02 avril, 2025

Fiction n°105 – Août 1962

Avec une très belle couverture de Jean-Claude Forest  - qui préfigure bien le style et l'esprit de celles de Pilote ou Métal Hurlant quelques années plus tard, voici un numéro recherché regroupant plus de la moitié de ses publications restées exclusives (six récits sur dix, dont un de Philippe Curval et un autre de Michel Demuth). On y notera une assez forte propension à l'humour, même un peu noir.

 

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Sommaire du Numéro 105 :


1 - (non mentionné), Nouvelles des auteurs de ce numéro, pages 2 à 3, bibliographie


NOUVELLES

2 - Philip José FARMER, L'Œuf (A Few Miles, 1960), pages 4 à 33, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM

3 - Arthur C. CLARKE, Dans la comète (Inside the Comet / Into the Comet, 1960), pages 34 à 43, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM

4 - Philippe CURVAL, On dément, pages 44 à 51, nouvelle *

5 - George P. ELLIOTT, L'Amour, rien que l'amour... (Nothing But Love, 1959), pages 52 à 59, nouvelle, trad. Régine VIVIER *

6 - Michel DEMUTH, L'Automne incendié, pages 60 à 66, nouvelle *

7 - Carol EMSHWILLER, Une fourrure de miel (Pelt, 1958), pages 67 à 75, nouvelle, trad. Régine VIVIER *

8 - Jean RAY, Les Noces de Mlle Bonvoisin, pages 76 à 80, nouvelle

9 - Kit REED, Dévotion (Devotion, 1958), pages 81 à 88, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

10 - Jacqueline H. OSTERRATH, Le Tapis rouge, pages 89 à 105, nouvelle

11 - John NOVOTNY, Un lac de whisky (The Bourbon lake, 1954), pages 106 à 116, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

CHRONIQUES


12 - Jacques GOIMARD, L'Œuvre exemplaire d'A. E. Van Vogt (3), pages 117 à 124, article

13 - Demètre IOAKIMIDIS & Pierre STRINATI, Ici, on désintègre !, pages 126 à 132, critique(s)

14 - Jacques GOIMARD, L'Aube du rococosmique, pages 135 à 139, article

15 - F. HODA, Les Ornières de la S.F., pages 139 à 141, article

16 - COLLECTIF, Tribune libre, pages 143 à 144, article par ARCADIUS.


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

Philip Jose Farmer commence à être coutumier du fait d'être publié en feuilleton dans Fiction. L’œuf est en effet annoncé comme première partie d'un cycle de deux (la seconde partie, "Prométhée", paraîtra dans le numéro suivant.) Nous y retrouvons le Père Carmody dans ses début de Frère John de l'ordre de Saint Jaïre. Et résolument, Farmer change de ton avec cette aventure de jeunesse qu'on croirait scénarisée par Robert Sheckley.

Dans la comète, Arthur C. Clarke anticipe bien ce que pourront être les voyages spatiaux ainsi que le danger de s'en remettre exclusivement à la technique. Difficile de faire sans pour survivre dans cet environnement hostile, mais…

Voici, en attendant, une nouvelle histoire de [Philippe Curval] qui, comme tant d’autres, a fait autrefois ses débuts dans « Fiction ».

Autrefois… Quand Fiction n'a pas dix ans ! Dans On dément, il est question de percevoir l'humain dégradé au rang de mécanique, et s'en faire une psychose. Curval y est très dickien avant l'heure. Cette problématique fera aussi l'objet d'une décompensation psychotique du "héros" de "Le breakfast du champion", de Kurt Vonnegut. 

L’amour, rien que l’amour…, et trouver l'adversaire pour survivre dans la lutte. George P. Elliott renchérit sur une précédente nouvelle, "Incurables sauvages" in Fiction n°66, et comme dans les Watchmen d'Alan Moore ou dans "Les parasites de l'esprit" de Colin Wilson, la planète oublie ses rancœurs intestines pour déployer sa haine sur les espèces des autres mondes. On se rappellera à ce sujet de la nouvelle d'Howard Fasr "aux produits martiens" (in Fiction 75).

