21 juin, 2026

Cadeau bonus : Fiction Spécial n °8 : L'Âge d'or de la science-fiction - Astounding 1ère série, 1940-1947 (Décembre 1965)

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Prévu pour le mois de Novembre 1965, et donc mentionné comme un numéro 144 bis, c'est avec un petit mois de retard que parait le Fiction Spécial n°8. Quelle n'est pas notre surprise de constater un revirement dans la politique éditoriale, qui s'était déclarée vouloir développer le champ de publication d'une science-fiction européenne (et forte de 4 anthologies consacrées aux auteurs français ainsi qu'une aux auteurs italiens).
Car c'est la science-fiction à l'américaine, et celle datée des années 1940 qui plus est !, qui est mise à l'honneur, à travers un choix des nouvelles les plus marquantes parues dans la revue "Astounding", pionnière du genre, sous le titre "L'Âge d'Or de la science fiction".

On ne saurait jamais assez questionner la notion "d'Âge d'Or", toujours acoquinée d'une appartenance à "l'originel" (la faute à Hésiode !), comme si tous les développements ne valaient jamais l'original, n'arrivaient jamais à le surpasser, ni même l'égaler. Le 4ème de couverture évoque même "La science fiction à son sommet", signifiant par-là que tout le reste depuis n'est que dégénérescence ou descente dans les bas-fonds (de la qualité, sous entendu).
Argument publicitaire sans aucun doute, mais qui ne manque pas de jeter le trouble dans le rôle que désire afficher la revue dans la promotion d'un genre encore peu admis en tant que tel, en France du moins, dans les rangs de la littérature générale (et chez les grands éditeurs français). Un tant soit peu "réactionnaire" dans son choix, donc, ce numéro Spécial sera même le premier d'une longue série d'anthologies consacrées aux auteurs outre-atlantiques d'antan.

En réalité, les huit nouvelles qui constituent cette anthologie ne reflètent pas entièrement le choix de l'équipe française de Fiction. Il s'agit de la traduction d'une anthologie américaine célébrant la revue de John W. Campbell : "The first Astounding S. F. anthology". L'ensemble est traduit par un Pierre Billon qui a dû travailler d'arrache-pied pour livrer (presque) à temps la matière que voilà, et qui, avouons-le tout de même, est de bonne, voire de très bonne qualité.

Sommaire du Fiction Spécial n°8 :
1 - (non mentionné) , Introduction, pages 5 à 6, introduction
2 - Robert HEINLEIN, Il arrive que ça saute (Blowups Happen, 1940), pages 9 à 55, nouvelle, trad. Pierre BILLON
3 - Jack WILLIAMSON, Le Renégat (Hindsight, 1940), pages 56 à 75, nouvelle, trad. Pierre BILLON
4 - Alfred Elton VAN VOGT, Le Caveau de la bête (Vault of the Beast, 1940), pages 77 à 103, nouvelle, trad. Pierre BILLON
5 - Lyon Sprague DE CAMP, L'Exalté (The exalted, 1940), pages 105 à 128, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
6 - Lewis PADGETT, Point de rupture (When the Bough Breaks, 1944), pages 129 à 155, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
7 - Henry KUTTNER, Combat de nuit (Clash by Night, 1943), pages 157 à 217, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
8 - Murray LEINSTER, Premier contact (First contact, 1945), pages 219 à 252, nouvelle, trad. Pierre BILLON
9 - Eric Frank RUSSELL, Violon d'Ingres (Hobbyist, 1947), pages 253 à 286, nouvelle, trad. Pierre BILLON

* Nouvelle restée sans publication postérieure à celle présentée ici.

FICTION présente son nouveau numéro Spécial :

L'introduction tout d'abord ...

Dans l’histoire de la science-fiction américaine, 1937 est une date déterminante : c’est celle à laquelle John W. Campbell devint rédacteur en chef de la revue Astounding Science Fiction. Celle-ci existait déjà depuis sept ans, mais c’est seulement sous l'impulsion de Campbell qu'elle devait prendre une importance capitale, et occuper la place qui fut la sienne entre 1940 et 1955 : celle de la meilleure revue américaine dans ce domaine.

Avant Campbell, il n’existait pas de magazine de science-fiction sérieux digne de ce nom. Avec lui, le nom même de Astounding devint le symbole d'une science-fiction adulte, cohérente, scientifiquement vraisemblable, empreinte d’un souci de réalisme : caractéristiques qui firent prendre au genre un tournant décisif et le marquèrent durablement.

Parmi les auteurs découverts par Campbell à cette époque et publiés en vedette par Astounding, figurent la plupart des grands maîtres de la science-fiction : Robert Heinlein, Isaac Asimov, A. E. van Vogt, Clifford D. Simak, Theodore Sturgeon, Henry Kuttner, etc. Sans compter ceux qui, tels Jack Williamson ou Murray Leinster, avaient fait leurs débuts auparavant mais écrivirent dans Astounding leurs œuvres les plus achevées.
On peut donc bien, en se référant à la carrière de ce magazine prestigieux, parler d'un Age d'Or de la science-fiction : l’époque où celle-ci s'affirma pour la première fois comme un genre littéraire.

