dans l'esprit de l'homme un chat avec lequel il s'amusait jadis, un vieux matou somnolent qui leur avait appartenu, à son frère et à lui, à l'époque où Terra n'était pas encore aussi surpeuplée et où l'on avait le droit de posséder de petits compagnons familiers. "

On retrouve ici l'un des éléments principaux de son célèbre Blade Runner / Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques : le danger de perdre notre rapport aux animaux, et aux petits animaux tout particulièrement, qu'ils soient ou non domestiques (et ce n'est pas notre fidèle Ludo le hérisson - qui fêtait lors de la sortie de ce numéro ses trois ans - qui nous contredira sur ce point, n'est-ce pas Ludo ?).

Enfin, pour faire la jonction avec le précédent extrait :

« Et les animaux terriens ? Ont-ils tous disparu ? Le chien et le chat ? »

Mary jeta un coup d'œil aux deux gardes. Sans avoir besoin de parler, ils se comprirent en un éclair. « Après tout, cela vaut peut-être mieux, » fit-elle.

— « Qu'est-ce qui vaut mieux ? »

— « Que vous voyiez. Nous ne pensions pas que vous tiendriez aussi bien le coup. Vous avez le droit de voir. » Elle ajouta : « Oui, Milt, le chien et le chat ont survécu. Ils se sont réfugiés dans les ruines. Venez avec moi. »

Il la suivit, le cerveau en ébullition. Mary ne se trompait-elle pas pour la première fois ? Avait-il vraiment envie de voir ? Pourrait-il supporter le spectacle réel de ce qu'on avait cru bon, jusque-là, de lui épargner ? 

Dick, on le voit, est très alerte pour illustrer les mouvement pendulaires de la paranoïa. Dans cette nouvelle intitulée Simulacre (ce terme sera grandement utilisé par les traducteurs de Dick, qui use ici du mot plus trouble d'artefact (artifact) et ne dévoile pas autant l'aspect mimétique des choses ainsi définies), on explore avec lui toute la complexité de la reconstruction d'une Terre dévastée non pas d'un point de vue technique, mais sur le plan psychologique. La motivation d'aller de l'avant repose sur des espoirs : métissage des cultures l'une à l'autre étrangères, survivance de quelques espèces animales qu'on pourrait conserver dans des réserves, compagnonnage et instinct de protection, et surtout : avoir à faire avec des êtres vivants et non point des robots. Bien entendu, la mélancolie qui accompagne ces espoirs n'est pas absente mais ne s'articule pas sur de la nostalgie - le "retour de la douleur" dans son sens premier - mais sur un espoir plus vaste qu'un nouveau monde vivant surgira de cette reconstruction - dusse-t-il dépendre à sa base d'un mensonge, mais un mensonge structurant. C'est toute la problématique du territoire américain souffrant du génocide amérindien, ou celle du territoire européen restructuré par les promesses d'abondance du Plan Marshall qui sont ici évoquées, peut-être inconsciemment chez Dick, mais qui témoignent tout de même de la sensibilité et de la lucidité rares dont nous fait profiter ce grand auteur.

Le dernier terrien de Lester del Rey est une jolie petite nouvelle qui nous démontre gentiment la préciosité de notre planète mère. Concis et émouvant.



On retrouve J. T. McINTOSH dans Fric-frac sur Vokis, une histoire policière d'arnaque et de vol, sur une planète dont l'opulence attire les escrocs, mais aux méthodes policières réputées infaillibles. Le plan du vol parfait est un peu alambiqué et repose sur une mutation psi (la téléportation), mais l'ensemble n'est finalement que peu SF.


Vient ensuite un Journal de bord tenu par un reporter chargé de couvrir la première expédition sur Mars ; on y découvre les martiens (et on retrouve le goût de Jack Sharkey pour les métabolismes extraterrestres), et l'on rit de la naïveté du ton, des mésaventures de l'équipage et de la grogne permanente qui sévit entre ses membres dont chacun méprise la spécialité de l'autre. 