Michel Demuth nous revient, après deux ans de service militaire passé en Algérie, avec L’automne incendié, un récit de ressenti de guerre. Un homme aux abois et un contexte trouble. Sans être vraiment essentiel, ce texte de Demuth tente des effets de style avec succès. La figure du fugitif y revient après celui de "La ville entrevue" (in Fiction 77

Dans Une fourrure de mielCarol Emshwiller traite du conditionnement et de l'incapacité à conquérir sa liberté. Un thème qu'elle portera bien haut dans son roman " La monture". 

Jean Ray dit de lui-même manquer d'imagination s'il ne s'agit pas de broder son fantastique sur des modèles réels. Si tel est le cas, on frémirait en découvrant ses sources pour Les noces de Mlle Bonvoisin. Meurtres, entourloupes, messe noire et animal énigmatique forment le défilé de ces noces, le tout en quelques pages. 

Une Dévotion un peu gratuite, qui aurait profité d'avoir plus de mordant pour être tout à fait bien, car Kit Reed a tout de même son style ; mais un peu ennuyeux tel quel. 

 Sortilège en héritage pour Le tapis rouge, avec beaucoup de style et de personnalité chez Jacqueline Osterrath, qu'on imagine avoir lu au moins "La menace de Khâli" parmi les aventures de Harry Dickson. Ici, pas d'enquête, pas de société secrète, mais un temps qui va s'accélérant vers un dénouement délicieusement meurtrier.

On termine dans Un lac de whisky, dernière publication de John Novotny dans Fiction. Bien que sans plus d'intérêt qu'une bonne blague, l'histoire divulgâchée par son titre se lit avec un plaisir un peu tourbe... euhh...hips.... Un peu trouble. Santé !

26 mars, 2025

Fiction n°104 – Juillet 1962

Ward Moore s'amuse et Matheson catéchise, tandis que les auteurs et autrices francophones fréquentent les lisières de la folie, pour ce numéro de l'été 1962.  On notera que, pour quelques uns des auteurs de ce numéro, il s'agira de leur dernière publication dans Fiction - on sent qu'une page se tourne dans le domaine de l'étrange, comme le soulignera en vilipendant Alfred Bester dans sa chronique.. 

Voyagez entre les hachures ...

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Sommaire du Numéro 104 :


1 - (non mentionné), Nouvelles des auteurs de ce numéro, pages 2 à 3, bibliographie

NOUVELLES 

2 - Ward MOORE, Le Rebelle (Rebel, 1962), pages 4 à 12, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM

3 - Rick RUBIN, La Chatte interplanétaire (The Interplanetary Cat, 1961), pages 13 à 17, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

4 - Richard MATHESON, Le Voyageur (The Traveller, 1954), pages 18 à 28, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM

5 - Katherine MacLEAN, L'Équilibre naturel (Interbalance, 1960), pages 29 à 36, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

6 - Brian ALDISS, Le Monde vert - 5 / ...et revivre à jamais (Evergreen, 1961), pages 37 à 75, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

7 - Zenna HENDERSON, Tournez la page (Turn the Page, 1957), pages 76 à 82, nouvelle, trad. Elisabeth GILLE *

8 - Roland TOPOR, Orages, pages 83 à 87, nouvelle

9 - Ilka LEGRAND, Fleur de cimetière, pages 88 à 97, nouvelle *

10 - John NOVOTNY, À malin, malin et demi (A Trick or Two, 1957), pages 98 à 105, nouvelle, trad. Daniel MEAUROIX

11 - René BARJAVEL, L'Homme fort, pages 106 à 115, nouvelle

CHRONIQUES

12 - Gil SARTÈNE, Réalisme fantastique ou fantastique idéalisme ? (à propos de "Planète"), pages 117 à 122, article

13 - Jacques GOIMARD, L'Œuvre exemplaire d'A. E. Van Vogt (2), pages 123 à 131, article

14 - (non mentionné), Le Prix Jules Verne 1962 / Club des bandes dessinées, pages 133 à 133, article