De cet Age d'Or, une image est offerte pour la première fois par cette anthologie, où sont groupés huit grands récits publiés dans Astounding entre 1940 et 1947. (Une seconde anthologie, à paraître l’année prochaine, regroupera des récits publiés de 1947 à 1951.)

... et le quatrième de couverture :

LA SCIENCE FICTION A SON SOMMET

La science-fiction nous entraîne
vers des planètes étranges,
vers les merveilles d'un lointain futur,
vers les horreurs possibles de la vie
sur Terre dans un siècle d'ici.
Les bases de la science-fiction moderne
furent jetées aux Etats-Unis
par le magazine Astounding
qui dans les années 1940
servit de tremplin à tous
les grands auteurs d'aujourd'hui.
Dans cette anthologie, vous trouverez
huit grands récits appartenant
à cet Age d'Or de la science-fiction,
huit récits dont les thèmes ont fait date.
Vingt années plus tard,
ces œuvres restent mémorables.

Un merveilleux stimulant de l'imagination !

L'avis du PReFeG :

Une chose frappe de prime abord : l'éblouissante distraction des auteurs américains de cet autoproclamé "Âge d'Or" envers un conflit qui ravageait l'Europe. Les quatre premiers récits datent de 1940, dont celui de Heinlein, qui, s'il parle d'énergie atomique, celle-ci ne semble dépendre que de la seule exploitation américaine de l'uranium ; s'il parle de bombe, ce n'est que pour décrire le moteur de la centrale atomique dont on redoute l'instabilité conceptuelle.
Jack Williamson quant à lui évoque peut-être, en cette même année 1940, le nazisme triomphant lorsqu'il met en scène des hordes de pirates devenus plus puissantes que les planètes-états, et donc inévitablement tentées par l'impérialisme, mais le héros qui leur désobéira ne le fera pas par idéologie, mais par patriotisme.
Les nouvelles de Van Vogt et de Sprague de Camp datant de cette même année renforcent cette impression que l'Amérique, alors, regardait ailleurs, et que la science-fiction de cet Âge d'Or n'avait pas pour mission d'extrapoler l'avenir à partir des éléments du présent, mais bien au contraire de distraire du présent avec des éléments imaginés pour l'avenir - soit toute la différence entre spéculation et fantasme.

Placer la nouvelle de Robert Heinlein Il arrive que ça saute en toute première position est sans doute ce qui induit le plus cette impression d'une Amérique distraite. Le choix du thème de la nouvelle de Heinlein - l'énergie atomique - est pourtant au cœur des préoccupations militaires de cette seconde Guerre Mondiale qui n'est, en 1940, pas encore arrivée au bout de ses atrocités. Nous avons là une étrange SF d'avant-guerre où la puissance atomique n'est pas déjà envisagée comme une arme, même dissuasive. Heinlein nous dépeint un futur (à travers les cabines de métro individuelle et les super véhicules qui transporte les protagonistes en un éclair) dispendieuse en énergie par sa technologie, mais qui n'a pas dépassé le stade de la recherche sur la fission de l'uranium. S'ensuit un récit sans doute un peu naïf sur les dangers réels d'une centrale atomique, mais dont le risque de panne ou d'explosion ne résulterait que d'un défaut de surveillance humaine, ou de la névrose qui toucherait les ingénieurs, surveillants eux-mêmes surveillés par des psychiatres toujours sur leurs talons. Pas vraiment de la SF donc, du moins de nos jours, mais bien plutôt du retrofuturisme un peu trop didactique pour parvenir à nous emmener très loin dans les anticipations.
On pourrait reprocher aussi la morgue et le grand sérieux un peu naïf avec lequel Heinlein aborde son récit (on le connait heureusement plus léger, notamment dans ses récits adressés à un plus jeune public). Le passage suivant, par exemple, qu'on pourrait juger humoristique, du moins satyrique, ne l'est en fait pas du tout  :

Il leur exposa le schéma d’un projet de campagne de propagande à l’échelle nationale, telle qu’une grande firme de publicité en pouvait entreprendre couramment. Elle était complète jusqu’au moindre détail : émissions radiophoniques, tracts, publicité dans les journaux et les magazines avec éditoriaux de commande, « comités de citoyens » factices et – chose importante entre toutes – une campagne de bouche à oreille et une organisation de lettres au Congrès. Chaque homme d’affaires présent savait d’expérience comment tout cela fonctionnait.
On retrouvera ce type de plan de propagande souvent joliment moqué par Frederik Pohl et Cyril Kornbluth - dans Planète à gogos, par exemple.
Quoi qu'il en soit, Heinlein, malgré un style ici très bavard, connait déjà son métier et arrive tout de même à produire un texte agréable à suivre.