Dans Mort aux vermines !, une délibération de justice doit faire état du statut de criminel ou non de l'homme qui a assassiné le premier extraterrestre venu visiter la Terre - et que son assassin a considéré comme "une vermine". Keith Laumer joue avec une cascade de dominos qui ébranlent tout le système pénal.



Dans le Courrier des lecteurs, nous retrouvons le fidèle Henri Michaux de Versailles (le poète vivait, lui, à Paris, mais sait-on jamais...). C'est toutefois en réponse à un autre lecteur que nous pouvons lire cette petite note de la rédaction qui nous éclaire sur les rapports entretenus entre Galaxie et Fiction (dont les équipes rédactionnelles sont sensiblement clonées) :

Nous l'avons déjà dit à plusieurs reprises : nos deux revues sont complémentaires. Les chroniques qui donnent un « ton » à Fiction seraient déplacées dans Galaxie. Fiction se veut plus sérieux, Galaxie plus distrayant. Mais l'une et l'autre des revues nous semblent faites pour satisfaire à la fois tout amateur de science-fiction un tant toit peu éclectique.


Nous voilà avoir dépassé ce mois de juin 2026 le cap des 130 000 vues. Nous ne sommes pas peu fiers d'être suivis par de si nombreux visiteurs. A vous toutes et tous : MERCI de votre intérêt.

01 juillet, 2026

Galaxie (2eme série) n°022 – Février 1966

De l'aventure trépidante et des imbroglios diplomatiques entre les mondes, où se questionnent les partenariats et leur degré d'ingérence dans les affaires souvent liées à la vieille Terre, quand ce n'est pas la Terre toute jeune encore quand le temps lui-même était jeune… Un numéro fort agréable à lire, qui mise une fois encore sur les grandes pointures de la SF outre-Atlantique.

Le primitif est la grande quête
de la modernité!

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Sommaire du Numéro 22 :


1 - (non mentionné) , A nos lecteurs, pages 2 à 2, éditorial

2 - Robert F. YOUNG, Aux premiers âges (When Time Was New, 1964), pages 4 à 41, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Gray MORROW

3 - Philip K. DICK, Si Cemoli n'existait pas... (If There Were No Benny Cemoli, 1963), pages 42 à 62, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

4 - Jack SHARKEY, Le Talon d'Achille (The Business, as Usual, 1960), pages 63 à 71, nouvelle, trad. Frank STRASCHITZ *

5 - Keith LAUMER, Le Gouverneur de Glave (The governor of Glave, 1963), pages 72 à 101, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Jack GAUGHAN *

6 - Poul ANDERSON, Interdiction de séjour (My Object All Sublime..., 1961), pages 102 à 112, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

7 - Jack VANCE, Le Papillon de lune (The Moon Moth, 1961), pages 113 à 148, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

8 - (non mentionné), Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 151 à 151, bibliographie

9 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 152 à 154, courrier

10 - (non mentionné) , Résultats du référendum sur le n° 20, pages 159 à 159, notes (page manquante dans l'epub proposé ici).


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.



Aux premiers âges est une charmante histoire avec son lot de péripéties et de rebondissements. Robert F. Young y laisse de côté son goût habituel pour la poésie et la littérature au bénéfice d'une fraîcheur enfantine qui ne manque pas d'intelligence. Et si l'on y regarde de plus près, une deuxième lecture, un peu sardonique et presque subliminale, y est possible, impliquant la chute d'une civilisation martienne durant notre ère jurassique.