15 - Alfred BESTER, Livres d'Amérique, pages 135 à 138, chronique, trad. Demètre IOAKIMIDIS

16 - F. HODA, Infidèle fidélité, pages 139 à 143, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

Le rebelle est une petite potacherie de Ward Moore, une fois n'est pas coutume chez cet auteur, qui s'amuse ici à inverser l'échelle des valeurs sociales et professionnelles (à la manière de Robert Sheckley dans "Tu seras sorcier", in Fiction n°18). Cela donne un discours qui nous laisse entendre des choses en creux, mais on aurait peut-être aimé lire aussi la description de cette société où le discours dominant est d'être principalement axé sur la pratiques des arts.

Une autre histoire d'humour, ici au sujet de la Dévoration, fléau cosmique qui engloutira tout… On s'attend un peu trop à la chute de La chatte interplanétaire, histoire gratuite signée Rick Rubin. Dommage car elle est écrite avec beaucoup d'humour.

Plus sérieusement maintenant. Richard Matheson tente, certes à travers Le voyageur, de démystifier le moment mythologique de la crucifixion de Jésus de Nazareth, mais ce n'est, en bon protestant, que pour rendre l'Homme seul encore plus surhumain. Michael Moorcock reprendra ce thème dans un esprit plus iconoclaste dans "Voici l'homme", en 1969. Cette même année, Kilgore Trout explorera aussi ce thème dans un obscur roman maintenant disparu : "Jesus and the time-machine" (dont le titre reste hypothétique - plus d'informations à ce sujet ici.)

Petite discussion sur L'équilibre naturel entre deux jeunes gens dans un cadre post-apo, comme pourrait en écrire Julia Verlanger. La fin que lui compose Katherine MacLean est trop abrupte cependant pour décrire un monde en reconstruction. On saluera l'autrice dont c'est la dernière publication dans la revue.

« Nous servir de monture est le sort de ceux de sa race. Préparé très jeune à cet office, il ne connaît ni ne souhaite rien d'autre. » Voilà qui rappelle le roman de Carol Emshwiller "La monture" (édité en 2002, mais sans doute composé bien avant). Quoi qu'il en soit, au détour de ce dernier épisode de Le monde vert de Brian Aldisson apprend que le feuilleton publié par Fiction était une version antérieure et non refondue par l'auteur du roman. 

Demeure toutefois la sensation qu'Aldiss a bifurqué pendant son écriture, et qu'il a cherché à rassembler les morceaux à la fin. Si certaines coupes seront en effet bienvenues, il pourrait manquer certains développements à d'autres moments. Mais ne boudons pas notre plaisir ! La lecture d'ensemble de ce Monde vert est très agréable, et puisque ici les protagonistes aspirent à la paix, et que l'on sait qu'ils n'y cultiveront pas leur jardin pour autant (ce serait plutôt l'inverse), on accepte qu'ils tournent le dos au changements malgré tous les signes indiquant la toute fin des temps - sur Terre tout au moins.

Une très jolie nouvelle que Tournez la page, sur les capacités des enfants à intégrer l'imagination dans la construction de la vérité, à l'image des contes de fées. Et toujours cette présence de la pédagogue atypique mais bienveillante, comme le fut sans doute Zenna Henderson elle-même, institutrice de son métier. 

 Côté francophonie, à présent : Comment peut-on savoir si l'on est fou ? Existe-t-il un moyen de se rendre compte ? Cette question que se pose avec justesse Roland Topor dans ces Orages rappellera la problématique que posera Philip Dick dans "Les clans de la lune alphane" deux ans plus tard. Très bien mené.

Du fantastique encore, mais qui n'intervient qu'en dernier recours, et une narratrice qu'on pourrait penser sujette à caution, sont les ingrédients bien salés de Fleur de cimetièreune romance malheureuse et avortée. On retrouve - pour la dernière fois dans la revue - les thèmes obsessionnels d'Ilka Legrand : l'emprise, et la conscience surnaturelle du règne végétal. On pourra aussi repenser à "Vertes pensées" de John Collier (in Fiction n°19).