Le fait de pouvoir changer depuis l'avenir le cours du passé et ainsi remodeler des batailles perdues en victoire, cela serait une arme redoutable. Mais n'y a-t-il pas des facteurs qui échappent au jeu des causes et des conséquences ? Voilà la question posée par Jack Williamson, dans Le renégat, et qui semble rendre inéluctable la marche des événements…

Dans Le caveau de la bête, A. E. Van Vogt reprend à son compte l'idée de Campbell (in La chose d'un autre monde) d'un envahisseur métamorphe extraterrestre, et place le lecteur en témoin de son intimité intérieure. Comme toujours chez cet auteur, les enjeux sont énormes, toujours trop, et un seul homme parvient à déjouer tous les pièges. On adhère ou pas.

Dans la série des nouvelles "Moquons allègrement la morgue des grandes universités et leurs pompeux professeurs", après les écrits de Reginald Bretnor ou de Robert Abernathy, par exemple, Lyon Sprague de Camp et L'exalté proposent une jolie collection d'inventions farfelues mais qui pourraient toutes se prétendre sujet d'une nouvelle chacune. Inepte, on jugera même certains aspects de la traduction - comme le langage de l'ours parlant - un peu déplacés, mais l'ensemble demeure cocasse.

" L’humour n’est pas un sens inné, mais il se développe essentiellement sur le fond de cruauté qui existe chez la plupart des individus. Plus un intellect est primitif, plus son sens de l’humour est élémentaire. Il est probable qu’un cannibale s’amuserait prodigieusement de voir sa victime se débattre dans la marmite. Un homme glisse sur une peau de banane et se rompt le cou. À ce moment, l’adulte cesse de rire ; l’enfant, pas. Une situation embarrassante est tout aussi pénible pour un individu civilisé que la douleur physique. Un bébé, un enfant, un crétin sont incapables de pratiquer l'altruisme. Aucun d’eux ne peut s’identifier avec un autre individu. Il manifeste un regrettable égotisme ; son comportement est régi par des règles entièrement arbitraires et le contenu de la poubelle, répandu à travers la chambre à coucher, ne semblait nullement comique aux yeux de Myra et de Calderon. "
De l'humour, certes ; mais on retrouve aussi deux des thèmes de prédilection du couple Lewis Padgett : les enfants qui s'adonnent aux dangereuses expériences que leur alloue une intelligence hors-norme, ainsi que la machine infernale de la fatalité dont le ressort est remonté à bloc, mais qui n'empêche pas l'audace humaine de tenter d'en enrayer la marche et d'atteindre le Point de rupture.

A noter : cette nouvelle datée de 1941 par la revue, a été publiée originellement en novembre 1944, dans le même numéro d'Astounding qui édite "Killdozer" de Theodore Sturgeon.

On croirait lire du Poul Anderson : même application à rendre crédible un monde - ici celui des bases sous-marines de Vénus, même sens des péripéties aux enjeux croisés dans des batailles qui font rage d'une part entre armées, et d'autre part aux fins fonds d'un protagoniste encerclé par ses contradictions... Mais dans Combat de nuit, la guerre n'est pas perçue comme un élan vital, la victoire a l'amertume des vanités, et le combat ne vaut que par l'absurdité de sa cause. Une bonne novella de Henry Kuttner demeurée introuvable depuis.

Premier contact : une première rencontre entre terriens et extraterrestres a lieu dans les circonstances particulières d'explorations spatiales. Or, chaque corps de vaisseau se doit de ne rien révéler de son berceau d'origine avant que ne puisse s'installer une confiance réciproque et inconditionnelle, conditions éminemment rares et périlleuses. La nouvelle tourne et retourne ce problème dans tous les sens pour chercher à éviter l'inévitable conflit, jusqu'à... Un bel hymne à l'amitié entre les peuples du vétéran du genre Murray Leinster.

Tel Robinson Crusoé, un explorateur patenté se retrouve naufragé sur une planète étrangère, loin de toutes routes galactiques, et sans pouvoir ni se localiser, ni repartir. Une première énigme s'impose à lui, puis une autre… Le récit suit des péripéties de raisonnements et de sang-froid extraordinaires, qui pourraient paraître un peu factuels et froids s'il n'y avait pas la présence cocasse de Laura, un beau perroquets ara au langage bien fleuri. Une belle nouvelle bien équilibrée d'Eric Frank Russell, dont la raison d'être du titre, Violon d’Ingres, ne se dévoile qu'à la toute fin.

On terminera sur une petite note de la rédaction à propos de cette nouvelle, écrite après-guerre, et qui semble faire état d'une science-fiction déjà différente de celle des années passées : " Son récit est l’un des plus curieux et des plus recherchés du présent numéro, et il annonce sans contredit un type nouveau de science-fiction à résonances psychologiques, tel qu’il commençait à se dessiner à la fin des années 1940. " Ceci annonce surtout le second volet de cette anthologie de la revue Astounding, et qui fera l'objet du Fiction Spécial n°9 (n°150 bis de mai 1966).