Si Cémoli n'existait pas…  de Philip K. Dick porte en elle les germes de son œuvre à venir, et demeure fascinante par sa concision. On pourra aussi y apprécier le ton déjà politiquement incorrect de Dick, notamment dans cet extrait :

" Le Bureau Centaurien de Renouveau Urbain était une entreprise de bienfaisance intersystèmes dont, malheureusement, l'autorité était immense. Il avait été informé de l'Accident de 2170 et s'était rué dans l'espace comme un organisme phototropique sensible à la simple lumière physique engendrée par l'explosion des bombes à hydrogène. Mais LeConte savait à quoi s'en tenir. En fait, les autorités centauriennes connaissaient de nombreux détails de la tragédie parce qu'elles avaient été en contact par radio avec d'autres planètes du système de Sol. Peu de races terrestres indigènes avaient survécu. LeConte lui-même était venu de Mars. Il était arrivé sur Terre sept ans plus tôt à la tête d'une mission de secours et avait décidé de rester car, les conditions étant ce qu'elles étaient, il y avait des occasions magnifiques à saisir…
Tout cela est vraiment compliqué, songeait-il en attendant que la voiture chauffe. C'est nous qui sommes arrivés les premiers mais il faut regarder la triste vérité en face : le B.C.R.U. nous dame le pion. À mon sens, nous avons fait du bon travail du point de vue de la reconstruction. Bien sûr, ce n'est pas comme avant… mais dix ans, ce n'est pas long. Qu'on nous donne encore vingt ans et les trains rouleront à nouveau. Et puis l'emprunt pour les routes a parfaitement marché. Il a même rapporté plus que prévu. "

Nous le constatons, il est notable qu'un américain comme Dick ait, en ce début des années 60, un discours pour une fois sans patelinage sur les plans de reconstruction - comme le Plan Marshall. Car en effet, il y a fort à gagner pour les reconstructeurs, qui passent le plus souvent comme généreux et désintéressés.
La bonne trouvaille de Dick dans cette nouvelle devenue classique, c'est l'homéojournalL'homéojournal, ou Journal homéostasique joue allègrement avec plusieurs des tropismes de Dick : quelle est la convention qu'on appelle réalité ? La machine douée d'un esprit de synthèse y est-elle sensible au point d'en trouver les mécanismes inconnus avant l'humanité ? Une réalité immanente, comme celle qui mobilise l'esprit religieux du messianisme, n'en profiterait-elle pas pour advenir et surgir dans notre réalité ? La machine en rêve-t-elle ? A moins que tout cela ne soit qu'une vaste escroquerie pointant notre propre insuffisance à prendre notre destinée en mains.

Le talon d'Achille est une bonne petite blague sur la Guerre Froide. Jack Sharkey y parvient à se moquer des deux camps sans discrimination.

On notera pour ce récit l'arrivée d'un nouveau traducteur, Frank Straschitz, dans l'équipe de Galaxie. On aura pu déjà le remarquer pour sa traduction du Monde aveugle de Daniel F. Galouye ; il traduira Moorcock pour la version française de la saga d'Elric le Nécromancien, Philip K. Dick pour Loterie solaire, Heinlein dans son Histoire du futur, Pavane de Keith Roberts, L'orbite déchiquetée de John Brunner, et un certain nombre de Stephen King, de Peter Straub, de Ann Rice…

Hormis l'aplomb sans faille du héros, le négociateur Retief qu'on retrouve après Ces féroces Qornts (in Galaxie n°18), on ne garde pas grand chose de la nouvelle Le gouverneur de Glave, plaisante mais un peu creuse. Et la SF que déploit ici Keith Laumer n'y sert toutefois que de décor.


Que cela vous plaise ou non, m'asséna-t-il, nous sommes au milieu du XXe siècle et la production de masse est un fait définitivement acquis. Un centre collectif n'est pas forcément laid parce qu'il est fabriqué en série. Au contraire, cela peut en réalité lui conférer une unité esthétique. "

Voilà bien le type d'arguments qui rendent toute discussion inutile au nom de la modernité. C'est ici le comble de ce "Il faut vivre avec son temps", puisque la nouvelle Interdiction de séjour est de Poul Anderson, et que le Temps est bien son sujet de prédilection (à défaut de prédiction). Il y est question, dans un récit pour une fois court mais percutant, d'exil dans un repli du passé provoqué comme un châtiment.