Une autre potacherie, celle-ci traduite par Alain Dorémieux sous pseudonyme ; un poil machiste, si l'on ose le dire ainsi, mais l'honneur est sauf, dans À malin, malin et demi de John Novotny. Cette nouvelle sera la seule de Novotny reprise dans une anthologie ("Histoires parapsychiques" - de la série de la Grande Anthologie de la Science-Fiction, volume sous la direction de Demètre Ioakimidis).

Pour sa dernière parution dans Fiction, (et malgré l'annonce qui perdurera quelques numéros de la parution à venir de la nouvelle "La fée et le soldat"), René Barjavel nous conte l'histoire de L'homme fort, un surhomme - donc - et même un super-héros à la française, qui exerce son invincibilité sur le fait de guerre, afin d'assurer une paix universelle. Comme le dit l'histoire : "c'était un rêve".  

Nous évoquions la chronique Livres d'Amérique d'Alfred Bester en introduction. On ne peut pas dire que Bester souhaite se faire des amis. Voyons cette phrase, par exemple : "Et il nous reste une question à poser : une femme peut-elle écrire des romans d'action véritablement convaincants ?"  Ooooh, tout de même, Monsieur Bester, le jeu vaut-il la chandelle de se mettre à dos 50 % de l'espèce humaine ? Lisez donc Leigh Brackett, pour commencer...

Mais ne faisons pas notre Goimard en commentant des critiques qui ont plus de soixante ans d'âge. Plus "professionnellement" pour sa part, Bester note que les grands thèmes de la science-fiction semblent s'épuiser, et que de mauvais auteurs s'y accrochent toutefois comme un singe à un pain de sucre.

" On peut évidemment prétendre, au sujet des broutilles susmentionnées, que nous nous trouvons dans une période de transition. La science-fiction a utilisé la majorité des concepts scientifiques et, en ayant épuisé la substance, elle doit nécessairement marquer un temps d'arrêt. Le point est contestable ; cependant, si on l'admet, notre réponse est simple : cessez dans ce cas d'écrire de la science-fiction. Pour l'amour du ciel, taisez-vous si vous n'avez rien à dire. "

19 mars, 2025

Fiction n°103 – Juin 1962

Un quart de la collection Fiction ! Nous sommes tout d'abord très fiers d'avoir tenu cette échéance, en espérant que les moyens techniques continueront d'être fiables à l'avenir pour les 309 numéros restants !

Ce numéro 103 poursuit les métamorphoses éditoriales, ici avec la parution d'un roman dans son intégralité, et quel roman ! Il s'agit de "L'invention de Morel", de l'argentin Adolfo Bioy Casarès. Le thème en est unique. Nous retrouvons aussi "Le monde vert" de Brian Aldiss, toujours en feuilleton quant à lui, ce qui laisse peu de place aux autres nouvelles : deux seulement d'auteurs de langue anglaise, Kris Neville et Evelyn E. Smith. 

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Sommaire du Numéro 103 :


1 - (non mentionné), Nouvelles des auteurs de ce numéro, pages 2 à 2, bibliographie

NOUVELLES

2 - Adolfo BIOY CASARES, L'Invention de Morel (La invención de Morel, 1940), pages 3 à 63, roman, trad. Armand PIERHAL

3 - Charles FINNEY, Captivité (The Captivity, 1961), pages 64 à 71, nouvelle, trad. Elisabeth GILLE *

4 - Evelyn E. SMITH, Une journée en banlieue (A Day in the Suburbs, 1960), pages 72 à 79, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM

5 - Kris Ottman NEVILLE, Encore deux heures ? (Closing Time, 1961), pages 80 à 85, nouvelle, trad. Régine VIVIER *

6 - Brian ALDISS, Le Monde vert - Du côté de la nuit (Timberline, 1961), pages 86 à 114, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH 

CHRONIQUES

7 - Jacques GOIMARD, L'Œuvre exemplaire d'A. E. Van Vogt (1), pages 115 à 121, article

8 - COLLECTIF, Ici on désintègre !, pages 122 à 135, critique(s)