17 juin, 2026

Fiction n°145 – Décembre 1965

Entrée de Daniel Walter dans le cénacle des auteurs de science-fiction française, et 29ème pilier de notre panthéon… Celui qui assurera l'intérim éditorial d'Alain Dorémieux à partir de 1984 sera aussi à cette époque-là directeur des collections C.L.A. et Galaxie-Bis  (nourrissons de 1965). Un destin relie peut-être ces trois entités, dans ce numéro qui traite pour beaucoup de liens, de relations, de liaisons, voire d'emprise.

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Sommaire du Numéro 145 :


1 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 8 à 8, bibliographie

NOUVELLES


2 - Michel DEMUTH, Les Grands équipages de lumière (2030), pages 10 à 44, nouvelle

3 - Avram DAVIDSON, Génocide (Now Let Us Sleep, 1957), pages 45 à 60, nouvelle, trad. GERSAINT

4 - ARCADIUS, La Chanson perdue, pages 61 à 72, nouvelle *

5 - Miriam Allen DEFORD, Les Transfuges (Slips Take Over, 1964), pages 73 à 87, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE

6 - Jane BEAUCLERCK, Seigneur Lunaire (Lord Moon, 1965), pages 88 à 99, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE *

7 - Jean-Michel FERRER, Le Monde terne de Sébastien Suche, pages 100 à 103, nouvelle

8 - Kit REED, La Colonie des orphelins (On the Orphans' Colony, 1964), pages 104 à 111, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE *

9 - Jérôme SERIEL, Le Fabricant d'événements inéluctables, pages 112 à 117, nouvelle

10 - Winona McCLINTIC, Le Chemin hors de la ville (The Way Out of Town, 1960), pages 119 à 125, nouvelle, trad. Claude CARME *

11 - Daniel WALTHER, Les Étrangers, pages 126 à 130, nouvelle *

CHRONIQUES


12 - Maxim JAKUBOWSKI, Lettre d'Angleterre : L'Année dernière au Mount Royal, pages 131 à 134, article

13 - Gérard KLEIN, Exécution et apothéose de Jacques Sternberg, pages 135 à 138, article

14 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 139 à 149, critique(s)

15 - COLLECTIF, Le Conseil des spécialistes, pages 150 à 151, critique(s)

16 - Anne TRONCHE, Revue des arts, pages 152 à 153, critique(s)

17 - (non mentionné) , En bref, pages 155 à 157, article

18 - (non mentionné) , Table des récits parus dans "Fiction" - Treizième année (deuxième semestre 1965 : n°s 140 à 145 bis), pages 158 à 159, index


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Dernières parutions pour quelques auteurs et autrices et ce numéro : Arcadius, Jérôme Sériel et Jane Beauclerck, dont on regrettera pour cette dernière (beaucoup moins pour les deux autres) que les publications soient si rares dans l'espace francophone.

Le nouvel opus des "Galaxiales" de Michel Demuth jouit d'une aura de production "faite maison" dans Fiction. En témoigne cette note assez peu commune :

" Nous avons reçu de divers lecteurs des témoignages de sympathie et d'encouragement pour cette entreprise, et nous continuons de solliciter vos avis. Car c'est un peu de vos suffrages que dépendra la continuation régulière de cette série dans Fiction. Écrivez-nous donc pour nous dire ce que vous pensez des « Galaxiales ». "

Nul doute que Michel Demuth aurait aimé écrire des "webfictions" s'il avait publié de nos jours.

L'épisode ici présenté, Les grands équipages de lumière, offre un récit double, avec d'une part l'histoire d'une forme de vie minérale en plein essor et qui se répand dans l'espace après avoir consommé toute sa planète, et d'autre part le récit des premiers colons dans un vaisseau-arche en proie aux dysfonctionnement de leur moteur. Du suspens, quelques péripéties, dont certaines rappelleront le ton de J. T. McIntosh, et un récit enfin pleinement S.F. pour ces Galaxiales. 

On pourrait imaginer que les lecteurs de 1965, ayant pu lire précédemment le tableau chronologique des Galaxiales à venir, en auront sans doute fantasmé les épisodes - amplifiant l'effet d'annonce bien éprouvé et créé par le tableau récurent des nouvelles à paraître dans la revue (certaines se faisant attendre plus d'un an…). Habile de la part de l'auteur, ce jeu possède toutefois le revers de proposer un récit plus décevant que celui évoqué par le titre.


A propos de titre, il est dommage que le titre français dévoile tout le sujet de cette très belle nouvelle sur la question du Génocide. Avram Davidson y déploie sa démonstration habilement, comme toujours, mais le titre original ("Et maintenant, dormons !") avait l'avantage de cristalliser ses effets sur la chute.


Arcadius recycle et condense plusieurs idées déjà parcourues dans la revue : "La vana" de Alain Dorémieux, "L'arbre" de Robert F. Young, un ton à la Sternberg… Mais la mélodie et les arrangements de La chanson perdue se laissent apprécier, comme le bon sous-produit de variété qu'il est.