Jack Vance reprend, dans Le papillon de lune, le ressort des Princes Démon : comment débusquer un assassin quand on ignore tout de son identité ? Ici, il l'agrémente d'une société extraterrestre où chacun porte un masque lié à son rang et son humeur du jour, et où l'on ne s'exprime qu'en chantant en s'accompagnants de petits instruments, dont l'usage est codifié par un protocole complexe. Bien entendu, le protagoniste principal est un consul étranger qui s'évertue de se familiariser avec toutes ces étiquettes. Humour, péripéties, danger, exotisme… Tout est au rendez-vous !



Et maintenant pour quelque chose complètement différent…

Comme pour le n°17 de Galaxie, nous faisons appel à d'éventuels possesseurs de ce numéro 22 au format papier. En effet, dans les différents exemplaires scannés et mis au format epub que nous avons trouvés, n'apparait jamais la page 159 relative aux résultats du référendum sur le numéro 20.

Si vous vous sentez concernés par cet appel et si vous possédez ledit numéro, nous serons heureux que vous nous contactiez via les commentaires, pour nous délivrer ne serait-ce qu'une photo de cette page 159.

Merci à vous, chers lecteurs !


24 juin, 2026

Galaxie (2eme série) n°021 – Janvier 1966

Voici 1966, année de grands bouleversements aux éditions Opta, et incidemment pour les revues que sont Fiction et Galaxie - nous revenons sur la nouvelle direction en fin d'article. Pour l'heure, ce numéro s'équilibre fort bien avec deux nouvelles traitant du collectif dans la société, l'une moqueuse et sarcastique de Robert Sheckley, et l'autre utopique et tendrement grinçante de Theodore Sturgeon. Des trois autres nouvelles, on appréciera celles des assez méconnus Lloyd Jr. Biggle et Gordon R. Dickson, respectivement traitant du conditionnement collectif qu'est a justice, et de la représentation du collectif qu'est la classe politique.

Poker menteur pour un epub !

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Sommaire du Numéro 21 :


1 - Robert SHECKLEY, La Mission du Quedak (Meeting of the Minds, 1960), pages 5 à 41, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

2 - Lloyd Jr BIGGLE, La Planète des réprouvés (The Perfect Punishment / Pariah Planet, 1965), pages 42 à 76, nouvelle, trad. René LATHIÈRE, illustré par John GIUNTA *

3 - Algis BUDRYS, Meurs, car tu n'es qu'une Ombre ! (Die, Shadow!, 1963), pages 78 à 97, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE, illustré par Virgil FINLAY *

4 - Theodore STURGEON, Les Talents de Xanadu (The Skills of Xanadu, 1956), pages 98 à 127, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Virgil FINLAY

5 - Gordon R. DICKSON, La Wilf fidèle (The Faithful Wilf, 1963), pages 128 à 148, nouvelle, trad. Marcel BATTIN & Martine CHRISTIAENS, illustré par Virgil FINLAY *

6 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 150 à 151, bibliographie 


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.



La mission du Quedak est celle d'un robot organique : amener les êtres vivants à le rejoindre dans ses perceptions collectives. Il vient de Mars d'où a disparu toute vie… Robert Sheckley se méfie de cette mission qui sous des aspects collectivistes, cache la profonde tyrannie du vampirisme.

Mohrlock (dont on appréciera le patronyme hérité de la Machine à explorer le temps de H.G. Wells) a commis un meurtre par accident et en état de légitime défense. Pour sanction, il est envoyé dans une ville prison sur La planète des réprouvés, où les citoyens sont sommés de commettre leur quota de délits hebdomadaires, ou sinon… Une très bonne nouvelle de Lloyd Jr. Biggle, d'un humour à la Sheckley, où est surtout questionné le conditionnement inhérent à toute société pour faire fonctionner ses lois et la justice qu'elle fait appliquer pour le bien de la collectivité.