9 - (non mentionné), Tribune Libre, pages 137 à 137, article

10 - Jacques GOIMARD, Un fantastique peu nocturne, pages 139 à 143, article

11 - (non mentionné), Table des récits parus dans "Fiction", pages 143 à 144, index


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

Jorge Luis Borgès tenait L'invention de Morel de son ami Adolfo Bioy Casarès pour un roman parfait. Il est vrai que le récit est fort bien mené dans sa progression et dans l'ultime allégorie de sa fin. Car, sans dévoiler l'intrigue, l'invention de Bioy Casarès est hautement allégorique, métaphysique de manière intelligente, sensible et subtile. Mais le plus remarquable est son propos sur l'écriture et la lecture, sur les moyens d'écrire et de lire, et sur ce qui nous écrit et nous lit. Situation ultime de l'art romanesque, ce récit nous propose sans intellectualisme tous les plaisir du lecteur : mener l'enquête, comprendre avant le narrateur pour nous conforter dans notre intelligence, nous évader (puisque le narrateur est un fugitif), nous projeter littéralement à la fois dans l'hédonisme et l'inquiétude, et se saisir, à la fin, au plaisir délectable de relire. Magistral. On notera que la revue aurait pu publier comme à son habitude ce roman en plusieurs parties, mais que cela aurait chevauché le feuilleton de Brian Aldiss. On se félicitera de l'entorse faite à cette règle de publier des récits au mieux moyennement longs, et de la qualité du récit choisi. L'enjeu vaut bien l'écart.

Là encore une histoire allégorique avec Captivité, de Charles Finney (dont ce sera la dernière publication dans Fiction). Un camp de prisonniers sans autres entraves qu'une haute barrière pour les empêcher de fuir. Pas d'autre privation ni de carence. Puis la captivité prend fin. On s'interroge sans cesse sur la nature rélle de ce camp, des pistes sont évoquées pour être abandonnées ensuite... Bien mené.

Lutte des classes ici de manière concrète, pour Une journée en banlieue. La banlieue, en expansion et en pleine mutation urbaine durant ces années 60, représente le terrain quasi somatique de la compétition sociale. Si Evelyn E. Smith spécule, elle a vu juste. Et toujours avec humour.

Kris Neville s'amuse d'un paradoxe mathématique en partant du postulat de la célèbre formule d'Einstein, E=Mc2. Les conclusions de Encore deux heures ? donnent un peu froid dans le dos...

Avant-dernière partie pour Le monde vert, de Brian Aldiss, peut-être un peu plus essoufflée que les précédentes, où l'on découvre l'orée du côté nuit de la Terre qui ne tourne plus rond du tout. Une face sombre forcément (?) moins vivante.




A propos de L'œuvre exemplaire d'A. E. van Vogt, article annoncé en deux parties qui sera finalement scindé en trois, par Jacques Goimard, prolifique nouvel intervenant dans l'équipe de Fiction.

L'article - le démontage, même - de Damon Knight sur l'œuvre de van Vogt parue dans le numéro précédent y trouve un rebondissement. Mais la mauvaise foi et l'attaque à charges que Jacques Goimard reproche à Damon Knight pourrait tout autant lui être retournée. Quoi qu'il en soit, la polémique, faussée par des temps d'expressions différents, (Goimard critiquant en 1962 un article datant de la jeunesse de Knight), montre que la S.F. n'a pas de style ou de thématique uniques, et qu'elle a la complexité de sa diversité - quitte à avoir aussi ses chapelles.

Nous ne résistons pas à l'envie de partager à la fois ce faire-part de naissance, et une copie numérique (pour une fois au format pdf) d'un nouveau fanzine (en 1962)  de très grande qualité, qui marquera durablement les esprits dans le domaine du fantastique et de la science-fiction. (Attention : Gros fichier de 255Mo).

Un clic droit sur l'image pour obtenir votre copie numérique.

 Une revue du cinéma fantastique.