Pour la première fois, Miriam Allen deFord se sert de sa connaissance des éléments fortéens (voir son article sur Charles Fort dans le Fiction n°24 - novembre 1955) pour tisser sa nouvelle, qui traite de glissements involontaires entre mondes parallèles et Les transfuges qui subissent un monde dont les repères ont disparus. Un peu didactique au début, mais le développement est assez angoissant, et évoque la décompensation psychique.


Après avoir posé les bases de son monde, Jane Beauclerck nous invite à suivre les aventures concises d'un héros rusé mais bienveillant, Le seigneur Lunaire (dont le titre de Lord Moon rend bien mieux en version originale). Toujours ce ton de fable et ce mélange féodal et technologique, avec au passage une habile parade contre les appétits coloniaux des visiteurs de l'espace.


Le Monde terne de Sébastien Suche est une ode aux lecteurs de SF, où se multiplient les références, et où le principe d'évasion n'est pas de fuir le réel, mais bien de lutter contre la répétition de la vie quotidienne. Intéressant récit pour une fois un peu plus détaillé de Jean-Michel Ferrer (soit Michel Demuth qui phagocyte les pages de ce numéro).


Kit Reed propose deux variations : une sur le thème du vampire et une autre pour une nouvelle planète piège, dans un style faussement naïf. La colonie des orphelins est bien menée, même si peu surprenant.


Jérôme Sériel, dont on déplorera l'usage de certains mots en "n", se stylise et fabrique ses phrases, mais oublie un tant soit peu son histoire qui aurait pu être du Borgès … s'il en avait eu l'intellect. Le fabricant d'événements inéluctables semblable à un Dieu ou au fatum romain aurait pu nous intriguer davantage, mais est rendu flou par un usage immodéré d'images ineptes qui ralentissent les descriptions. Au revoir, Jérôme Sériel, rendez-vous avec le Troisième Type !


Le chemin hors de la ville, de Winona McClintic, pose une ambiance d'apocalypse et l'insouciance de ses observateurs rendent à cette nouvelle un aspect absurde et inquiétant, allégorique. Bref : tout l'inverse de la nouvelle de Sériel.


Inquiétante étrangeté là aussi pour Les étrangers, première nouvelle (sur un total de 42 !) de Daniel Walther publiée dans Fiction (il y est même orthographié "Walter"). Comme dans celle de deFord, il y est question d'un glissement dans un monde sans doute parallèle et surtout hostile aux transfuges. Concis et efficace.

Comme nous l'avons évoqué plus haut, il faudra attendre une petite quinzaine d'années avant que Daniel Walther entre aux éditions Opta en qualité de Directeur des Collections du Club du Livre d'Anticipation et de Galaxie Bis. A propos de Daniel Walther et son entrée dans l'équipe éditoriale de Fiction, nous pouvons lire :

" J'ai commencé mon travail pour les éditions Opta au début des années 80. ça s'est fait sur un coup de fil de Juliette Weingand. Je précise bien que c'est Opta qui est allé vers moi et non le contraire, car, il fut un temps, certains se posaient des questions sur mes dons d'intrigant dissimulé en province. Passons.

          Je suis également devenu éditorialiste après le départ d'Alain [Dorémieux]. A ma propre demande cette fois. Non pas pour être partout à la fois mais parce que je considérais une revue sans éditorial comme un bon repas sans vin.

          Ne nous attardons pas sur ce chapitre. Parlons plutôt de mon temps éditorial. Je considère, avec le recul, que je n'ai pas si mal travaillé que ça. Et dans des conditions souvent difficiles. Dès mes débuts, je considérais que je devais publier de tout, du (bon) space opéra à la hard science-fiction en passant par l'heroic fantasy, la fiction spéculative et, bien sûr, le Fantastique (avec un F capital !).

          Il me semblait également indispensable de publier, du moins en Galaxie-bis, des auteurs français (ou de langue française) et des écrivains d'autres pays que la Grande Bretagne ou les Etats-Unis. Hélas ! De ce côté-là, ce fut l'échec. Noir. Total. Aucun des romans français ne s'est vendu. Et pourtant, contrairement à ce qu'ont prétendu des amis très chers, soucieux de me rendre service, il ne s'agissait pas de fonds de tiroir. Ou bien faut-il considérer Scènes de guerre civile de Jean-Pierre HUBERT comme un fond de tiroir seulement parce qu'il n'a pas plu à d'autres directeurs littéraires !

          Echec également, peut-être plus noir encore, dans le domaine étranger : j'ai publié un Roumain (Vladimir COLIN), un duo d'Allemands (Ronald M. HAHN et Harald PUSCH), un Néerlandais (Jacob CARROSSA)... Quoi, qu'allais-je faire dans cette galère-là ? !

          En France, on se fout pas mal de savoir qu'on fait de la S.-F. dans le monde entier ou presque. On reste assis sur ses habitudes.

          J'avais l'intention de publier un Hongrois (Peter ZSOLDOS), un Tchèque (Josef NESVADBA), un autre Roumain (Mircea OPRITA) et plusieurs Allemands et Autrichiens.

          Glissons, glissons.