En parcourant Meurs, car tu n'es qu'une Ombre!, on croirait lire du Edgar Riee Burroughs et ses aventures martiennes de John Carter, mais venant de Algis Budrys, l'exercice donne un arrière-goût suranné. Passable.


10 ans après sa première traduction, on retrouve reformulée la nouvelle Les talents de Xanadu, de Theodore Sturgeon, avec laquelle Galaxie poursuit sa politique de réhabilitation des traductions discutables (et des coupes drastiques) effectuées pour la première série de la revue - la nouvelle passe d'ailleurs de 24 à 30 pages.

A l'occasion de notre billet sur le Galaxie n°35 d'Octobre 1956, nous avions relevé une citation, que voici, d'un traducteur non-crédité :

Depuis qu’il y a des êtres humains, l’homme a toujours été en conflit avec ses propres machines. Ou c’est lui qui les dominera, ou elles le domineront. Il est difficile de prédire quelle est l’éventualité la plus terrifiante. Mais toute civilisation formée essentiellement d’hommes doit en détruire une autre où les machines dominent, sous peine d’être elle-même anéantie. Il en a toujours été ainsi.

Voici maintenant, pour le même passage, la traduction de Michel Deutsch proposée dans ce numéro :

Depuis qu'il y a des êtres humains, il y a eu conflit entre l'Homme et ses machines. Ou c'est l'Homme qui domine les machines, ou ce sont les machines qui dominent l'Homme : il est difficile de dire lequel des deux termes de ce dilemme est le moins désastreux. Mais une culture fondamentalement composée d'hommes doit détruire la culture où les machines ont la primauté, sous peine d'être détruite par elle. Il en a toujours été ainsi. 

On voit que Deutsch abandonne l'aspect "prédiction" pour en faire une vérité générale, ce qui correspond davantage à la version originale. Qu'en conclure ? Que la SF, dans les années 50 en France, était encore un genre qui cherchait à s'imposer, et à s'imposer par sa faculté d'anticipation, et donc à se positionner par rapport au futur. Dix ans plus tard, les machines sont effectivement entrées dans les vies quotidiennes, et il n'est donc plus tant question d'anticipation que de réflexions sur la technique.

Répondant au Quedak de Sheckley, le Xanadu de Sturgeon mise sur la culture, la pratique des arts, une concentration pour sentir les choses et les gestes à faire pour s'exercer, pour développer collectivement la liberté des peuples. Bien entendu, pour que cela reste de la fiction, le tout repose ici aussi sur une symbiose avec une autre forme de vie. Une nouvelle très inspirante quoi qu'il en soit.

La wilf fidèle se révèle être une histoire sympathique, qui moque au passage et allègrement les néologismes coutumiers de la SF, et qui rappellera un peu l'humour de Fritz Leiber et le sens de l'aventure de Jack Vance. Mais c'est bien dans le second degré de ses dialogues et l'ironie de ses personnages que l'on retrouve tout le talent de Gordon R. Dickson. On notera aussi les magnifiques illustrations de Virgil Finlay, à l'honneur dans l'ensemble de ce numéro.



Un mot à présent sur la mention d'un nouveau directeur de publication : Daniel Domange. On se souvient que le directeur jusqu'en décembre 1965, Maurice Renault, n'était pas à proprement parler un érudit ou un amateur en matière de SF, lui préférant de loin le roman policier, mais on lui doit tout de même la naissance de Fiction en 1953, ainsi que la reprise de Galaxie dès 1964.