À l'intention des cinéphiles amateurs d'étrange, signalons la parution d'une nouvelle revue : « Midi-Minuit Fantastique », spécialisée dans le cinéma fantastique sous toutes ses formes (éditions Le Terrain Vague). 

Le numéro 1 (mai 1962) est consacré à Terence Fisher, metteur en scène de « Frankenstein s'est échappé », « Le cauchemar de Dracula », « Les maîtresses de Dracula », « La nuit du loup-garou ». etc.

Le numéro 2 (juillet 1962) aura pour thème : les vamps fantastiques (femmes-chats, femmes-panthères, femmes-vampires, femmes-insectes, femmes-oiseaux et sirènes).

Quatre-vingts pages dont trente pages d'illustrations soigneusement imprimées sur papier couché.

Pour terminer ce tour de revue, nous vous proposons les très intéressants propos de Jean Ray au sujet de son œuvre maîtresse, Malpertuis, que cite ce numéro (extrait d'un entretien, sans doute avec Jacques Van Herp) :

« Ce roman a été composé au fil des années, dix ou douze ans peut-être, au fil des nuits et des voyages, par toute la terre. J'écrivais, jetais, brûlais, puis les ciseaux et le pot de colle entraient en jeu sur les survivants. C'est un vrai costume d'arlequin, car je suis incapable de donner un premier jet.

» Le cadre est venu d'abord, comme toujours chez moi. Malpertuis est une grande, vieille, sinistre maison de la paroisse Saint-Jacques, à Gand, et à côté d'elle, rue du Vieux-Chantier, une boutique de couleurs et vernis, tout à fait curieuse, tenue par un bonhomme tout aussi curieux, surnommé la Chèvre. Les autres cadres se situent un peu partout, les uns dans le vieux Gand, pas mal dans le Hanovre, à Hambourg et Hildesheim. L'abbaye est celle d'Averbode, en Campine.

» Nancy est ma sœur, une jolie fille qui se foutait du tiers comme du quart. Élodie, c'est la servante qui m'a élevé, me rossant trois ou quatre fois par jour, et que j'aimais bien. Les Euménides sont trois vieilles demoiselles, dont la plus jeune n'était pas mal du tout, qui tenaient une petite confiserie. Elles devenaient terrifiantes quand les gamins venaient les ennuyer. On les appelait les Choutz. Philarète, ou plutôt Philariaan de son vrai nom, était un taxidermiste habitant près du Ham, au milieu d'une sorte de jachère, une épouvantable maison en bois.

» Puis j'ai rassemblé tous ces éléments, épars dans l'espace et le temps, dans « Malpertuis », et pour les faire revivre j'ai fait appel au fantastique. Les Barbusquins sont une invention d'Élodie pour nous faire peur, mais je ne sais trop s'ils n'ont pas réellement existé. L'abbé Doucedamme, je le vois très bien, il n'avait rien d'un prêtre maudit, c'était un vieux petit conventuel, gourmand et amusant.

» Voilà les éléments de « Malpertuis ». Je n'ai pas d'imagination, quoi qu'on en dise. Si mon imagination n'est pas sollicitée par un fait, je reste impuissant. »

Jean Ray sans imagination ! Allons donc !

On découvre aussi, dans cette recension, l'air de rien, une note qui dévoile quelque peu le mystère de la paternité de Harry Dickson, comme s'il s'agissait d'un secret de polichinelle. (Comment ? On ne vous l'avait pas dit ?)

"L'effrayant mystère de la mort des dieux donne toute son ampleur cosmique au récit, car il trouve son écho dans bien d'autres œuvres de Jean Ray : « La vérité sur l'oncle Thimotheus », « L'aventure mexicaine » (John Flanders), « La résurrection de la gorgone » (Harry Dickson). La mort des dieux, traînant jour après jour les lambeaux d'une puissance rongée par le temps, pliant la nuque sous la verge de fer de Moïra, le Destin, dont la puissance leur est supérieure, obsède Jean Ray. Et « Malpertuis » résume tout l'univers de Jean Ray le voyant (Jean Ray le Mutant, disait de lui Ghelderode, qui projetait avant sa mort de lui consacrer un livre)." 

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