          Par contre, dans le domaine anglo-saxon et américain, j'ai eu quelques satisfactions. Je fus le premier à publier C.J. CHERRYH, Mark GESTON, Barbara HAMBLY, Ansen DIBELL, James KAHS, Pamela SARGENT, lan WALLACE, etc. Je suis fier, également, d'avoir présenté aux lecteurs francophones le premier recueil de Dennis ETCHISON, un écrivain réellement fantastique et bien plus talentueux que certaines grosses machines yankees spécialisées dans la production à outrance. Quand vous avez réussi à faire paraître un recueil comme Les Seigneurs des moissons de Keith ROBERTS, vous vous dites que, tout bien considéré, votre goût n'est pas si mauvais que ça !

          Evidemment, chez Opta, nous n'étions pas riches, et certains textes que j'aurais aimé publier me sont passés sous le nez. Ce qui se vendait le mieux c'était, tu l'as deviné, le lancinant et répétitif Gor. Le roman-fleuve de John NORMAN. Plus d'une fois, j'en ai eu assez de ces sornettes machistes, mais les lecteurs adoraient ça. Je recevais des lettres impossibles dans lesquelles on me suppliait de ne pas interrompre cette géniale série.

          Finalement, j'ai laissé vivre John NORMAN et ses femmes esclaves. Puisqu'elles permettaient à Opta de faire des sous. Et ces sous-là permettaient par ricochet de publier des choses moins stupides.

          J'ai voulu des collections éclectiques. Avec des séries populaires comme celle de Jo CLAYTON, des épopées comme Les Royaumes de Tartares, des ouvrages-hommages comme le CLA consacré au regretté et sous-estimé Robert F.YOUNG, des fantaisies fantastiques comme La Quête de Nifft le Mince, de la SF moderne comme celle Pamela SARGENT...

          Allons, allons, il n'est pas possible de tout citer.

          Au lecteur d'apprécier.

          Je regrette amèrement que nos collections n'aient pas tenu devant l'adversité et, il faut bien le dire, devant les retours de bâton d'une distribution des plus sujettes à caution...

          Et puisque nous en sommes là de notre propos, j'aimerais dire un mot de la revue Fiction, dans laquelle j'ai fait mes premiers pas à la fin de l'année 1965 et dont je ne fus jamais, contrairement à ce que l'on a pu croire, rédacteur en chef.

          Il est certain que Fiction n'est plus [en novembre 1988] ce qu'il fut sous DOREMIEUX ou plus tard sous Daniel RICHE. Mais la revue a publié récemment son numéro 400. Et elle continue de faire paraître des textes français presque tous les mois. Elle demeure la seule revue mensuelle professionnelle (mais si, mais si !) en France.

          Quand il y en aura une autre, les grandes gueules qui aboient actuellement à tort et à travers contre Fiction pourront hurler de plus belle. J'aimerais, sincèrement, passer à une autre question ! "

(Extrait de Phénix 17 - juin 1989 ; interview réalisée par Michel Lamart).



Le quatrième de couverture (ci-contre) nous propose de très belles trombines d'auteurs, certains encore bien jeunes (on apprécie le cliché de Brunner et la bonne bouille de Silverberg), à l'occasion du compte-rendu de Maxim Jakubowski sur la Convention 1965 de SF qui s'est tenue pour une fois en Europe (à Londres).
Jakubowski rapporte des bruits de couloirs dont il ne peut pas avoir idée de ce qu'ils représenteront quelques années plus tard, comme par exemple ceci :

" On put ainsi apprendre que le prochain film de Stanley (Dr Folamour) Kubrick sera un film de SF basé sur un roman encore inédit d'Arthur Clarke. Le bruit circula que Peter Sellers y jouerait tous les rôles d'extra-terrestres, mais il fut démenti."

Mais il est dommage que Jakubowski ne rapporte pas vraiment les propos qui ont eu des airs de confrontations entre ancienne et nouvelle vague. Citons-en par exemple cet extrait :

" La dernière table ronde, lundi, fut passionnante. Il s'agissait d'un débat SF et Politique. Cinq personnes y prenaient part, mais ce fut dés le départ un accrochage puis un affrontement violent entre l'immuable père de la SF moderne, John Campbell, et l'Anglais John Brunner. Ce débat ne fut pas sans insultes et coups d'éclat et la salle, anglaise, prit vite parti contre Campbell et certaines conceptions U.S. La table ronde dura trois heures, un record, pendant lesquelles furent évoqués les troubles raciaux de Los Angeles, le Vietnam, l'église catholique, enfin toute la gamme des sujets réputés brûlants. John Brunner y fut vraiment brillant et démolit systématiquement les arguments de Campbell qu'il arriva même à faire bredouiller. Celui-ci se couvrit de honte avec ses théories farfelues sur l'esclavage et les sociétés primitives. La SF fut souvent oubliée mais personne n'alla s'en plaindre. "

On aurait bien aimé en savoir plus sur le fond, et sur ce qui a tant fait bredouiller Campbell. Ironie du sort : John W. Campbell, rédacteur en chef de la revue Astounding, sera mis à l'honneur du Fiction Spécial n°8, anthologie reprenant les "meilleures" nouvelles de la revue américaine.