Voici ce que Galaxie publiera dans son numéro 22 de février 1966 :

À NOS LECTEURS 
Il y a dix-huit ans, Maurice Renault fondait les Éditions OPTA, en lançant en France Mystère-Magazine. C'était un acte de courage et d'audace que d'introduire sur le marché une revue comme celle-ci, alors unique en son genre. Mais Maurice Renault tint le pari, et le gagna ; Mystère-Magazine fut un succès.
Très vite, il sut lui imprimer une personnalité. Spécialiste éclairé du policier, infatigable chercheur, il fit de la revue un carrefour de toutes les tendances, un reflet fidèle de l'évolution du genre, tout en lui communiquant un dynamisme propre.
Puis, en 1953, sentant que la littérature d'évasion était à un nouveau tournant, il tenta un second pari, plus risqué encore que le premier : ce fut le lancement de Fiction, la première revue française de S.F. Là aussi, sa politique de « personnalisation » du magazine eut les plus heureux effets et, rapidement, le succès de Fiction s'affirma, dans le sillage de sa sœur aînée. En 1957, Maurice Renault créait le Club du Livre Policier, autre idée neuve, dont la popularité ne s'est pas démentie depuis. Hitchcock Magazine et Galaxie virent également le jour sous son impulsion. Enfin, l'an passé, il présida aux débuts du Club du Livre d'Anticipation.
Depuis deux ans, Maurice Renault avait également une activité secondaire d'agent littéraire. L'extension croissante de son agence le conduit désormais à se consacrer uniquement à celle-ci et à la direction littéraire du Club du Livre Policier.
Tous nos lecteurs, nous en sommes sûrs, le remercieront avec la rédaction pour l'action qu'il a menée avec tant de succès afin de faire des Éditions OPTA les plus grands spécialistes français du policier et de l'anticipation.
GALAXIE

On connait mieux, à travers quelques témoignages, les circonstances de cette passation de pouvoir. Voyons à titre d'exemple ceux de Jacques Sadoul tout d'abord, dans le n°12 de la revue Univers (mars 1978), et de Jean-Pierre Andrevon dans sa préface au Livre d'Or de la SF consacré à Alain Dorémieux (décembre 1979).

Jacques Sadoul, tout d'abord, déclare :

" Pendant des années, Maurice Renault se contenta de publier deux revues : Mystère Magazine et Fiction, avec l’aide de collaborateurs tels que Jacques Bergier, Igor B. Maslowski et Alain Dorémieux. En 1958, il créa le Club du Livre Policier qui donna une dimension nouvelle aux Éditions Opta. En 1964, Maurice Renault racheta les droits de Galaxie dont la précédente édition française avait fait faillite. Avec Hitchcock Magazine, précédemment publié, cela portait à quatre le nombre des revues de la maison. C’est cette même année que j’y entrais à mon tour, d’abord pour m’occuper des magazines policiers. Je proposais bientôt la création d’un Club du Livre d’Anticipation, sur le modèle du Club du Livre Policier. Parvenir à décider Renault et ses associés fut un travail d’Hercule et, je crois, mon plus grand titre de gloire dans tout ce que j’ai pu faire pour la science-fiction. Le Club débuta fin 1965, Dorémieux en étant le codirecteur. Nous rééditâmes d’abord la trilogie Fondation d’Isaac Asimov et le succès fut immédiat.

L’avenir d’Opta semblait alors assuré lorsque Maurice Renault, qui avait toujours su diriger sa maison avec intelligence et habileté, dut en quitter la direction à la suite d’un changement de majorité des actionnaires. Je ne tardais pas à quitter à mon tour le navire et rejoignis J’ai Lu. Le nouveau patron, M. Daniel Domange, était un publicitaire cent pour cent qui ignorait tout de l’édition. Une politique promotionnelle nulle, jointe à la publication de petits ouvrages aberrants, avait déjà grandement entamé l’équilibre financier de la maison lorsque M. Domange mourut accidentellement. Opta fut alors repris en main par un groupe d’éditions provenant de la Société Encyclopédique Française de Philippe Daudy ; sa fille, Martine Castaing, prenant la direction effective de la maison. Michel Demuth qui était entré dans la maison en 1966, époque où j’en étais encore le directeur littéraire, avait succédé à Dorémieux, lors de la démission de celui-ci survenue un an après mon propre départ (1968-1969).

Jean-Pierre Andrevon, ensuite :

OPTA reste une boîte de publicité, dont la branche édition n’est qu’un rameau de piètre importance, surtout que Maurice Renault a dû prendre sa retraite en 1965, remplacé par Daniel Domange, qui ne connaissait certes rien à la S.-F. mais était conscient de l’essor du genre. Malgré la venue d’un troisième larron, Michel Demuth, Lyonnais, nouvelliste, traducteur, que Dorémieux intègre en 1966 à l’équipe embryonnaire, OPTA reste « une maison de fous », au fonctionnement artisanal, où les trois hommes doivent, avec l’aide d’une seule secrétaire [deux tout de même à partir de 1967], tout faire, de la sélection des textes à la relecture des épreuves.

Dorémieux, qui reste fondamentalement un homme fragile, rêveur, « mal dans sa peau », subit de plus en plus difficilement cet emballement qui court à la rupture. Sa position, il l’occupe sans jamais l’avoir vraiment voulu : pour lui, tout a été le fait de hasards successifs, d’un enchaînement de situations qui l’a porté vers un sommet dont il mesure maintenant la vanité, propices aux vertiges. Les années 1965-1966 sont celles aussi où son mariage, du fait de l’instabilité mentale de sa femme, le précipite dans les méandres bien connus de l’enfer conjugal. Rien ne va plus : Dorémieux ne s’entend pas avec Sadoul, qui doit démissionner début 1968. Et en 1969 c’est une nouvelle crise, qui éclate cette fois entre Dorémieux/Demuth et Daniel Domange. Elle se résout par la démission des deux amis.

Michel Demuth, seul, va finalement réintégrer OPTA, pour sauver les meubles. Il hérite du titre de directeur littéraire, qu’avait endossé Dorémieux depuis le départ de Jacques Sadoul.

Dorémieux garde toutefois la direction de Fiction, qu’il assume de l’extérieur, au milieu de sa débâcle personnelle : en 1969, son mariage se désagrège définitivement. Il n’a plus qu’un but en tête : la fuite. Il quittera Paris fin 1970, en compagnie de Michèle, assistante de rédaction à OPTA, qui deviendra sa seconde femme.

… et plus loin :

Le directeur des éditions OPTA, Daniel Domange, s’est tué dans un accident d’avion le 31 mai 1971 ; après un interrègne de Mme Domange, la société OPTA revient en 1973 à Philippe Daudy, qui nomme peu après sa fille, Martine Castaing, directrice des publications. C’est une époque de surcompression où OPTA, pour échapper aux créanciers voraces, se lance dans la politique bien connue de la « fuite en avant » : naissent la collection « Anti-Mondes » et le trimestriel « Marginal », tous deux dirigés par l’increvable Michel Demuth et, hors S.-F., une floraison de titres incongrus, comme la revue intello-porno Emmanuelle ou la série OK Docteur

Un accident d'avion ! L'érudit Alain Villemur dans le n°13 d'Univers précise :

C’est au tour du destin de frapper Opta. Le 30 mai 1971, Daniel Domange trouve la mort aux commandes de son avion de tourisme. Dans cet accident périt également un de ses amis, un banquier qui était le principal soutien financier de la société Opta. On continue cependant sous la direction de Mme Domange et Michel Demuth crée, à la fin de la même année, la collection « Anti-Mondes », consacrée aux jeunes auteurs anglo-saxons. « Anti-mondes » débute par la réédition de L’île des morts de Zelazny (publié quelques mois plus tôt en G-Bis) et la publication de La tour de verre de Silverberg.

Nous le voyons, avec 1966, voici l'aube d'une nouvelle période pour les revues Fiction et Galaxie. Les fondations vacillent chez OPTA, les collections concurrentes vont se multiplier par ailleurs (et demain), les coups de poignard dans le dos et les scandales littéraires aussi.

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