Pour finir, nous vous proposons de lire la recension que Demètre Ioakimidis fait du dernier roman de Galouye en date traduit en français : Les seigneurs des sphères, que nous vous proposons en Bonus.

Daniel F. Galouye.
Les seigneurs des Sphères

Bonus !
Dans son premier roman, qui fut traduit dans la même collection sous le titre de Le monde aveugle, Daniel Galouye utilisait une idée fondamentale (l'humanité vivant dans des galeries souterraines où elle n'utilise pas le sens de la vue) et en tirait les conséquences logiques extrêmes dans un récit remarquablement cohérent. Dans ce récit légèrement plus récent, il a pris un thème familier à tout lecteur de science-fiction (celui de l'humanité souffrant sous la domination d'envahisseurs venus d'Ailleurs) et l'a traité d'une façon originale et, à plus d'un égard, mémorable. La réussite est peut-être moins impressionnante que celle du Monde aveugle, mais la domination des Sphères a un relief et une vraisemblance qui distinguent Galouye des tâcherons exploitant à la ligne des thèmes éprouvés.

En 1993, au début du récit, les survivants de l'humanité mènent des existences de réfugiés, sur une planète dominée par les Sphères. D'où viennent celles-ci ? Le contact avec elles n'a jamais été établi, depuis leur venue en 1977, et il ne l'est pas non plus, d'ailleurs, durant l'année couverte par le roman. Les Sphères ont édifié d'étranges « cités » de lumière, d'où elles sortent régulièrement pour chasser et tuer des humains qu'elles ont, selon des lots mystérieuses, « choisis ». Les raisons dictant ce choix, les causes du Jour de l'Épouvante – cet enfer qu'elles imposent à la Terre chaque année à date fixe, le 25 septembre – et, à travers ces causes, la nature de leur lieu d'origine, tout cela est progressivement découvert au cours du récit par le petit groupe que l'auteur place au centre de l'action.

Ce groupe est conventionnel : Il comprend surtout quelques militaires de l'armée américaine, qui résistent poussés par leur amour-propre au moins autant que par leur raison. Mais l'auteur a eu le mérite de n'y inclure aucun surhomme. Si le capitaine Geoffroy Maddox finit par triompher des Sphères, avec son petit groupe, c'est grâce à sa ténacité, au hasard qui lui permettra de comprendre quelques particularités des Sphères, et à son intelligence qui lui fera tirer le maximum de ce hasard. Ce côté non héroïque de la résistance – à l'opposé de celui dépeint par Robert Heinlein dans Sixième colonne – est un des apports intéressants, sinon nouveaux, de Galouye à son thème. Un autre, plus notable, est le caractère parfaitement extra-terrestre des Sphères : elles ne peuvent être décrites en termes empruntés à l'un des règnes de la nature, pas plus que leurs « cités » de lumière, et pourtant elles ont les unes et les autres une réalité presque sensible, colorée et vivante en tout cas. Devant de telles entités, Maddox et son groupe sont désemparés, et on les comprend. On comprend aussi que les Sphères aient pu inspirer un culte à des fanatiques ; et quoi de plus plausible que le désir d'affirmation manifesté dans ce monde désorganisé par de minables politiciens de province ?

Le titre original du roman est plus heureux que celui de la traduction française. En effet, les seigneurs en question sont les Sphères elles-mêmes ; et ces Sphères sont indubitablement les seigneurs du psychon. Ce dernier terme, inventé par un des personnages au cours du roman, désigne le « quantum d'énergie mentale ». Et c'est en réalisant les possibilités du psychon que Maddox et ses compagnons finiront par sauver la Terre. Un autre point à l'actif de l'auteur, à ce sujet : cette découverte est présentée de manière plausible, elle est graduelle, hésitante, inquiète parfois. Maddox ne comprend pas toujours parfaitement les possibilités de l'énergie mentale, et il lui arrive de s'en servir mal. Là encore, le lecteur se dit que c'est bien ainsi que les choses se passeraient en réalité.

La traduction de Claude Saunier est attentive, et le livre en valait assurément la peine. Ce roman confirme que Daniel Galouye pourrait bien être, avec Walter Miller et quelques autres, un des meilleurs auteurs de science-fiction nés il y a quarante ou quarante-cinq ans, et venus assez tardivement au genre (par opposition à Asimov et à Anderson, par exemple, qui appartiennent à la même génération, manifestent des qualités au moins aussi marquées, mais sont de « vieux professionnels »). Ceux qui ont aimé Le monde aveugle ne seront pas déçus par ce nouveau roman qui montre cette fois, chez son auteur, un pouvoir assez rare de visualiser les scènes qu'il décrit.

Demètre IOAKIMIDIS

Rappelons que ce roman a fait l'objet d'une "préquelle" sous la forme d'une nouvelle qui se lit fort bien en introduction au roman : La Cité des sphères (in Galaxie (2ème série) n° 8, OPTA 12/1964 ).

 

10 juin, 2026

Fiction n°144 – Novembre 1965

Première partie d'un roman resté inédit depuis de Poul Anderson, sur des actes de pirateries des temps galactiques - et non sans un certain romantisme peut-être un peu suspect ; suite des aventures de Davy, le jeune héros "post-apo" d'Edgar Pangborn ; et de petites mignardises qui ne sont pas les moins intéressantes.

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Sommaire du Numéro 144 :


1 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 8 à 8, bibliographie

NOUVELLES


2 - Poul ANDERSON, Corsaire de l'espace (Marque and Reprisal, 1965), pages 9 à 88, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

3 - Gérard TORCK, De topaze et d'azur, pages 89 à 94, nouvelle *

4 - Jean-Michel FERRER, Blanchitude, pages 95 à 95, nouvelle *

5 - Edgar PANGBORN, Une guerre sans importance (A War of No Consequence, 1962), pages 96 à 123, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

6 - Randall GARRETT, Le Mustang (Mustang, 1961), pages 124 à 130, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

7 - Fritz LEIBER, Le Héros (Success, 1963), pages 131 à 133, nouvelle, trad. Christine RENARD *

CHRONIQUES

8 - Francis LACASSIN, Rider Haggard ou le poisson et les étoiles, pages 134 à 140, article

9 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 141 à 148, critique(s)

10 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 149 à 151, courrier

11 - Guy ALLOMBERT, Fantastique à la télévision. La Quatrième Dimension, pages 153 à 157, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Un roman inédit de Poul Anderson (annoncé en trois parties), mais curieusement très bavard, parfois inutilement, et dont les péripéties ne reposent que sur des échanges diplomatiques entre Terriens, colons abandonnés à leur sort, et extraterrestres fourbes. Le héros de l'aventure se joue des tentatives de paix jugées lâches et irresponsables, et prend quasi seul la décision d'une mission de sauvetage de colons laissés pour morts. On retrouve bien la mentalité un peu viking de Anderson, dans ce Corsaire de l'espace, et sa façon de tourner les situations à l'avantage d'un héroïsme un peu fanatique. Ici, l'action ne démarre qu'à la fin, et l'on espère une seconde partie plus trépidante.

Ajoutons, pour la petite histoire, qu'elle eut une genèse amusante. C'est en effet Francis Carsac qui en fut l'inspirateur, lors d'un voyage aux États-Unis où il rencontra Poul Anderson, avec lequel il correspondait déjà depuis des années. Carsac s'était plaint à Anderson de ce que, dans la science-fiction américaine, la colonisation des planètes soit toujours le fait des Anglo-Saxons. Anderson lui promit en retour de montrer un jour une planète colonisée par les Français. Ce qu'il a fait ici avec la planète Nouvelle-Europe, où il est même question d'une rivière appelée Carsac !

Et la rédaction d'enchaîner :

Reste l'angle politique ou, si l'on veut, idéologique. Sur ce plan, Anderson manifeste une fois de plus (comme dans Pas de trêve) des positions quelque peu réactionnaires. 

Pour Gérard Torck, Mars est une planète piège De topaze et d'azur. Belle concision.


Un brouillon de Jean-Michel Ferrer, intitulé Blanchitude, où l'on voit que ce n'est pas suffisant d'inverser noir et blanc pour sensibiliser à la lutte contre la ségrégation. Le langage mérite d'être questionné.


Suite des aventures de Davy témoin d'Une guerre sans importance, par Edgar Pangborn. Il n'y a plus rien de SF dans cet épisode, juste les répétitives tentatives de fugue de Davy et un plaidoyer simple contre la guerre et pour l'initiative individuelle. On sent toutefois qu'une suite est à venir.


Après le Pégase génétiquement modifié, Le mustang mutant… À moins qu'il ne s'agisse d'autre chose, dont nous laisserons la surprise, mais qu'il nécessite d'avoir "le cœur pur" pour daigner l'approcher. Randall Garrett écrit sa nouvelle en creux, ce qui est assez habile.


Une petite fable de Fritz Leiber qui démonte gentiment les appétits de puissance d'un Héros allégorique. Plaisant et concis.



On notera un petit tour d'horizon de la première diffusion en France de "La quatrième dimension". Pour la petite histoire, alors qu'aux Etats-Unis la série vient d'achever sa cinquième et dernière saison (avec son 156ème  et ultime épisode), il semblerait que le public français n'était pas prêt pour ce type de divertissement. Sur les douze (ou treize ?) épisodes achetés par l'ORTF, la diffusion de la série sera interrompue après le dixième épisode, et une vague de protestation de la part des téléspectateurs (qui s'exprimaient alors par courrier).

Il faudra attendre 1984 et l'initiative des frères Bogdanoff (notre photo ci-contre) pour retrouver une grande partie des épisodes dans leur émission "Temps X". A noter que le doublage français effectué en 1965 ayant disparu, les version française à dater de 1984 seront toutes des créations originales pour l'occasion.


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